Chaque jour, des milliers d’avions volent partout dans le monde pour transporter des marchandises et des gens vers leur destination. Pendant ce temps, au sol, le système alimentaire mondial génère une quantité considérable de déchets comme les graisses animales, les résidus de maïs et les huiles de cuisson usagées. Derrière ces éléments sans lien apparent se cache une solution créative : le carburant d’aviation durable.
La Banque Scotia a récemment adhéré à un programme de DHL Express, ce qui lui a permis de réduire les émissions de carbone des envois de messagerie grâce au carburant d’aviation durable.
Les fabricants et les opérateurs testent de plus en plus de vols entièrement alimentés par du carburant d’aviation durable, lequel peut être utilisé dans les infrastructures, les moteurs et les avions actuels moyennant des ajustements mineurs de l’équipement d’alimentation en carburant. Virgin Atlantic a fait les gros titres en novembre lorsqu’elle a effectué le premier vol transatlantique propulsé par du carburant d’aviation 100 % durable.
Le carburant d’aviation durable suscite de grands espoirs pour atteindre les objectifs de carboneutralité dans le secteur du transport aérien d’ici 2050. Il apparaît comme une solution de remplacement immédiate des combustibles fossiles en mesure de réduire considérablement les émissions. Les vols commerciaux sont autorisés à utiliser jusqu’à 50 % de carburant d’aviation durable mélangé au carburant classique. Le vol Londres-New York de Virgin Atlantic visait à sensibiliser le public et à montrer les capacités des carburants durables comme solution de remplacement des combustibles fossiles classiques.
Qu’est-ce que le carburant d’aviation durable?
Le carburant d’aviation durable peut entraîner une diminution des émissions allant jusqu’à 80 % (ou 94 % avec les bonnes sources de matières premières) par rapport à celles produites par du carburéacteur conventionnel, en plus d’offrir des avantages comme la réduction des émissions de particules et l’amélioration de la qualité de l’air. Il s’agit de biocarburant, soit un carburant fabriqué à partir de diverses ressources renouvelables et de déchets, appelés matières premières, qui sont facilement disponibles partout et qui comprennent, entre autres, les déchets alimentaires et de jardinage des municipalités, les graisses, les huiles et les résidus agricoles.
Pour produire des biocarburants qui réduisent les émissions, les matières premières sont collectées et transportées vers une installation où elles sont mélangées et raffinées pour obtenir du carburant durable. Le carburant est ensuite transporté vers les aéroports participants où il peut être mélangé au diesel classique à base de pétrole.
Environ 600 millions de litres de carburant d’aviation durable ont été produits en 2023, soit le double de ce qui a été produit en 2022. En 2024, les volumes devraient tripler, mais même avec cette croissance, les carburants d’aviation durables représenteront moins de 1 % de la demande totale. L’offre et la demande de carburant d’aviation durable devraient augmenter dans les années à venir, et on prévoit que cela représentera 17 % de la consommation mondiale de carburéacteur d’ici 2050.
Combler l’écart pour réduire les émissions de l’aviation
Malgré l’abondance des matières premières au Canada, peu de carburant d’aviation durable est produit au pays à l’heure actuelle. De nouveaux projets et investissements, tels qu’un récent investissement fédéral pour étudier et produire du carburant au Manitoba, visent à changer cette situation.
Malheureusement, en raison de la disponibilité de la ressource et surtout de son coût, le carburant d’aviation durable n’est pas encore en mesure de concurrencer les carburants d’aviation classiques. Les écarts entre les prix varient, mais le carburant d’aviation durable est généralement deux à quatre fois plus cher que le carburant d’aviation classique. Pour réduire les coûts, les producteurs ont besoin de capitaux pour investir dans des capacités de production supplémentaires. C’est ce que DHL appelle son paradoxe de l’œuf et de la poule.
Toutefois, si les organisations adhèrent à des programmes qui contribuent au développement des biocarburants et si les gouvernements investissent dans des infrastructures durables et des programmes d’incitation, l’élan pourrait suffire à accroître l’offre, à faire baisser les prix et à soutenir la demande.
Pour ce qui touche les mesures incitatives actuelles pour les carburants durables, un rapport sur les combustibles plus propres rédigé par l’équipe Recherche sur les marchés des actions de la Banque Scotia a révélé que les incitatifs gouvernementaux varient considérablement d’un territoire à l’autre. Toutefois, dans l’ensemble, les solutions de rechange durables aux carburants classiques nécessitent souvent des mesures incitatives pour devenir financièrement concurrentielles par rapport aux carburants ordinaires.
Des technologies comme l’hydrogène et les moteurs d’avion alimentés par des batteries sont à l’étude, mais les carburants d’aviation durables sont considérés comme une passerelle vers la décarbonation du secteur de l’aviation. Le mélange de carburant d’aviation durable et de carburéacteur classique signifie que ces carburants peuvent être utilisés dès maintenant comme substituts, car ils ne nécessitent aucune modification du moteur.
Partenariat avec la Banque Scotia pour réduire les émissions
La Banque Scotia a récemment conclu un accord avec la société de logistique DHL pour participer à un nouveau programme appelé GoGreen Plus qui soutient le développement et l’utilisation de carburants durables. « Nous avons vu là une excellente occasion de faire progresser les objectifs de la Banque Scotia en matière de réduction des émissions », indique Alan Cotterill, premier directeur, Gestion des fournisseurs à la Banque Scotia.
M. Cotterill explique que lorsque son équipe a réalisé une analyse coûts-avantages de l’incidence potentielle du programme, il état clair que GoGreen Plus constituait une excellente option pour réduire les émissions liées aux services achetés par la Banque. Jusqu’à maintenant, la Banque Scotia a conclu un accord avec l’entreprise de logistique pour que trois unités fonctionnelles qui figurent parmi les principaux utilisateurs ou expéditeurs canadiens de colis internationaux de la Banque participent au programme pour les envois de messagerie internationale en provenance du Canada. Le 1er novembre 2023, soit deux mois après son adhésion au programme GoGreen Plus, la participation de la Banque Scotia a permis de réduire de trois tonnes les émissions de carbone.
M. Cotterill indique que son équipe mesurera le succès du programme de DHL en vue de le reproduire dans tous les pays où la Banque exerce ses activités. Il encourage ses collègues et d’autres organisations à étudier les options qui s’offrent à eux en matière de carburant plus propre. « Nous nous intéressons également aux services de messagerie nationaux et nous cherchons à savoir s’ils utilisent des véhicules électriques ou non. C’est un processus continu. Une première réussite nous incite à préparer l’étape suivante. » Les résultats prometteurs du programme DHL ont encouragé M. Cotterill à redoubler d’efforts pour trouver de nouveaux moyens de collaborer avec d’autres fournisseurs afin de réduire les émissions.