- La BdC a fait savoir qu’elle pourrait reprendre ses rachats d’obligations de l’État pour ses opérations normales à la fin de 2027 ou en 2028. L’objectif déclaré de la BdC consiste à se doter d’un portefeuille d’obligations du gouvernement du Canada (GC) qui est essentiellement équivalent, de par sa taille, à l’encours de la masse monétaire.
- En vertu d’une projection de croissance minimale de la masse monétaire, la BdC devra remplacer la plus grande partie de la valeur nominale de 8 G$, 13 G$ et 35 G$ des titres arrivant à expiration en 2028, 2029 et 2030 respectivement. Les valeurs relativement faibles des obligations hypothécaires du Canada et des titres de dette protégés de l’inflation et détenus par la BdC pourraient amoindrir légèrement ces valeurs.
- La durée des avoirs de la BdC est aujourd’hui supérieure au profil de l’émission générale du GC, ce qui, de concert avec l’important bloc de titres de dette arrivant à expiration en 2030, laisse entendre que les rachats à entamer en 2028 pourraient favoriser les échéances de l’horizon 2032-2038.
Dans la foulée de ses rachats d’actifs massifs durant la pandémie de COVID‑19, la BdC s’est consacrée à un effort pluriannuel de réduction de la taille de son bilan. À la différence de certaines autres banques centrales, la BdC a délesté des titres obligataires de son bilan à leur expiration, au lieu de les revendre activement.
Dans de récentes déclarations, Toni Gravelle, sous-gouverneur de la BdC, a laissé entendre que les rachats d’obligations de l’institution pourraient reprendre à la fin de 2027 ou en 2028. La politique de la BdC consistera alors à acheter ces obligations sur le marché secondaire.
Dans la lignée de ses interventions durant la pandémie de COVID-19, le bilan de la BdC s’est rapidement enrichi : il se chiffrait à à peine plus de 100 G$ avant la pandémie et totalisait aux alentours de 575 G$ à l’approche du début de 2021 (graphique 1).
L’objectif déclaré de la BdC consiste à s’assurer que ses avoirs en obligations de l’État correspondent essentiellement à l’encours de la masse monétaire (graphique 2), alors que ses avoirs en bons du Trésor et ses opérations sur le marché des pensions devraient équivaloir aux soldes de règlement (graphique 3).
À cette étape, les avoirs en titres obligataires de la BdC avoisinent l’encours de la masse monétaire. À l’heure où les soldes de règlement restent supérieurs à son objectif déclaré de 50 G$-70 G$, j’expliquais il y a quelques semaines que cette situation est en partie attribuable à l’utilisation qu’elle fait des opérations de pensions à terme pour lisser les déviations du taux des opérations de pension à un jour (CORRA), soit le taux repère des opérations de pension.
Quels sont ses besoins et à quoi faut-il s’attendre?
Le ratio du PIB nominal sur l’encours de la masse monétaire ne cesse de progresser depuis 2022, ce qui est en partie attribuable à l’augmentation des paiements électroniques ou à d’autres changements dans les habitudes des consommateurs. Une simple projection linéaire de ce ratio de concert avec les attentes actuelles pour la croissance du PIBN laisse entendre que la croissance de la masse monétaire pourrait moyenner 127 G$ et 128 G$ respectivement sur 2027 et 2028 (graphique 4), ce qui est inférieur aux attentes précédentes.
La hausse soutenue du ratio PIBN/encours de la masse monétaire pourrait avoir pour effet de porter le portefeuille de titres obligataires de la BdC en deçà de son encours de la masse monétaire plus tardivement que prédit dans les estimations antérieures, ce qui pourrait retarder son programme de rachat d’obligations.
À l’heure actuelle, la BdC détient 136 G$ en obligations nominales du GC. Le tableau 1 fait état de la valeur nominale des titres arrivant à expiration dans chacune des prochaines années. La part d’environ 13 G$ arrivant à expiration en 2027 concorde avec une reprise des rachats à la fin de 2027. Or, ses autres avoirs en obligations hypothécaires du Canada (4,2 G$) et sa dette protégée de l’inflation (4,4 G$) pourraient reporter les rachats à 2028 si elle en tient compte de concert avec son portefeuille nominal.
Le fort pourcentage qui doit arriver à expiration en 2030, soit 24 % de la valeur nominale actuelle de l’ensemble de son portefeuille nominal d’obligations du GC, est un point à signaler à propos de son portefeuille actuel. Ce pourcentage équivaut essentiellement à la valeur nominale totale des titres arrivant à expiration en 2027–2029 et est beaucoup plus considérable que celui qui correspond à la valeur nominale de 13,4 G$ arrivant à expiration entre 2032 et 2038.
Le deuxième point à signaler est celui de la durée du portefeuille obligataire de la BdC. La duration de Macaulay du portefeuille nominal des obligations du GC est légèrement supérieure à celle du total de l’encours des émissions d’obligations du GC (graphique 5). Reste à savoir si ce sera toujours le cas dans un an. Compte tenu de la récente préférence exprimée par certains gouvernements pour des échéances rapprochées, il se peut que les avoirs de la BdC et les durations des émissions du GC baissent. Toujours est-il que compte tenu du profil de duration actuel des obligations les plus récentes (graphique 6), les rachats d’obligations à 2 ans et à 5 ans feraient baisser la duration totale de la BdC alors que les rachats d’obligations à 10 ans et à 30 ans la feraient augmenter.
EN SOMME
Selon des hypothèses vraisemblables, l’encours de la masse monétaire canadienne repoussera à la fin de 2027 ou à 2028 le reliquat des avoirs obligataires de la BdC, selon que les obligations hypothécaires du Canada et les titres de dette protégés de l’inflation sont compris ou non dans les calculs. Sans compter les variations inattendues dans l’encours de la masse monétaire, la BdC devra remplacer la plus grande partie de la valeur nominale de 8 G$, 13 G$ et 35 G$ des titres arrivant à expiration en 2028, 2029 et 2030 respectivement.
Si la BdC lance ses rachats en 2028, il sera peut-être utile de garder l’œil ouvert sur la structure des échéances de l’encours de ses avoirs. À l’heure actuelle, son plus grand bloc de titres en portefeuille est appelé à arriver à échéance en 2030, en s’enchaînant chaque année avec des quantités relativement moindres sur l’horizon de 2032-2038.
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