• Le PIB a été révisé à la hausse, à 3,8 %, au T2…
  • … et devrait atteindre 2 % au T3…
  • … après avoir inscrit une forte croissance en août dans la foulée de la léthargie de juillet…
  • … à cause des précédentes révisions à la hausse.
  • L’écart de production traditionnel s’est réduit des deux tiers en deux trimestres…
  • … ce qui pave la route pour le décollage de la BdC…
  • … dont les taux devraient sortir du bas de la fourchette neutre et s’établir à un taux réel négatif en raison de la léthargie du dollar CA.
     
  • PIB du Canada, évolution en % sur un mois, en données désaisonnalisées, juillet 2026 :
  • Données réelles : 0,0
  • Banque Scotia :  0,1
  • Consensus :  0,0
  • Auparavant : +0,4 (révisées à la hausse contre 0,3 %)
  • Estimation « éclair » d’août : +0,2

Au T3, l’économie du Canada s’est révélée beaucoup plus résiliente que ce que redoutaient les partisans du négativisme, après un solide deuxième trimestre, lui-même révisé à la hausse cet avant-midi.  Résultat : les capacités excédentaires se résorbent rapidement, et ce qu’il faut retenir, c’est que la Banque du Canada devra probablement enchaîner avec une politique de durcissement.  Les rendements obligataires à 2 ans du Canada ont gagné 2 ou 3 points de base, le dollar CA est resté au point mort après la publication des données, les marchés ramènent à un pile ou face un rehaussement de la BdC dans un mois, et l’anticipation s’établira alors à 32 points de base pour la réunion de décembre.

Le PIB de juillet a été au rendez-vous du consensus, à 0,0 % sur un mois, en données désaisonnalisées, par rapport aux prévisionnistes qui avaient fixé le PIB à un cran de plus.  Le glissement mensuel n’a pas été plus élevé pour une raison : le PIB de juin, révisé à la hausse d’un cran pour inscrire une solide croissance de 0,4 %, constituait un point de départ plus élevé qu’attendu.

Le PIB d’août est guidé par Statistique Canada, qui pointe un gain de 0,2 % sur un mois à titre préliminaire.  Pour ma part, il devrait être un peu plus élevé.

En somme, la très solide croissance du T2 s’est enchaînée avec une assez forte croissance au T3 (graphique 1).  La croissance du PIB au T2 a été révisée à la hausse pour passer de 3,6 % sur un trimestre, en données désaisonnalisées et annualisées, à 3,8 %, puisque Statistique Canada a révisé à la hausse, d’un dixième de point, le PIB d’avril et celui de juin.  La croissance du PIB du T2 s’inscrit à 2 % sur un trimestre, en données désaisonnalisées et annualisées, d’après ce que nous savons du T2 et de l’essentiel du T3, en supposant que le PIB de septembre restera au point mort uniquement pour éviter de fausser le calcul avant que nous prenions connaissance des données de septembre. 

Ces estimations trimestrielles sont établies d’après les comptes mensuels de production, alors que la BdC et la plupart des prévisionnistes misent plus sur les comptes trimestriels du PIB en fonction des dépenses, ce qui permet mieux de capter la volatilité de l’inventaire et les effets nets sur la balance commerciale.

Mais 2 % après 3,8 %?  Tant mieux!  Faut-il rappeler qu’après que le Canada a connu une solide  croissance au T2, des craintes – certaines légitimes, d’autres biaisées – exprimées durant certains trimestres laissaient entrevoir une croissance décevante au T3, et peut-être même un repli,  ce qui ne s’est pas produit.

L’écart de production traditionnel (soit la production potentielle moins la production réelle divisée par le PIB potentiel) est de l’ordre de -0,5 % au T3 si la révision à la hausse du PIB mensuel du T2 s’inscrit dans la lignée d’une révision à la hausse comparable des comptes trimestriels et s’en remet au résultat du T3.  L’écart a été d’environ -1,4 % au T1 (graphique 2).

Autrement dit, les capacités excédentaires ont été réduites des deux tiers en deux trimestres à peine.  Il ne reste plus qu’une assez faible part de ces capacités dans l’économie, et elles pourraient se résorber complètement en 2027. Ainsi, elles seront probablement submergées, du point de vue de l’inflation, par d’autres facteurs.  Les droits de douane?  De grâce!  Comme cadeau au Canada, DJT a renchéri les produits de base et affaibli le dollar CA.

Puisque les effets sur la politique monétaire sont pour la plupart détaillés de 6 à 18 mois, ce décalage laisse toujours entendre que la BdC ferait mieux d’agir.  Non pas de façon irréfléchie, mais puisqu’on est sur le point d’éliminer cet écart sur l’horizon de la politique monétaire et qu’il y a d’autres facteurs qui portent l’inflation, il n’est probablement pas nécessaire de continuer de s’enliser dans le bas de la fourchette neutre avec un taux directeur réel d’à peu près zéro ou négatif et la sous-valorisation du dollar CA.

Les graphiques 3 et 4 donnent la répartition des chiffres de juillet, du point de vue des apports non pondérés et des apports pondérés respectivement.  La situation est contrastée.  Les hausses sont attribuables à la construction et aux services publics, ainsi qu’aux moindres gains dans environ sept autres secteurs. Il y a aussi eu des baisses notables, par exemple dans l’activité manufacturière, l’extraction minière et pétrogazière ainsi que le commerce de détail.  Il faut toutefois se rappeler que l’activité manufacturière comme le commerce de détail avait comptabilisé des gains démesurés en juin; c’est pourquoi il n’est pas du tout étonnant de constater un certain recul en juillet.

Pour ce qui est d’août, nous n’avons pas de chiffres pour l’estimation éclair de ce mois; la BdC s’est contentée de déclarer que  « es hausses observées dans l'extraction minière, l'exploitation en carrière et le commerce de détail ont été contrebalancées en partie par les baisses enregistrées dans l'extraction de pétrole et de gaz ».