• Le Canada capitalise sur la croissance explosive de l’emploi : les détails sont solides.
  • C’est le rapport dont rêvait la BdC…
  • ... puisqu’il correspond au discours sur un rebond au printemps et à l’été.
  • Les marchés ont rehaussé l’anticipation des baisses de taux de la BdC, et le dollar CA a décroché, alors que la vigueur du dollar US a dominé. 
 
  • Les emplois au Canada sur un mois, en milliers // taux de chômage en %, mai 2026 :
  • Données réelles : 87,8/6,6
  • Banque Scotia : 25/6,9
  • Consensus : 10/6,9
  • Auparavant : ‑17,7/6,9

En mai, le marché canadien de l’emploi a regagné toute sa vigueur. C’est le rapport sur l’emploi dont rêvait la Banque du Canada, qui peut pousser un grand soupir de soulagement en constatant les nouveaux signes d’un rebond de l’emploi au deuxième trimestre. L’estimation de la Banque Scotia s’est située à l’extrémité du consensus; or, malgré tout, le gain a surpassé toutes nos estimations. Nous invitons le lecteur à prendre connaissance des premières statistiques de synthèse du graphique 1.

Graphique 1 : La répartition des emplois au Canada

LES CHIFFRES VIENNENT MUSCLER L’ANTICIPATION DES HAUSSES DE TAUX DE LA BDC

Les marchés ont réagi en portant brusquement à la hausse les rendements obligataires : les rendements à deux ans des obligations du Canada ont gagné 10 points de base dans la séance, dans une courbe orientée à la baisse. Les marchés ont un peu renchéri l’anticipation des hausses de taux d’ici la fin de l’année, en misant sur une hausse de l’ordre de 35 points de base. Ce n’est qu’un rapport; toutefois, en raison du rebond de la croissance, de l’importation d’un choc positif sur les produits de base, du risque de hausse de l’inflation, de la relance budgétaire et de l’accélération des négociations commerciales, il se pourrait bien que notre prévision de longue date sur une hausse se matérialise cette année.

Dans la foulée, le dollar canadien s’inscrit au deuxième rang des grandes monnaies les plus performantes, talonné par le dollar US, grâce à l’énorme gain des salaires non agricoles.

DES DÉTAILS VIGOUREUX

Le Canada s’est enrichi de 88 000 emplois en mai, et les détails ont été vigoureux.

Même d’après les normes d’un rapport exceptionnellement bruyant, il s’agit toujours d’un résultat vigoureux : le graphique 2 fait état des bandes de confiance supérieure et inférieure qui correspondent au bruissement statistique de l’enquête et qui permet de constater que le Canada aurait pu comptabiliser un gain énorme, n’eut été l’ampleur des bandes de confiance.

Graphique 2 : Le rapport très bruyant de Statistique Canada sur l'emploi

Commençons par dire que les emplois à temps plein ont progressé (+154 000) alors que les emplois à temps partiel ont perdu 66 000 postes, ce qui est une bonne nouvelle dans une optique macroéconomique selon laquelle la rotation des emplois permet de créer des postes plus stables et généralement mieux rémunérés et d’offrir un plus grand nombre d’heures payées.

L’emploi salarié dans le secteur privé s’est inscrit en tête (+56 000); l’emploi salarié dans le secteur public a gagné 20 400 postes, et le nombre de travailleurs autonomes a augmenté de 11 200.

Le graphique 3 nous apprend que l’envergure sectorielle du recrutement a été considérable. Les emplois dans la construction ont mené le rebond, ce qui est bon signe pour une reprise de la construction au printemps. Les emplois liés aux voyages et aux loisirs se sont inscrits au deuxième et au quatrième rangs dans la liste des porteurs dans les secteurs d’activité. Le commerce de détail et de gros a été à lui seul le pire élève (‑35 000), entièrement à cause du secteur du commerce de détail.

Graphique 3 : L'évolution, en mai, des niveaux d'emploi au Canada par secteur

L’emploi chez les jeunes a rebondi grâce à un gain de 22 000 postes (graphique 4). Vous pourrez le dire à vos enfants s’ils vous affirment qu’ils n’arrivent pas à trouver d’emploi cet été!

Graphique 4 : Le rebondissement de l'emploi chez les jeunes canadiens

La population active s’est enrichie d’environ 3 800 travailleurs, et c’est la raison pour laquelle le taux de chômage a perdu trois dixièmes de point pour s’inscrire à 6,6 % grâce au solide gain de l’emploi.

Les heures de travail ont inscrit un très solide gain de 0,6 % sur un mois en données désaisonnalisées en mai, après avoir fait du surplace en avril. Pour l’ensemble du deuxième trimestre, les heures de travail inscrivent un gain de 0,6 % sur un trimestre en données désaisonnalisées et annualisées (graphique 5). Puisque le PIB est le résultat de la multiplication des heures de travail par la productivité de la population active, c’est bon signe pour le PIB du deuxième trimestre, de concert avec la hausse de 0,4 % sur un mois que nous avons constatée en avril.

Graphique 5 : Le total des heures de travail au Canada

Se sont surtout illustrées, les provinces de l’Ontario (+42 000), de la Colombie‑Britannique (+25 000), de l’Alberta (+14 000) et du Québec (+13 000). Veuillez consulter le graphique 6. Si l’Ontario est au centre des risques de la politique commerciale, ce qui ralentit la progression de l’emploi, quelqu’un a oublié de le dire aux employeurs, compte tenu des gains adossés considérables de cette province. Je crois que cette constatation cadre avec le discours qui tient compte des exemptions prévues dans l’ACEUM et de la dévalorisation du dollar CA de concert avec l’assez bonne croissance de l’économie américaine, qui apporte, pour le moins qu’on puisse dire, de l’aide à cette province.

Graphique 6 : La croissance de l'emploi dans les provinces du Canada

Ce qui se produit est étrange pour les salaires au Canada (graphique 7). La croissance des salaires a décroché de 10,5 % sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, en mai, après avoir été en berne en avril (+0,2 %), mais dans la lignée de gains de 11,7 % en mars et de 16,4 % en février. Les effets ont porté à la baisse, à 3,2 % par rapport à 4,8 %, le taux de croissance sur un an des salaires des employés permanents, en raison à la fois de la variation mensuelle et d’un basculement dans les effets de base d’il y a un an.

Graphique 7 : Les salaires horaires au Canada

Même d’après les normes canadiennes, l’année a été plutôt calamiteuse du point de vue de la météo et des maladies saisonnières. Les graphiques 8 et 9 font état des heures de travail perdues à cause de la météo et des congés de maladie depuis le début de l’année. Il faut s’en rappeler lorsqu’il s’agit d’expliquer le ralentissement de l’activité au premier trimestre et le potentiel d’un rebond durant l’été. 

Grahique 8 : Les heures de travail perdues au Canada à cause de la météo depuis le début de l'année; Graphique 9 : Les heures de travail perdues pour cause de maladie et d'invalidité depuis le début de l'année