Dans ce rapport, nous suivons les admissions et la délivrance des visas aux personnes qui sont autorisées à résider en permanence et temporairement au Canada, en analysant ces chiffres pour savoir s’ils cadrent avec les cibles du gouvernement fédéral dans le domaine de l’immigration.
Les estimations historiques trimestrielles de la population ont été révisées : dans l’ensemble, les niveaux sont plus élevés que ce que l’on croyait
- La publication des nouveaux chiffres trimestriels sur la population comportait deux nouveaux rajustements dans les estimations des données sur l’entrée et la sortie des résidents permanents émanant de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pour estimer la proportion des titulaires de permis qui ont quitté le Canada avant l’expiration de leur permis, ainsi que la prise en compte des personnes qui ont demandé des prorogations de permis et qui restent au Canada pendant le traitement de leur demande, mais qui n’ont pas encore été comptabilisés dans les données administratives d’IRCC.
- D’importantes révisions ont donc été apportées : les données historiques (du T3 de 2021 au T3 de 2025) sur la population des résidents non permanents (RNP) ont été rajustées à la baisse et sont ainsi inférieures aux estimations préalables, alors que les chiffres plus récents (à partir du T4 de 2025) font état de totaux révisés nettement à la hausse. Puisque le Canada s’en remet à l’immigration pour la croissance de sa population, les estimations trimestrielles totales de la population ont suivi un modèle comparable : les récentes révisions à la hausse ont effacé la tendance des contractions trimestrielles constantes de la population (même si une seule contraction mineure a quand même été comptabilisée pour les derniers mois de 2025).
- Même si des révisions à la hausse ont été enregistrées dans l’ensemble pour les récentes statistiques de la population des RNP, aucune catégorie n’a à elle seule influencé le total des révisions de la population que celle des titulaires du permis de travail, puisqu’au cours des deux dernières années, de 70 % à 80 % environ du total des rajustements de la population ont été attribués à des rajustements dans la population des titulaires du permis de travail.
- Par conséquent, les estimations nationales officielles trimestrielles décalées s’établissent aujourd’hui à 41 798 407 habitants, soit une hausse de 80 343 (0,2 % sur un trimestre) par rapport au trimestre précédent (qui a à son tour été révisée à 41 718 064 habitants, soit approximativement 0,7 % de plus que ce qui avait été déclaré initialement, en juin). Dans la foulée de ces révisions, le profil de croissance se situe en territoire légèrement positif, puisque les chiffres d’aujourd’hui inscrivent à 0,5 % sur un an la croissance de la population. Les révisions méthodologiques d’aujourd’hui rapprochent les estimations trimestrielles du traçage de l’Enquête sur la population active, qui est historiquement toujours supérieure aux estimations trimestrielles nationales.
Dans le même temps, les admissions de résidents permanents continuent de faire leur œuvre
- Entre janvier et juillet, le Canada a accueilli un peu plus de 222 000 nouveaux résidents permanents, ce qui représente un peu moins de 60 % de la cible annuelle, après avoir comptabilisé plus de la moitié de l’année. Parmi ces nouvelles admissions, approximativement 55 % ont eu leur statut de RP dans la catégorie économique, ce qui est aujourd’hui inférieur au plan du gouvernement fédéral, qui prévoit que le pays accueillera dans cette catégorie 63 % du total des admissions de RP pour 2026.
- Singulièrement, si le nombre de titulaires du permis d’études s’est amenuisé rapidement depuis le lancement des plans d’immigration du gouvernement fédéral, le nombre de titulaires du permis d’études qui ont eu leur statut de RP a augmenté par rapport à 2025. Rien qu’en juillet, environ 2 435 titulaires du permis d’études ont eu droit à leur statut de RP, ce qui représente approximativement 22 % de plus qu’en juillet 2025 et une augmentation de plus de 7 % dans la comparaison entre les admissions depuis le début de l’année 2026 et les admissions de la période correspondante il y a un an.
- Le total des émissions, qui a connu un début d’année assez lent, a pris de la vitesse, surtout dans les mois du printemps et de l’été. Comme dans les années précédentes et dans les cibles antérieures, le gouvernement fédéral est toujours en voie d’atteindre les objectifs fixés pour l’ensemble des admissions de RP, et il paraît improbable que les admissions augmentent considérablement par rapport à leur objectif de 2026 ou soient inférieures à cet objectif.
