- Les marchés ont essentiellement fait peu de cas de l’IPC, en gardant un œil sur les grandes inquiétudes.
- L’IPC sous‑jacent traditionnel s’est embrasé, ce qui n’a pas été le cas de la moyenne tronquée et de la médiane pondérée.
- Voici pourquoi la BdC ignorera les chiffres.
- Les enquêtes de la BdC indiquent que les attentes inflationnistes sont stables, mais qu’elles datent d’il y a trop longtemps pour s’en inquiéter.
- IPC canadien, évolution sur un mois en %/sur un an en %, en données désaisonnalisées, décembre 2025 :
- Données réelles : -0,2/2,4
- Banque Scotia : -0,4/2,2
- Consensus : -0,3/2,2
- Auparavant : 0,1/2,2
- IPC en moyenne tronquée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 1,1 (contre 1,7 % auparavant, sans révision)
- IPC en médiane pondérée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 0,5 (contre 1,6 % auparavant, sans révision)
- IPC sous-jacent traditionnel (hors aliments et énergie), évolution en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 3,1 (1,6 % contre 0,8 % auparavant, sans révision)
Les marchés n’ont guère porté attention à la dernière publication des chiffres sur l’inflation, sans doute pour quatre raisons. Premièrement, le rythme sur un an a repris plus de vitesse qu’attendu. Deuxièmement, l’IPC sous‑jacent traditionnel s’est vivement accéléré. Troisièmement, les chiffres lissés pour le T4 des baromètres de l’inflation de synthèse et de l’inflation sous‑jacente ont augmenté un peu plus que ce que la BdC avait prévu dans le rapport de politique monétaire (RMP) d’octobre, qui n’est en partie plus d’actualité. Quatrièmement, l’inflation a repris de l’ampleur.
Par rapport à ces raisons, il faut cependant dire que les baromètres de plus grande fréquence pour les indicateurs « fondamentaux » de l’inflation en moyenne tronquée et en médiane pondérée ont continué de se ralentir.
Autrement dit, la maison est un vrai fouillis et il vaut mieux en visiter d’autres avant d’acheter. Tout sera ainsi plus clair : il faut attendre une meilleure occasion ou apporter de plus grands changements. Selon ce qu’elle télégraphie clairement, la BdC maintiendra ses taux pour une durée prolongée.
Un rapide coup d’œil sur les graphiques 1 et 2 nous apprend une raison pour laquelle la BdC agit ainsi : nous avons relevé des passages à vide à maintes reprises jusqu’à maintenant dans la volatilité des données. La politique monétaire ne peut pas réagir à chacune des petites bizarreries dans les données de l’échantillon même sans se pencher sur une multitude d’autres considérations dont j’ai parlé dans mon point prévisionnel de la semaine sur la BdC. Il faut donner du temps pour que l’assouplissement monétaire mené jusqu’à maintenant se répercute sur le système sur fond de facteurs prospectifs de l’inflation, dont les influences décalées potentielles de la hausse des coûts ne sont pas les moindres.
LES DÉTAILS
Le taux de l’inflation de synthèse sur un an a grimpé de deux dixièmes de point à 2,4 %. Rien que pour les effets de base, il aurait bondi à 2,6 % si rien d’autre n’avait changé. Cette évolution s’explique en partie par les changements intervenus il y a un an dans la TPS et la TVH.
Or, le taux de synthèse a moins progressé que les effets de base à eux seuls, mais plus que ce que le consensus avait estimé, en s’établissant à 2,4 % sur un an.
L’IPC a perdu ‑0,2 % sur un mois en chiffres non désaisonnalisés, mais a gagné 0,3 % sur un mois en données désaisonnalisées.
Les prix des aliments ont eu une incidence moindre (+0,1 % sur un mois, en données non désaisonnalisées et 0,25 % sur un mois en données désaisonnalisées); les prix de l’énergie ont toutefois reculé de ‑4,2 % sur un mois en données non désaisonnalisées (‑1,1 % sur un mois en données désaisonnalisées).
Les baromètres de l’inflation sous‑jacente ont divergé. L’IPC sous‑jacent traditionnel, qui ne comprend pas les aliments et l’énergie, a gagné 3,1 % sur un mois en données désaisonnalisées et annualisées, alors que la moyenne tronquée et la médiane pondérée n’ont toujours pas bougé, à 1,1 % et 0,5 % respectivement.
Les moyennes lissées du T4 n’ont quand même pas beaucoup pris de court la BdC. L’IPC de synthèse a été un peu plus vigoureux que le RMP d’octobre de la BdC qui n’est maintenant plus d’actualité. À l’époque, la BdC établissait à 2,0 % sur un an l’IPC total du T4, alors qu’il s’est plutôt chiffré à 2,3 %. La BdC s’attendait à ce qu’en moyenne, les baromètres de l’IPC en moyenne tronquée et en médiane pondérée s’établissent à 2,9 %, alors qu’ils se sont plutôt inscrits à 2,8 %.
Puisque la BdC a fait savoir aux marchés qu’elle avait terminé de rajuster les taux, à moins de développements majeurs, les chiffres lissés comme celui‑ci ne changeront pas son état d’esprit.
Le graphique 4 indique que le mois a été plus vigoureux que d’habitude pour l’IPC sous‑jacent traditionnel en chiffres non désaisonnalisés, alors que le graphique 5 nous apprend que le facteur de désaisonnalisation n’a pas été vraiment exceptionnel.
L’inflation des prix des services s’est accélérée (graphique 6), alors que l’inflation sous‑jacente des biens est restée discrète (graphique 7).
L’ampleur des pressions inflationnistes continue d’évoluer tendanciellement à la hausse (graphique 8).
Les graphiques 9 à 18 donnent la répartition des autres sous‑indices des prix.
Les graphiques 19 et 20 donnent la ventilation du panier de l’IPC en chiffres sur un an et des apports pondérés à l’évolution sur un an des prix. Les graphiques 21 et 22 font de même pour les variations sur un mois.
Nous invitons également le lecteur à consulter le tableau complémentaire pour prendre connaissance des autres détails et des micrographiques.
Je ne m’attarderai guère sur les enquêtes de la BdC (veuillez cliquer sur ce lien et sur cet autre lien), qui ont toutefois fait état de peu de changements dans les baromètres des attentes inflationnistes des consommateurs et des entreprises. Les entreprises s’attendent à licencier un plus grand nombre d’employés; toutefois, les 100 entreprises consultées ne s’attendaient pas à une explosion du recrutement dans les quatre derniers mois. De plus, les chiffres publiés ne sont tellement plus d’actualité qu’un institut de sondage privé aurait déjà fermé ses portes s’il avait osé faire de même. C’est un peu comme si on tenait un sondage électoral deux mois après l’élection.
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