• Notre prévision n’a essentiellement pas changé par rapport à celle de juin, et les nouvelles données publiées nous confortent dans le discours sous-jacent.
  • Canada :  Les récentes données ont essentiellement évolué de concert avec nos attentes et continuent d’étayer le point de vue voulant que l’économie soit en train de sortir du passage à vide constaté au début de l’année.  Malgré la volatilité de la situation au Moyen-Orient, les cours du pétrole sont inférieurs à notre prévision précédente, et pèsent légèrement sur la prévision à court terme, surtout en raison des investissements des entreprises et de l’inflation totale selon l’IPC.  Or, la léthargie du dollar canadien compense largement ce recul en étayant les exportations.
  • États-Unis : L’évolution est comparable; l’activité à court terme paraît légèrement plus vigoureuse qu’attendu, ce qui s’explique en partie par le ralentissement de la croissance des importations. L’inflation continue d’étonner à la hausse dans les baromètres de synthèse et fondamentaux, ce qui renforce le plaidoyer pour la prudence de la Fed. 

Notre prévision reste essentiellement la même que celle de juin, en raison d’une série de développements qui s’annulent depuis notre dernier compte rendu.  Les marchés financiers sont restés volatils, les cours du pétrole ont fléchi et le dollar canadien a faibli.  Dans le même temps, les nouvelles données publiées pour le Canada ont essentiellement renforcé la dynamique exposée dans notre note de juin, ce qui laisse entendre que l’économie commence à émerger de son récent passage à vide.  Les risques inflationnistes restent élevés à notre avis, ce qui devrait amener la Banque du Canada à rester prudente et donner finalement lieu à une normalisation graduelle des taux directeurs à partir des alentours de la fin de cette année (graphique 1).  Aux États-Unis, l’activité économique continue de faire preuve de résilience malgré la modération escomptée de la demande des ménages à l’heure où l’embauche reste modeste et alors que la croissance des salaires réels est freinée.  Pendant ce temps, l’inflation s’est révélée plus durable qu’attendu, ce qui a amené la Réserve fédérale américaine à adopter une approche prudente dans l’évolution potentielle des taux. 

En juin, les cours du pétrole se sont brusquement repliés avant que les tensions géopolitiques ravivées les portent de nouveau à la hausse en juillet.  Même après ce rebond, les cours restent nettement inférieurs à ceux des hypothèses adoptées dans notre prévision de juin, ce qui pèse légèrement sur la prévision de court terme.  Les cours au comptant sont appelés à rester volatils dans le court terme compte tenu de la toile de fond géopolitique.  Or, nous continuons de nous attendre à ce que les cours du pétrole s’inscrivent aux environs de 70 $ US en 2027, ce qui cadre essentiellement avec notre prévision précédente (graphique 2).  Ce niveau des cours reste supérieur aux cours de l’avant-guerre, en raison de la prime du risque géopolitique résiduel. 

ÉTATS-UNIS : RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE

Aux États-Unis, l’activité globale s’est révélée en quelque sorte plus solide que prévu : le PIB du premier trimestre a été révisé à la hausse pour passer de 1,6 % à 2,1 %, en partie grâce à la volatilité des courants commerciaux et à la vigueur soutenue des investissements des entreprises.  Malgré ce chiffre de synthèse, les dépenses des ménages continuent toutefois de se ralentir peu à peu alors que la conjoncture du marché du travail s'affaiblit.  Nous nous attendons à ce que cette tendance perdure dans les prochains trimestres : les dépenses de consommation devraient ralentir encore leur rythme à l’heure où la demande de travailleurs se ralentit et alors que l’épargne excédentaire se tarit.  Les gains des marchés boursiers devraient continuer de favoriser dans une certaine mesure la consommation, mais moins que l’an dernier, alors que l’inflation chronique plombe de plus en plus la croissance des revenus réels.  Dans le même temps, les investissements des entreprises – portés par les dépenses liées à l’IA, les solides bilans des sociétés et les valorisations boursières élevées – devraient continuer de représenter un contrepoids important et permettre d’amortir la réduction dans la demande intérieure.

L’inflation est l’autre développement notable.  Les pressions exercées par les prix ont à nouveau étonné à la hausse, ce qui renforce le point de vue voulant que la Fed ne puisse pas se permettre de s’asseoir sur ses lauriers.  Les décideurs sont aujourd’hui aux prises avec un jeu d’équilibre plus difficile : l’inflation est toujours aussi récalcitrante, tandis que la demande des ménages se ralentit et que le marché du travail faiblit, c e qui repousse à plus tard, dans notre prévision, les baisses de taux, même si nous nous attendons toujours à ce que la Fed revienne, dans sa politique, à un discours plus neutre l’an prochain. 

