- En mars, la balance commerciale des biens du Canada a rebondi en situation d’excédent : les exportations ont gagné 8,5 % (sur un mois) et les importations ont perdu 1,6 % (graphique 1). Comme c’est souvent le cas depuis peu, l’or a été la matière dominante dans la colonne des exportations; les produits de l’énergie ont toutefois eux aussi prêté leur concours – à la faveur de la hausse des cours du pétrole depuis que le conflit a éclaté entre les États-Unis et l’Iran. Dans la colonne des importations, la plupart des catégories ont baissé d’un cran après un vigoureux mois de février – à l’exception notable des véhicules automobiles, ce qui témoigne de l’intégration continue des chaînes logistiques dans ce secteur. Après rajustement pour tenir compte des prix, le volume des exportations a progressé de 2,2 % et les importations ont reculé de 2,5 % dans le mois (graphique 2). Les données sur les échanges commerciaux ont pris du mieux après un très léthargique rapport en janvier; or, la balance commerciale nette pèse toujours probablement sur la croissance estimative du T1. Nous nous attendons cependant à un rebond au T2.
- Les solides exportations d’or et la hausse des cours de l’énergie effacent les baisses dans certains secteurs. Les exportations ont à l’évidence flanché dans les catégories de biens ciblées par les droits de douane sectoriels américains (graphique 3), soit l’acier (-51 % par rapport à décembre 2024), l’aluminium (-5 %), la foresterie (-23 %) ainsi que les véhicules automobiles et les pièces détachées (-11 %).
- La part des exportations canadiennes destinées aux États-Unis évolue peu à peu tendanciellement à la baisse : elle s’est établie à des moyennes de 76 % en 2024 et de 72 % en 2025 et s’est inscrite à 67 % en mars 2026. Cette baisse est attribuable au fléchissement des exportations à destination des États-Unis et à l’augmentation des exportations à destination d’autres régions – surtout l’Europe (graphique 4). En mars, les exportations destinées aux États-Unis se sont envolées de 8,3 % sur un mois; elles ont toutefois cédé 1,3 % par rapport à 2024. Les exportations destinées aux autres pays ont bondi de 9,1 % sur un mois et se sont accélérées de 55,2 % par rapport 2024 – même si cette progression a en partie été portée par les exportations élevées d’or à l’étranger. Dans la colonne des importations (graphique 5), la part des importations canadiennes au départ des États-Unis a fléchi peu à peu pour s’inscrire à 58 % en mars, contre une moyenne de 62 % en 2024.
- Le Canada continue de profiter d’un taux tarifaire effectif (relativement) faible sur l’ensemble des exportations. D’après notre estimation la plus récente (établie en fonction des courants commerciaux prétarifaires), nous chiffrons à 2,9 % la hausse des droits de douane depuis la fin de 2024, grâce à la plus grande partie de nos échanges commerciaux avec les États-Unis, qui se sont poursuivis sans sanctions tarifaires dans le cadre de l’ACEUM. Il s’agit d’une baisse par rapport à 4,5 % en février, dans la foulée du remplacement des tarifs de l’IEEPA des États-Unis par un tarif mondial de 10 %, ainsi que des changements apportés aux tarifs de l’acier et de l’aluminium et de l’imposition de droits de douane sur les produits pharmaceutiques. Les droits de douane effectifs moyens déclarés sur les importations américaines de biens au départ du Canada ont été légèrement supérieurs à 3 % pour le quatrième mois d’affilée, ce qui représente une baisse par rapport à presque 4 % il y a six mois (graphique 6). La part des biens canadiens importés aux États-Unis et soumis à des tarifs a explosé pour passer de 12 % à 17 % en mars (graphique 7), en partie grâce à une progression des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium aux États-Unis durant ce mois.
- Le déficit commercial américain se rapproche à nouveau de son niveau prétarifaire (graphique 8). La balance commerciale américaine a accusé une forte volatilité au début de 2025 en réaction aux droits de douane, avant de se stabiliser vers la fin de l’année. En mars, les exportations américaines ont crû de 2,0 %, et les importations de 2,3 %, ce qui explique que le déficit commercial a augmenté pour se chiffrer à 60 G$ US, même s’il a baissé après s’être inscrit à environ 70 G$ US en 2024.
- Les droits de douane américains sur les importations continuent de créer des pressions inflationnistes dans ce pays : selon l’estimation la plus récente de l’impact cumulatif des droits de douane sur l’IPC américain, le choc atteint presque un point de pourcentage complet (graphique 9) – ce qui assombrit l’horizon pour les baisses de taux d’intérêt aux États-Unis, surtout si l’on tient compte des récentes hausses des cours du pétrole.
- Les droits de douane et l’incertitude (graphique 10) sont toujours aussi élevés et ne cessent d’évoluer. Même si le remplacement des tarifs de l’IEEPA des États-Unis par le tarif mondial temporaire de 10 % a été une bonne nouvelle pour le Canada (et pour de nombreux autres partenaires commerciaux des États-Unis), la grande majorité de nos échanges commerciaux a été jugée conforme à l’ACEUM, ce qui l’exempte de ces droits de douane. Les droits de douane sectoriels sont de loin ceux qui ont l’impact le plus retentissant pour le Canada, et les récents changements apportés par les États-Unis aux droits de douane sur l’acier et sur l’aluminium, ainsi que l’imposition de droits de douane sur les produits pharmaceutiques font souffler des vents contraires plus violents sur ces secteurs.
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