Les arrivées des nouveaux titulaires du permis de travail n’ont pas cessé de prendre de la vitesse depuis le début de l’année; or, le nombre d’étudiants n’est tout simplement pas au rendez-vous
- Entre janvier et juillet, un peu plus de 113 000 nouveaux titulaires du permis de travail sont arrivés au Canada, dont la vaste majorité est arrivée dans le cadre du Programme de mobilité internationale. Les arrivées des nouveaux titulaires du permis de travail ont commencé à prendre de la vitesse dans les premiers mois du printemps et ont jusqu’à maintenant réussi à rester constantes, puisqu’approximativement 50 % du plafond fixé pour les permis de travail temporaires de 2026 du gouvernement fédéral ont été réalisés dans les sept premiers mois de l’année.
- La vague des nouveaux étudiants internationaux qui a déferlé sur les années précédentes n’est plus qu’une vaguelette. En effet, les arrivées comptabilisées depuis le début de l’année (de janvier à juillet) s’établissent à un peu plus de 28 200, soit environ 18,2 % du plafond de 155 000 étudiants mis en place pour 2026. Malgré le sursaut historique des arrivées en août, qui accompagnent le début de la nouvelle année scolaire, le total des arrivées annuelles d’étudiants internationaux est nettement inférieur à ce qui aurait pu être prévu quand l’actuel Plan des niveaux d’immigration a été mis au point à la fin de 2025, même si les premiers signes avertisseurs s’étaient déjà manifestés l’an dernier. Le durcissement des politiques migratoires, la hausse des taux de rejet, les programmes d’incitation à l’immigration amoindris et les autres pays qui représentent des solutions de rechange viables à étudier et dans lesquelles les immigrants peuvent finalement s’installer ont eu un impact significatif sur le nombre d’étudiants internationaux arrivés au Canada.
Compte tenu des récentes révisions à la hausse apportées à la population totale du Canada, faut-il s’attendre à ce que le gouvernement fédéral donne encore plus de mordant à ses politiques dans le prochain Plan des niveaux d’immigration?
- L’automne est à nos portes; il en va de même du nouveau Plan des niveaux d’immigration qui décrit les cibles du gouvernement fédéral dans l’admission des résidents permanents et des résidents temporaires pour les trois prochaines années. Même si les niveaux de la population des RNP et de la population en général ont été rajustés à la hausse et sont plus élevés que ce que l’on croyait auparavant, le gouvernement insistera-t-il sur de nouvelles restrictions dans les admissions?
- En raison des révisions, la part des RNP dans la population totale s’établit aujourd’hui à 6,7 %, soit un cran de plus que le chiffre du trimestre précédent (6,2 %). Malgré les révisions à la hausse, la croissance de la population s’est quand même nettement ralentie dans l’ensemble par rapport à son pic entre 2023 et 2024, puisque les niveaux de croissance sur un an sont toujours inférieurs aux taux de croissance prépandémiques de l’ordre de 1 %. Dans l’ensemble, il se peut que le niveau des RNP soit supérieur à l’estimation précédente; or, les politiques migratoires actuelles ont quand même eu pour effet de faire constamment baisser le nombre de travailleurs dans les principales catégories de permis de travail temporaires au cours des derniers trimestres, alors que le nombre d’arrivées de nouveaux travailleurs temporaires est aujourd’hui inférieur aux plafonds annuels (en particulier chez les étudiants internationaux), ce qui diminue la compensation prévue des départs qui se produiraient si le total des nouvelles arrivées était supérieur.
Il se pourrait que les objectifs du ralentissement substantiel de la croissance de la population du Canada, tout en réduisant à 5 % la part des RNP dans le total de la population, demandent plus de temps que ce qui aurait été prévu en juin; or, la réalisation de l’objectif de 5 % d’ici la fin de 2027 reste intacte. - Puisque l’économie prend de l’élan et que la demande de travailleurs devrait s’accroître d’un océan à l’autre, il est raisonnable de supposer que s’il y a des écarts par rapport aux méthodes migratoires actuelles, les efforts devraient permettre de s’assurer que le nouveau Plan des niveaux d’immigration concorde avec le programme de construction du gouvernement, plutôt qu’avec une approche dogmatique du point de vue des plafonds et des cibles.
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