• Contre toute attente, le Canada a perdu 42 000 emplois en août.
  • Le taux de chômage est resté stable, même si la population active s’est réduite.
  • La forte hausse des heures de travail indique que les employeurs sont prudents dans leurs efforts de recrutement et que les employés font de plus longues heures de travail…
  • ..., ce qui permet de croire que le PIB connaît une croissance très solide au T3 et que la capacité excédentaire se réduit plus rapidement. 
 
  • Les emplois au Canada sur un mois, en milliers/taux de chômage en %, en données désaisonnalisées, en août :
  • Données réelles : ‑41,7/6,4
  • Banque Scotia :  20/6,3
  • Consensus :  15/6,4
  • Auparavant :  75,1/6,4

Même si en août, le Canada a perdu des emplois, les heures de travail ont augmenté.  Il a perdu environ 42 000 emplois, face à des composantes défavorables (graphique 1); toutefois, le nombre d’heures de travail augmente de façon soutenue (graphiques 2 et 3),  ce qui pourrait s’expliquer par un choix conscient des employeurs qui font preuve d’un peu plus de rigueur dans le recrutement des travailleurs en préférant leur donner plus d’heures de travail.  Pour le PIB et pour la Banque du Canada, les conséquences sont nuancées; elles viennent toutefois durcir davantage la conjoncture au lieu de l’assouplir. La Banque du Canada ne surréagira pas aux chiffres de l’emploi pour août; toutefois, l’évolution du PIB pourrait susciter des inquiétudes.

Les heures de travail ont gagné 0,6 % sur un mois en données désaisonnalisées, ce qui est comparable à la hausse du mois précédent.  Elles s’inscrivent dans la foulée d’un gain de l’ordre de 5 % sur un trimestre, en données désaisonnalisées et annualisées, au T3.  Il s’agit du gain le plus important depuis le T4 de 2021.

Puisque le PIB est le résultat de la multiplication des heures de travail par la productivité de la main‑d’œuvre, un bond toujours provisoire de 5 % des heures est un très bon point de départ pour le pistage du PIB.  Il faudra beaucoup plus de chiffres sur l’activité du trimestre pour émettre une opinion sommaire sur la productivité; or, l’activité devra frôler la catastrophe pour neutraliser cette progression des heures de travail.

Comme l’indique le graphique 4, le secteur manufacturier s’est enrichi de 22 000 emplois.  Il s’agit, avec le secteur de l’information, de la culture et des loisirs (+12 000 emplois) et le secteur de la santé et des services sociaux (+6 000 emplois), de la seule source des gains de l’emploi du mois dernier.  Le reste du portrait est léthargique, puisque la plupart des autres secteurs ont comptabilisé des pertes d’emplois, surtout attribuables aux services de soutien des entreprises (‑20 000 emplois) et au commerce de détail et de gros (‑11 000 emplois).

Le résultat désaisonnalisé s’est inscrit au deuxième rang des pires données dans les annales pour un mois d’août (graphique 5).  Cette tendance a été en partie freinée par le fait que le facteur de désaisonnalisation continue de dériver à la hausse pour les mois comparables d’août au fil du temps (graphique 6).  Le nombre d’emplois perdus aurait été encore plus considérable, n’eût été la progression du facteur de désaisonnalisation.

Le taux de chômage n’a pas bougé, à 6,4 %, malgré les décevants résultats de l’emploi, parce que la population active s’est appauvrie de 37 000 travailleurs le mois dernier, ce qui correspond à peu près au chiffre attendu.  Le taux de participation à la population active est resté stable (graphiques 7 et 8).

La croissance des salaires a reflué.  En août, les salaires se sont inscrits à ‑6,9 % sur un mois en données désaisonnalisées et annualisées, après avoir perdu ‑2,3 % dans le mois précédent.  Les chiffres sont exceptionnellement volatils (graphique 9); toutefois, la croissance des salaires sur un an s’est repliée à 2 % à peine, ce qui s’explique par la récente baisse des salaires réels puisque l’IPC croît plus rapidement que les salaires.

Le graphique 10 fait état des emplois perdus en Ontario et au Québec.