- L’inflation mesurée selon l’IPC s’est ralentie plus qu’attendu.
- Les baromètres fondamentaux se contredisent à nouveau à l’heure où la BdC les réévalue pour savoir quels sont les meilleurs indicateurs.
- L’ampleur des pressions inflationnistes s’est en quelque sorte amoindrie.
- L’IPC de synthèse du mois prochain connaîtra un sursaut et remontera en avril.
- La permanence du choc pétrolier est essentielle aux yeux de la BdC.
- Cette dernière s’intéresse aussi aux répercussions de ce choc sur les baromètres fondamentaux…
- ... puisqu’il faudra du temps, dans l’intervalle, pour répondre aux questions empiriques d’après les données statistiques.
- IPC canadien, évolution en % sur un mois/sur un an, en données non désaisonnalisées, février :
- Données réelles : 0,5/1,8
- Banque Scotia : 0,9/2,1
- Consensus : 0,7/1,9
- Auparavant : 0,0/2,3
- IPC en moyenne tronquée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 0,6 (contre 1,1 % auparavant, sans révision)
- IPC en médiane pondérée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 1,6 (contre 1,6 % auparavant, sans révision)
- IPC sous-jacent traditionnel (hors aliments et énergie), évolution en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 2,3 (contre 0,8 % auparavant, chiffre révisé par rapport à 1,5 %)
Un regard dans le rétroviseur nous apprend que l’inflation n’a pas été au rendez-vous des attentes en février. Février est ici le maître mot. Les chiffres publiés sont aussi défraîchis qu’un vieux pain d’une semaine qui traîne dans le rayon des rabais et qui sera offert aux pigeons. Les baromètres fondamentaux se sont à nouveau contredits, alors que l’ampleur des pressions sur les prix s’est en quelque sorte amoindrie. La remontée des rendements obligataires devrait prioriser davantage les risques projetés pour les perspectives inflationnistes.
D’ABORD, LES DÉTAILS
L’IPC de synthèse a gagné à peine 0,5 % sur un mois, en données non désaisonnalisées, soit 0,1 % sur un mois en données désaisonnalisées. Le rythme de l’IPC de synthèse sur un an a reflué à 1,8 %, contre 2,3 % auparavant, en raison de l’expiration de la baisse temporaire de la TPS après la mi-février 2025, ce qui explique le recul du chiffre sur un an publié cet avant-midi. La BdC fera peu de cas de cet effet.
Les nouvelles statistiques confirmant le ralentissement de l’inflation sous-jacente (graphiques 1 à 3) et l’amoindrissement de l’ampleur (graphique 4) sont les deux éléments essentiels. Il faut toutefois lancer une importante mise en garde sur le premier point.
Cette mise en garde invite à se prononcer sur le baromètre de l’inflation sous-jacente le plus juste. Selon nos travaux de recherche en interne, l’IPC sous-jacent traditionnel est le baromètre le plus juste. La BdC a déjà publié un document de recherche dans lequel elle affirme que les baromètres de la tendance centrale de l’IPC sous-jacent (en moyenne tronquée et en moyenne pondérée) sont les plus justes, alors que dans ses conférences de presse, elle a insisté sur une approche flexible, qui tient compte de tout. La BdC s’avance en affirmant que les baromètres fondamentaux sont réévalués dans l’examen quinquennal de cette année et que l’on pourrait en ajouter d’autres.
Si cette question est importante, c’est parce que l’IPC sous-jacent traditionnel (hors aliments et énergie) a gagné 2,3 % sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, ce qui n’est pas peu dire, mais ce qui s’inscrit dans la foulée du chiffre révisé à la baisse de 0,8 % sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, en janvier contre 1,5 % auparavant. La moyenne mobile sur trois mois de l’IPC sous-jacent traditionnel s’établit à 2,1 % sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées.
Et pourtant, l’IPC en moyenne tronquée s’est chiffré à 0,6 % à peine sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, ce qui donne une moyenne mobile sur trois mois de 0,7 %. L’IPC en moyenne pondérée s’est inscrit à 1,6 % seulement sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, ce qui donne une moyenne mobile sur trois mois de 1,3 %.
