La réconciliation économique consiste à inclure les peuples, les communautés et les entreprises autochtones dans tous les aspects de l’économie afin qu’ils tirent eux aussi profit de la prospérité du Canada après des années d’exclusion du système financier.
Toutefois, avant que les entreprises ne fassent affaire avec les communautés autochtones, il est essentiel de nouer des relations solides, déclare Ted Williams, chef de la Première Nation des Chippewas de Rama en Ontario.
« Souvent, les sociétés et les entreprises débarquent avec leurs tableaux papier, leurs documents et leurs blocs-notes pour conclure un accord », a-t-il expliqué lors d’une conférence sur la réconciliation économique organisée par la Banque Scotia au début du mois.
« Ça ne fonctionne pas comme ça. Je dois savoir qui vous êtes et vous devez savoir qui je suis. »
L’importance de tisser des relations de confiance et de respect avec les peuples autochtones a été un sujet abordé dans plusieurs tables rondes lors du Sommet de la Banque Scotia sur la réconciliation avec les Autochtones, qui s’est tenu à Toronto le 1er octobre.
Le chef Ted Williams de la Première Nation Chippewas de Rama s'exprimant sur scène lors du sommet de Toronto
Des propriétaires d’entreprise et des leaders autochtones de partout au Canada
Dix ans se sont écoulés depuis que la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a publié son rapport final sur les répercussions des pensionnats et a présenté ses 94 appels à l’action. Dans l’appel 92, on demande, entre autres, au secteur des entreprises du Canada de s’engager à tenir des consultations significatives avec les peuples autochtones, de veiller à ce que les communautés autochtones retirent des avantages à long terme des projets de développement économique ainsi que de donner à la direction et au personnel de l’information sur l’histoire et les séquelles des pensionnats.
Sous le thème « Répondre à l’appel à l’action 92 de CVR », le sommet a réuni des propriétaires d’entreprise et des leaders autochtones de tout le Canada (même une personne de l’Australie!) qui ont réfléchi aux progrès réalisés en matière de réconciliation économique, aux leçons apprises et aux prochaines étapes.
Les tables rondes de l’événement ont approfondi des sujets, comme le rôle des leaders autochtones dans la création d’économies durables ainsi que l’importance d’une approche globale axée à la fois sur le développement économique et sur la protection du territoire pour les générations futures. Au cours d’une séance sur l’innovation et l’investissement dans des projets appartenant à des Autochtones, les panélistes ont parlé des progrès dans la réduction du déficit en matière d’accès au capital pour les communautés et les projets autochtones ainsi que du rôle important des capitaux privés, comme les obligations et les marchés boursiers. Une autre table ronde portait sur la façon dont des organisations et une petite entreprise ont intégré la réconciliation dans leur modèle d’affaires ainsi que leurs pratiques quotidiennes. Elles ont expliqué comment cette façon de faire aidera l’économie et favorisera la sécurité financière collective du Canada à long terme.
En compagnie du chef Williams, Andy Moorhouse, vice-président du développement économique de la société Makivvik, a déclaré lors d’une table ronde sur les meilleures pratiques en matière de partenariat et de collaboration avec les nations autochtones qu’il est essentiel de faire preuve d’ouverture et de clarté sur l’ensemble des aspects et des intentions sous-tendant un projet ou un accord potentiel.
Andy Moorhouse, vice-président du développement économique pour Makivvik Corporation, s’exprimant lors du sommet par appel vidéo
Makivvik est un organisme de défense des revendications territoriales à but non lucratif qui représente le peuple inuit du Nunavik, une région du nord du Québec. Son mandat comprend la création d’emplois, l’amélioration des conditions de logement et la réduction du coût élevé de la vie pour la population. Il est essentiel d’approfondir les relations entre les partenaires et de favoriser une compréhension au-delà du profit : il faut tenir compte des répercussions et des avantages potentiels à plus long terme pour les gens de la région.
« Le plus important est de bien communiquer et de veiller à partager les réussites », a déclaré M. Moorhouse.