CANADA :  SORTIE DU PASSAGE À VIDE

L’économie canadienne continue d’évoluer essentiellement de concert avec nos attentes.  Les récentes données confirment le point de vue voulant que l’activité commence à sortir du passage à vide qu’elle a connu au début de l’année.  Le PIB a inscrit une forte hausse de 0,5 % en avril, ce qui correspond à peu près à l’estimation éclair précédente, et les récents communiqués sur le marché du travail permettent de croire que l’amélioration prévue pourrait se produire en quelque sorte plus tôt qu’attendu.  Même si les gains de l’emploi restent modestes, la conjoncture du marché du travail semble généralement se stabiliser après un début d’année au ralenti.

Nous nous attendons aujourd’hui à ce que la croissance s’établisse à une moyenne de 0,9 % en 2026, ce qui ne change guère par rapport à notre prévision précédente, même si ce chiffre annuel masque un net redressement du rythme de la croissance durant l’année.  La croissance trimestrielle devrait se raffermir puisque les effets des précédentes baisses de taux favorisent de plus en plus la demande intérieure, surtout dans le secteur du logement, et les dépenses de l’État rattrapent les sorties de fonds planifiées.  C’est pourquoi nous nous attendons à ce que la croissance du PIB se fortifie à 2,2 % en 2027.  Le refus de l’administration américaine de reconduire l’ACEUM avant l’échéance du 1er  juillet ne change pas notre prévision référentielle.  Les exportations du Canada restent protégées par cet accord et continuent de profiter de droits de douane très faibles.  Nous continuons de supposer que la structure-cadre du libre-échange finira par être reconduite.

L’inflation sous-jacente est une question que nous continuons de surveiller attentivement.  Le rythme de l’inflation s’est en quelque sorte accéléré dans les derniers mois : les baromètres de l’inflation sous-jacente mensuelle se sont redressés après avoir enchaîné des résultats moindres, ce qui cadre essentiellement avec nos attentes.  Si l’inflation de synthèse reste relativement bien contenue, les pressions sous-jacentes sur les coûts continuent de s’exercer à des niveaux qui ne concordent pas avec un retour rassurant sur la cible.  Les frais de main-d’œuvre unitaire, l’IPPI et notre propre indicateur des pressions exercées par les coûts sous-jacents continuent de pointer les risques inflationnistes élevés (graphique 3). Le fléchissement récent des cours du pétrole est une bonne nouvelle et devrait apporter un certain répit; toutefois, nous continuons d’entrevoir d’importants risques de hausses pour la prévision de l’inflation.  Sur cette toile de fond, la Banque du Canada est appelée à rester prudente et à se prononcer contre le risque de réaccélération de l’inflation.  À notre avis, ce risque justifie une révocation progressive des mesures de relance de la politique monétaire, et la Banque du Canada devrait commencer à hausser les taux à deux reprises vers la fin de l’année.  

RISQUES 

  • Tensions géopolitiques chroniques et risques de hausse des cours du pétrole.  Si les développements au Moyen-Orient ont récemment adopté une orientation plus constructive, les tensions géopolitiques restent vives, et le risque de nouveaux tumultes ne peut pas être balayé.  L’offre de pétrole est toujours corsetée, et les stocks sont probablement appelés à être reconstitués au fil du temps, ce qui rend les cours du brut vulnérables à de nouvelles pressions à la hausse.  L’emballement durable des cours de l’énergie pourrait avoir pour effet de hausser directement l’inflation de synthèse et d’augmenter plus généralement les coûts du transport et de la production.  Elle pourrait aussi nourrir les attentes inflationnistes, en amplifiant et prolongeant les pressions qui s’exercent sur les prix, en obligeant à mener une intervention monétaire plus vigoureuse. (Veuillez consulter notre précédente note sur ce risque.)  
  • Risque de hausse de la politique budgétaire américaine.  D’autres mesures de relance budgétaire – dont la hausse des dépenses militaires et les transferts potentiels aux ménages – pourraient muscler la demande, attiser les pressions inflationnistes et amener la Réserve fédérale américaine à adopter un parcours de durcissement. 
  • Risques dans la renégociation de l’ACEUM.  Le refus de l’administration américaine de reconduire l’ACEUM avant l’échéance du 1er juillet n’était pas inattendu; or, le résultat défavorable des prochaines négociations de l’ACEUM continue d’être une éventualité et pourrait représenter un important risque de baisse. (Veuillez cliquer sur ce lien.)  
Tableau 1: International: PIB réel, Prix à la consommation 2023 à 2027
Tableau 2: Amérique du Nord: PIB réel 2023 à 2027 et Prévisions trimestrielles
Tableau 3: Taux des banques centrales, devises et taux d’intérêt 2024 à 2027
Tableau 4: Les provinces 2023 à 2027