Ce compte rendu mensuel fait état des mutations du commerce en Amérique du Nord, en mettant en lumière ce que nous constatons dans l’environnement commercial dynamique d’aujourd’hui, en plus de faire état des conséquences de cette mutation pour la croissance à terme.
- Les exportations de biens du Canada ont crû de 2,1 % en octobre, dans la foulée de leur remontée depuis le printemps, et les importations ont progressé de 3,4 % — en enchaînant un deuxième mois consécutif marqué par un compte commercial essentiellement équilibré. L’or non ouvré a à nouveau en octobre porté la progression des exportations, et la hausse des importations a été menée par des progrès plus modestes dans de nombreuses catégories, dont les produits électroniques et l’équipement électrique, l’argent et le platine, ainsi que les machines industrielles et les pièces détachées.
- Par rapport au même mois l’an dernier, les exportations et les importations de biens canadiens ont toutes augmenté de 0,9 % en octobre. Les hausses importantes de la valeur des exportations d’or (favorisées par la brusque augmentation des cours du métal jaune) sont venues effacer la baisse des exportations dans la plupart des autres catégories de produits, dont celles qui sont ciblées par les droits de douane américains, par exemple l’acier (‑37 % sur un an), l’aluminium (‑27 %) et les produits forestiers (‑25 %). Les véhicules automobiles et les pièces détachées ont eux aussi accusé une baisse pendant la plus grande partie de 2025; ils ont toutefois rebondi sur les trois derniers mois et se sont quasiment rétablis, en octobre, à leur niveau d’il y a un an.
- La part des exportations canadiennes destinées aux États‑Unis a fléchi pour passer de 76 % en 2024 à 67 % en octobre, en raison de la baisse des exportations aux États‑Unis et de la hausse des exportations dans d’autres pays. Les exportations destinées aux États‑Unis ont cédé 3,4 % sur un mois et ont baissé de 6,9 % sur un an. Les exportations dans d’autres pays se sont envolées de 15 % sur un mois et inscrivent aujourd’hui une hausse de 22 % sur un an, même si cette hausse a été en grande partie portée par les récentes exportations d’or.
- Dans l’ensemble, la balance commerciale d’octobre n’avait pas été aussi faible depuis mai 2009. Après s'être creusé considérablement au début de l'année en raison des importations qui anticipaient les droits de douane, l'ensemble du déficit commercial des États‑Unis s’est vite réduit considérablement. Les importations ont évolué tendanciellement à la baisse et ont perdu encore 3,2 % en octobre, alors que les exportations n’ont pas cessé d’augmenter (pour gagner 5 % sur un an).
- Les changements intervenus dans la balance commerciale américaine rendent également compte des changements compositionnels dans les courants commerciaux américains. En s’en remettant aux trois derniers mois par rapport au même trimestre de l’an dernier, les importations américaines ont considérablement baissé au départ de la Chine (‑42 %), du Canada (‑10 %) et de l’Union européenne (‑9 %) — et ont augmenté au départ du Mexique (+3 %) et du reste du monde (+8 %).
- Les statistiques douanières américaines nous apprennent que la proportion des biens canadiens importés aux États‑Unis et soumis à des droits de douane s’est inscrite aux alentours de 13 %, en baisse par rapport à 20 %‑25 % en 2024 (parce qu’on encourage de plus en plus les entreprises à soumettre les documents confirmant qu’elles se conforment à l’ACEUM).
- Le Canada continue de profiter d’un tarif douanier effectif (relativement) faible sur les exportations destinées aux États‑Unis (soit 6,3 % selon notre estimation actuelle, d’après les courants commerciaux qui ont précédé les droits de douane), parce que la plupart de nos échanges commerciaux se poursuivent en libre‑échange dans le cadre de l’ACEUM. L’estimation la plus juste de la moyenne des droits de douane effectifs acquittés sur les importations américaines depuis le Canada semble s’inscrire à un peu moins de 4 %; or, ce calcul pourrait en quelque sorte sous‑estimer les véritables droits de douane acquittés, puisqu’il ne tient pas compte de tous les droits liés aux échanges commerciaux.
- Puisque la Cour suprême des États-Unis devrait bientôt se prononcer sur la légalité des droits de douane de l’IEEPA, il se pourrait que de nouvelles secousses se produisent, au cours des prochaines semaines, dans la guerre commerciale mondiale que continuent de mener les États‑Unis. Si les droits de douane sont abaissés, ils pourraient être remplacés par un nouveau mécanisme — qui serait probablement encore contesté et qui donnerait lieu à un nouveau climat d’incertitude. Pour le Canada, les droits de douane sectoriels produisent nettement l’impact le plus retentissant et continueront de plomber l’économie canadienne tant qu’ils produiront leurs effets.
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