Fred Vicaire, directeur général de Mi’gmawei Mawiomi Business Corporation (MMBC), qui représente les communautés mi’kmaq de Gesgapegiag, Gespeg et Listuguj, s’est joint virtuellement à la table ronde, mais a été déconnecté en raison de problèmes de connectivité.
Fred Vicaire, PDG de Mi'gmawei Mawiomi Business Corporation
Il a par la suite fait un commentaire : « Pour MMBC, la réconciliation consiste à établir la confiance au moyen de partenariats fructueux qui véhiculent les valeurs mi’kmaq et propulsent notre progression commune vers la réconciliation. »
L’animatrice de la table ronde, Dana Martin, vice-présidente des Services financiers à la clientèle autochtone à la Banque Scotia, a déclaré que la création d’une véritable relation est essentielle et que ça peut prendre du temps.
« C’est en fait une combinaison d’un partenariat, d’une relation et d’une amitié, a-t-elle expliqué. On m’a déjà dit que la banque devrait "fréquenter" une Première Nation beaucoup plus longtemps qu’une entreprise! »
Pour illustrer ce point, le chef Williams a expliqué comment la Première Nation des Chippewas de Rama a choisi l’exploitant du casino Rama à Orillia, en Ontario (la Banque Scotia a participé au financement du développement initial du casino il y a 29 ans).
Dana Martin, vice-présidente des services financiers autochtones chez la Banque Scotia, s'exprimant à la tribune du sommet de Toronto
Il a indiqué qu’il avait demandé aux entreprises candidates ce qu’il leur tenait le plus à cœur.
Deux entreprises ont répondu le retour sur le capital investi pour les investisseurs, mais le président d’une autre entreprise a déclaré à M. Williams que c’était sa famille.
« C’est ce qui a attiré mon attention, a expliqué M. Williams lors de la table ronde. Lorsque vous intégrez ma communauté et que vous travaillez avec ses membres, je veux que vous les traitiez comme si c’était votre famille. Cet exploitant a ensuite été sélectionné. »
Premier anniversaire du plan d’action pour la vérité et la réconciliation
Il y a un an, la Banque Scotia a publié son Plan d’action pour la vérité et la réconciliation. Il s’agit d’une liste de 37 engagements qu’a pris la Banque pour rétablir la confiance avec les peuples autochtones. Les engagements du plan initial consistent notamment à offrir au personnel autochtone une formation spécialisée en leadership, à augmenter les dépenses d’approvisionnement auprès des fournisseurs autochtones ainsi qu’à répondre aux besoins en matière de connaissances financières de certains peuples autochtones en leur offrant du contenu personnalisé et approfondi.
En octobre dernier, la Banque Scotia s’est associée à la société en commandite Nch’ḵay̓ Development de la Colombie-Britannique, la société en commandite Des Nedhe Financial de la Saskatchewan et la Première Nation des Chippewas de Rama de l’Ontario pour lancer Cedar Leaf Capital, la première maison de courtage de valeurs au Canada détenue et exploitée par des Autochtones. L’entreprise est détenue à 70 % par les actionnaires majoritaires Nch'ḵay̓, Des Nedhe et la Première Nation Rama (dans une proportion de 23,3 % chacun) et à 30 % par la Banque Scotia. Bien que l’entreprise soit exploitée dans un premier temps par la Banque, l’objectif est de réduire progressivement sa participation une fois la maison de courtage autonome.
« La réconciliation ne consiste pas seulement à réparer les préjudices passés, a déclaré lors de la conférence Ian Arellano, vice-président à la direction et directeur des affaires juridiques à la Banque Scotia.
« L’objectif est de créer un avenir qui favorise la résilience économique et la réussite, qui élimine les obstacles à l’accumulation de richesses dans les communautés autochtones et qui réforme les structures juridiques et économiques. Il faut permettre la pleine participation des populations autochtones aux investissements ainsi que protéger et honorer les droits et les valeurs autochtones. »