Dans ce rapport, nous suivons les admissions et la délivrance des visas aux personnes qui sont autorisées à résider en permanence et temporairement au Canada, en analysant ces chiffres pour savoir s’ils cadrent avec les cibles du gouvernement fédéral dans le domaine de l’immigration.
Les tendances de l’évolution de la population du Canada s’inscrivent fermement en territoire négatif.
- Selon les estimations nationales officielles trimestrielles décalées, la population a comptabilisé une contraction totale de 55 025 habitants (-0,1 % sur un trimestre) pour le trimestre clos le 1er avril 2026 – pour enchaîner une troisième baisse consécutive de la population totale –, bien qu’il s’agisse du recul le plus lent des trois relevés établis jusqu’à maintenant et d’un léger repli après une contraction trimestrielle de l’ordre de 0,25 % dans le précédent trimestre.
- Se sont classés sur un pied d’égalité, comme ils l’avaient fait dans le précédent trimestre, pour ce qui est de leur part dans la baisse globale de la population du Canada, les titulaires du permis d’étude temporaire et les titulaires du permis de travail temporaire : la part de ces derniers dans la population a plongé de 5,7 % entre janvier et avril, et la part des premiers en a fait autant, à -5,8 %. Il s’agit à nouveau de baisses considérables (et des causes principales du fléchissement de la population du Canada); or, ces baisses sont nettement ralenties par rapport aux données enregistrées pour janvier, malgré les chiffres de l’immigration pour les étudiants internationaux comme pour les travailleurs étrangers qui font actuellement partie de la cible fixée pour le gouvernement fédéral en 2026. (Nous donnons d’autres détails ci-après.)
- C’est pourquoi la population des résidents non permanents (RNP) en pourcentage de la population totale s’établit aujourd’hui à 6,2 %, alors que les étudiants internationaux ne représentent que 1,5 % de la population et les titulaires du permis de travail temporaire en constituent 3,1 %. Si le nombre de titulaires du permis de travail temporaire régresse peu à peu depuis que le gouvernement plafonne les arrivées annuelles des titulaires du permis de séjour temporaire, c’est peu dire que le rythme de la baisse de la population des étudiants internationaux a été fulgurant. Après avoir culminé à plus d’un million au milieu de 2024 (en tenant compte des titulaires du permis d’études et des titulaires du permis d’études et de travail), le stock total s’établit aujourd’hui à un peu moins de 620 000 en raison des restrictions migratoires effectives et nettement inférieures aux arrivées prévues des étudiants internationaux.
Les résidents permanents : léger recul pour le nombre, mais au rendez-vous pour la qualité
- Entre janvier et avril 2026, le Canada a accueilli un peu moins de 113 000 nouveaux résidents permanents, soit approximativement 30 % de la cible fixée pour le nombre de résidents permanents en 2026, ce qui est légèrement inférieur au rythme à tenir pour atteindre le chiffre de 380 000 nouveaux résidents permanents d’ici la fin de l’année, même si ce résultat se situe toujours en deçà de la marge nécessaire pour compenser le retard à mesure que l’année avance.
- Parmi les quelque 113 000 admissions nouvelles, environ 58 % sont constituées d’anciens résidents temporaires devenus résidents permanents; il s’agit d’une hausse substantielle de leur part comparativement aux années précédentes, puisqu’elle est jusqu’à maintenant restée constante depuis la mise en œuvre du nouveau Plan des niveaux d’immigration. De plus, presque 60 % du total des résidents permanents admis relèvent de la catégorie économique.
- Si (comme attendu) l’Ontario récolte la plus large part du total des résidents permanents admis dans la catégorie économique (un peu plus du tiers de cette catégorie a été admis cette année), les autres provinces n’ont pas comptabilisé de hausses ni de baisses substantielles du nombre de résidents permanents de cette catégorie par rapport au nombre accueilli l’an dernier. (Comparaison de janvier à avril) En outre, 7 000 des 20 000 demandeurs prévus dans le cadre de l’Initiative sur les travailleurs au Canada (programme accéléré d’admission des résidents permanents à l’intention des résidents temporaires qui habitent dans les petites collectivités canadiennes et qui travaillent dans des secteurs en demande ont eu droit, jusqu’à maintenant cette année, au statut de résident permanent, soit 35 % de la cible fixée pour 2026. Par ailleurs, 13 000 immigrants de plus devraient avoir droit en 2027, en vertu de ce plan, au statut de résident permanent.
Les résidents temporaires : l’austérité des contrôles migratoires du Canada a-t-elle amoindri l’attrait du pays à l’étranger?
- Les nouveaux arrivants titulaires du permis de travail temporaire dans les deux catégories du Programme des travailleurs étrangers temporaires et du Programme de mobilité internationale ont récemment monté d’un cran en mars et en avril, ce qui est venu compenser en partie un début d’année initialement très discret. Ainsi, une part d’environ 25 % du plafond de 230 000 nouveaux travailleurs temporaires du gouvernement fédéral a été atteinte à la fin d’avril.
- Dans le même temps, les arrivées de nouveaux étudiants ne semblent virtuellement pas vouloir s’accélérer et génèrent une tendance qui permettrait difficilement de rapprocher les chiffres sur les arrivées du plafond de 155 000 fixé pour l’année. À 16 115 depuis le début de l’année, les arrivées de nouveaux étudiants accusent une baisse de l’ordre de 42 % par rapport à la même période il y a un an et accusent un recul de 84 % par rapport à la période comprise entre janvier et avril 2024.
- Si, dans l’ensemble, le rythme des départs de résidents temporaires pourrait satisfaire le gouvernement fédéral lorsqu’il s’agit de réduire la population totale à des chiffres qui concordent avec ses objectifs déclarés (tout en permettant d’atteindre, d’ici 2027, sa part de 5 % des résidents temporaires par rapport à la population totale), le manque de nouveaux travailleurs temporaires et étudiants pourrait donner lieu à une surcorrection de la population dans le proche avenir. Si le courant des arrivées attendues ne se matérialise pas à mesure que l’année avance (surtout durant les mois de l’été, au cours desquels les arrivées des nouveaux étudiants culminent selon les annales), la population active pourrait accuser des déficits régionaux de plus en plus considérables, alors que les collèges et les universités, qui ont encore beaucoup de mal à se remettre de la perte des droits de scolarité des étudiants internationaux – pourrait encaisser d’autres coups durs, malgré les récentes mesures et initiatives de réorientation adoptées par les provinces.
- Si la correction des retards actuels permettra sans aucun doute de rétablir les courants d’admissions, le manque de nouveaux arrivants pourrait vouloir dire que le système de l’immigration va peut-être un peu plus loin que prévu à l’origine et qu’il diminue l’attrait du Canada lorsque les immigrants prospectifs décident du pays où ils veulent travailler ou étudier. Les parcours qui mènent à l’immigration temporaire ne sont pas seulement restrictifs (sans oublier les exigences financières et non financières plus rigoureuses auxquelles doivent se soumettre les nouveaux arrivants); en outre, la réduction des parcours menant à la résidence temporaire (et finalement à la citoyenneté) de concert avec la probabilité plus forte de ne pas pouvoir faire renouveler le visa d’études ou de travail à la fin du séjour, peut diminuer considérablement, de prime abord, l’incitation à s’installer au Canada. Pour un pays dans lequel la quasi-totalité de la croissance de la population est attribuable à l’immigration, ces facteurs peuvent sans aucun doute donner lieu, dans le long terme, à d’importantes problématiques économiques structurelles.
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