Eric Theoret
Stratège cambiste
Stratégie des marchés des changes
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Le dollar US (USD) se raffermit à l’approche de la fin du T2, et ses gains sont portés par les fondamentaux à l’heure où les marchés ont décidé de réanticiper une part considérable du durcissement de la Fed dans le sillage de la réunion du FOMC en juin. On donne plus d’importance aux prévisions pour la politique monétaire relative et les marchés de change s’éloignent du mouvement porté par l’humeur des investisseurs qui a caractérisé une large part de l’action sur les cours boursiers que nous avons observée depuis que le conflit entre les États-Unis et l’Iran a éclaté au début de mars.
Les niveaux actuels de l’USD s’expliquent à la fois par le soutien fondamental et lié à l’humeur des investisseurs en raison de la réanticipation du durcissement de la Fed et par les inquiétudes géopolitiques chroniques. L’équilibre des risques paraît toutefois en quelque sorte obliqué à la baisse : nous continuons en effet de nous attendre à des décisions conciliantes de la Fed et nous entrevoyons d’autres risques de baisse de l’USD puisque les marchés réanticipent un apaisement des tensions politiques dans la foulée de l’accord de paix intervenu entre les États-Unis et l’Iran.
Nous entrevoyons peu de catalyseurs pour une nouvelle remontée de l’USD à partir de maintenant et nous constatons que les niveaux actuels de l’indice DXY sont atteints malgré une forte résistance au cours de l’année écoulée approximativement.
Nous n’avons pas apporté de changements à nos prévisions du taux de change et notre attention reste monopolisée par les importants risques de baisse de l’USD. Des considérations tactiques – anticipation des décisions de la Fed et humeur des investisseurs – laissent entendre que le soutien à court terme s’essouffle et que les risques cycliques restent fermement orientés à la baisse alors que le « double déficit » (commercial et budgétaire) de l’économie américaine érode le soutien à plus long terme.
La première réunion du nouveau président de la Fed, M. Warsh, a donné lieu à une décision de maintien des taux qui a été interprétée comme une position de durcissement par les marchés, sans guère offrir de ligne de conduite. Le président de la Fed a exprimé une ferme volonté d’assurer la stabilité des prix, tout en annonçant la création de plusieurs groupes de travail pour évaluer les déclarations de la Fed, son bilan, ses sources de données et ses baromètres, ainsi que la productivité de l’économie et la structure-cadre de l’inflation de cette banque centrale.
Toutes ces questions offrent la possibilité d’un parcours monétaire baissier, puisque nous tenons compte de la réaction monétaire conventionnelle à la normalisation du bilan, ainsi que du fléchissement des baromètres plus précis de l’inflation (moyenne tronquée et médiane).
La plupart des grandes banques centrales collègues de la Fed sont entravées par des mandats uniques, qui mettent surtout l’accent sur les baromètres de synthèse de l’inflation qui ont été impactés par la flambée des coûts de l’énergie. Les banques centrales dont le mandat consiste uniquement à cibler l’inflation s’en tiendront à un parti pris de durcissement à la fois dans leur ligne de conduite et dans l’exécution de leurs politiques en repoussant le risque des pressions inflationnistes de deuxième tour. La divergence dans les parcours du taux directeur est toujours un pilier essentiel de nos prévisions fondamentales. Le rapprochement des différentiels de taux d’intérêt a été un facteur décisif du fléchissement généralisé de l’USD par rapport à son pic de 2022, et nous nous attendons à ce que cette tendance se poursuive jusqu’à la fin de notre horizon prévisionnel.
Aux États-Unis, la croissance tendancielle de l’économie est inquiétante, puisque l’humeur des consommateurs reste atone et que les indices prospectifs comme le GDPNow de la Fed d’Atlanta laissent entendre que l’économie s’affaissera considérablement dans le deuxième semestre de 2026. La croissance récente a aussi été relativement exiguë et a été, en grande partie, nourrie par les importantes dépenses d’investissement menées par l’IA relativement aux centres de données. Le marché du logement américain est toujours exceptionnellement léthargique, en raison du pessimisme des constructeurs d’habitations et des vents contraires que continue de faire souffler, sur les acheteurs de logements, la hausse récente des taux hypothécaires.