Qu’en est-il donc de l’inflation sous-jacente? Tout dépend, semble-t-il, du baromètre auquel la BdC préfère s’en remettre.
Le graphique 5 nous apprend que l’inflation des services s’est accélérée, et le graphique 6 indique que l’inflation sous-jacente des biens s’est décélérée : elles se sont toutes deux comportées comme escompté orientationnellement, mais ont été inférieures aux attentes en chiffres nets.
QUE NOUS RÉSERVE L’AVENIR?
Toujours est-il que la BdC se penchera plus attentivement sur les risques prospectifs de l’inflation suivants. L’évaluation de ces risques demandera du temps à la banque centrale, qui sera probablement en mode de surveillance des données pendant une durée prolongée, en restant au neutre au moins pendant plusieurs réunions.
1. Quelle pourrait être la hausse de l’inflation de synthèse et combien de temps cette hausse pourrait-elle durer? L’ampleur de l’augmentation des cours du pétrole et ses effets sur les constituantes de l’énergie dans l’IPC (essence et chauffage domestique) pourraient relever l’inflation de 0,75 % à 1 % s’ils s’inscrivent modérément dans la durée d’après la règle empirique voulant que chaque relèvement de 10 $ donne lieu à quelques dixièmes de points de hausse. Dans le plus court terme, j’imagine que l’inflation du prochain mois (mars) se chiffrera à 0,5 point de pourcentage de plus pour le taux sur un an, selon les prix de l’essence d’après le suivi fait jusqu’à maintenant jusqu’au milieu du mois (graphique 7). En données constantes, cette évolution conduirait l’IPC de synthèse à progresser de 2,25 % environ sur un an. L’indice augmentera encore plus en avril cette année lorsque l’impact de la taxe carbone pour les consommateurs, annulée en avril l’an dernier, cessera de produire ses effets, et cette incidence de base perdurera pendant de nombreux mois.
2. Les cours de l’énergie cesseront-ils d’exploser ou se répercuteront-ils sur les baromètres fondamentaux et quand le feront-ils? Une moindre part pourrait se répercuter dans les effets de premier cycle; or, les effets de deuxième cycle pourraient être plus compliqués et être orientés à la baisse si les salaires réels accusent le coup pendant longtemps. Il s’agira en définitive d’une question empirique que les données règleront, et il faudra attendre un certain temps.
3. Le Canada — qui est un pays exportateur net d’énergie — accuse un choc positif du point de vue de la balance commerciale en raison de la hausse des cours de l’énergie, qui amène généralement la BdC à s’inquiéter et à durcir le ton. Il s’agit d’un choc importé positif sur l’ensemble du revenu national, qui percole et donne lieu à une hausse des revenus des ménages, des entreprises (bénéfices non répartis) et des gouvernements (amélioration des soldes budgétaires), ce qui entraînera une hausse des revenus et ce qui donne généralement lieu à une augmentation des dépenses en chiffres nets. Il serait hyper exceptionnel qu’un choc haussier soutenu de l’énergie ne donne pas lieu à un accroissement de l’activité économique au Canada; il faut donc faire attention aux arguments qui expriment le contraire en fonction des expériences typiques des producteurs de marchandises de base. Si cette éventualité se produit, l’effet sur le revenu pourrait aviver les pressions sur l’inflation sous-jacente indépendamment des effets de répercussion de la hausse des cours de l’énergie sur les baromètres fondamentaux. Il s’agit encore une fois d’une question empirique, dont l’évaluation demandera du temps.
PLUS DE DÉTAILS!
Les graphiques 8 à 25 donnent la ventilation des constituantes du panier de l’IPC. Les graphiques 26 et 27 font de même pour ce qui est des variations sur un mois et des apports pondérés. Les graphiques 28 et 29 en font autant pour les taux sur un an. Le lecteur est aussi invité à consulter le tableau qui donne plus de détails, ainsi que les micrographiques.
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