Les prévisions de la Banque Scotia sur les taux de la Fed restent orientationnellement inchangées. La Fed devrait abaisser ses taux de 50 points de base, décrétant une baisse de 25 points de base au T4 de 2026 et une autre au T1 de 2027. Le taux terminal continue de s’inscrire à 3,25 %.
Le dollar canadien (CAD) a été malmené dans la dernière moitié du T2, en fléchissant à de nouveaux creux en 2026 parce que les écarts entre les rendements américains et les rendements canadiens se sont considérablement creusés. Le durcissement circonspect de la BdC a fait souffler de légers vents contraires, surtout par rapport au basculement considérable des prévisions de la Fed.
L’équilibre des risques favorise la vigueur du CAD par rapport aux niveaux actuels puisque l’humeur et le positionnement des marchés tiennent essentiellement compte de bien des risques de baisse, en offrant peu de bonnes nouvelles à ceux qui misent sur une reprise. Le graphique à moyen terme est toujours celui d’un retracement, puisque le CAD reprend du mieux après s’être replié à la fin de 2025 et au début de 2026. Notre estimation de la juste valeur du CAD continue d’évoluer au-delà des niveaux des marchés au comptant, ce qui laisse entendre que certaines pressions qui n’ont aucun lien avec les fondamentaux s’exercent.
La Banque du Canada a, à une époque très récente, remanié ses prévisions pour tenir compte de la chronologie. Le taux terminal de la BdC n’a pas bougé, à 3,25 %. Nous avons maintenu notre prévision baissière de la paire USD/CAD avec une cible de 1,33 au T4 de 2026, pour atteindre 1,30 au T4 de 2027.
L’euro (EUR) a offert un piètre rendement, imputable à sa fourchette stable sur un an : son rapport avec l’USD a essentiellement été de l’ordre de 1,15. Le recul par rapport au sommet de janvier, sans précédent depuis plusieurs années, à plus de 1,20 a été frustrant, mais aussi relativement discret, ce qui laisse entendre que l’EUR est toujours soutenu malgré les vents contraires à plus court terme.
Le soutien fondamental a été important : la BCE a durci beaucoup plus décisivement le ton et a en fait décrété sa première hausse parmi les banques centrales du G4 (la Fed, la BCE, la BoE et la BoJ) depuis le début de la crise. La BoJ a emboîté le pas, en haussant ensuite ses taux – pour la première fois depuis le début de 2025 – à la mi-juin. La réaction timorée du yen japonais (JPY) laisse entendre que les acteurs du marché souhaitent rester plus fidèles à la volonté d’assurer la stabilité des primes. Le JPY continue de s’échanger à des niveaux relativement faibles, et les marchés sont toujours aussi inquiets de la possibilité d’une intervention officielle dans la gestion de cette devise.
Les perspectives de la livre sterling (GBP) sont toujours aussi solides, malgré les risques politiques à court terme liés à la direction du Parti travailliste. Le gouvernement du premier ministre Keir Starmer est constamment étrillé par les enjeux politiques récurrents, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une contestation de son leadership. Le durcissement du discours de la BoE s’est en quelque sorte amoindri; toutefois, l’on s’attend toujours à ce que cette banque centrale décrète une hausse de 50 points de base dans le dernier semestre de 2026. Les inquiétudes budgétaires se sont apaisées, et les principaux gouvernants ont tâché de renforcer la volonté de l’État de s’auto-imposer des règles budgétaires.
La performance du dollar australien (AUD) a été remarquable : la devise a atteint des sommets inédits depuis plusieurs années après avoir nettement rattrapé le fléchissement de 2021. Nous avons récemment apporté un modeste rajustement à la hausse dans nos prévisions de l’AUD, pour tenir compte des gains plus hâtifs qu’attendu. Pour le marché des changes de l’Amérique latine, la performance du peso mexicain (MXN) a été impressionnante : cette devise a dégagé des gains de +4 % durant le T2. Les marchés paraissent rassurés par l’approche adoptée par la présidente Claudia Sheinbaum dans les négociations qui portent sur l’AEUMC. Le modeste gain du sol péruvien (PEN) a masqué la volatilité considérable liée à l’élection présidentielle de 2026, dont le dénouement en juin n’avait pas permis, au moment d’écrire ces lignes, de déclarer un grand vainqueur.
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