Saisir l’occasion. Ces dernières années, les forces géopolitiques, géoéconomiques et technologiques se sont déployées à un rythme particulièrement effréné et vertigineux. La convergence des événements est telle que le Canada est désormais confronté à des chocs auparavant inimaginables, tels que la fragmentation mondiale, les guerres commerciales, les menaces à la souveraineté et les incertitudes du marché. Comme c’est souvent le cas, avec les écueils viennent aussi des occasions, et le pays dispose d’une multitude d’atouts dont il peut tirer parti pour composer avec la situation. Le présent rapport vise à donner un sens aux efforts déployés par le Canada pour se stabiliser et mettre en œuvre de nouvelles initiatives de croissance susceptibles de l’aider à traverser cette période de turbulences et à renforcer sa puissance économique, sa prospérité et sa sécurité au XXIe siècle.
Rapport d’étape de la première année. La Loi visant à bâtir le Canada, faisant partie de la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, a été promulguée le 26 juin 2025, tandis que le Bureau des grands projets (BGP), mis sur pied à Calgary le 29 août 2025, a annoncé sa première série de grands projets et de stratégies de transformation le 11 septembre 2025. On compte désormais 18 grands projets et neuf stratégies de transformation. Le présent rapport vise à fournir une analyse unique de l’ensemble des projets canadiens et des initiatives présentés au BGP, examine comment établir un cadre de référence et des indicateurs pour mesurer les progrès et évalue les incidences de la volonté renouvelée de croissance sur la mise en œuvre.
Une approche d’évaluation fondée sur les données. Les questions et commentaires qui reviennent souvent à l’égard des initiatives de « Bâtir le Canada » vont de « Est-ce que ça va vraiment se réaliser ? » à « Comment est-ce que ce sera réalisé ? » en passant par « Nous voulons voir la première pelletée de terre avant d’investir. ». Il est essentiel de noter que le début des travaux est un indicateur décalé, et non un signal de départ, ce qui rend l’analyse des progrès plus nuancée et dynamique. Nous présentons un cadre fondé sur les données, qui filtre les éléments probants à la recherche des indicateurs suivants : 1) les conditions propices, 2) les perceptions et les intentions, 3) les flux de capitaux, 4) l’activité réelle et 5) le registre des grands projets.
Les observations issues de notre première analyse des indicateurs précoces sont favorables. Comme on l’a entendu ces derniers mois, « le Canada possède ce que le monde veut. » et « le monde a besoin de plus de Canada ». À la suite de la rupture des négociations commerciales avec les États-Unis au mois d’août, le premier ministre Mark Carney a souligné que l’investissement direct étranger au Canada se situe à son plus haut niveau depuis deux décennies, atteignant un taux deux fois supérieur à celui de son plus proche concurrent du G7, et que le pays se classe désormais comme le pays le plus attrayant au monde pour les investissements en infrastructure (selon la Global Infrastructure Investor Association). Nous estimons que les indicateurs précoces montrent des signes positifs et insufflent un vent d’optimisme, bien que celui-ci soit tempéré par les résultats enregistrés par le pays entre 2015 et 2025, période qui s’est avérée difficile pour de nombreuses initiatives de développement de projets.
Évaluation ascendante du portefeuille de projets du Canada : les chiffres sont impressionnants. Nous avons analysé de manière exhaustive le portefeuille de grands projets au Canada, qui représente 637 milliards de dollars au titre de l’ensemble de données des grands projets énergétiques et de ressources naturelles de Ressources naturelles Canada (RNCan), 341 milliards de dollars au titre de l’ensemble de données des 100 principaux projets d’infrastructure de ReNew Canada pour 2026 (ReNew), et 342 milliards de dollars au titre de l’ensemble de données des « Grands projets et stratégies de transformation » du Bureau des grands projets (le chiffre officiel du Bureau est de 192 milliards de dollars, mais nous sommes d’avis qu’il est sous-estimé, d’après notre analyse figurant au présent rapport). Comme certains projets se chevauchent entre ces trois ensembles de données, le total net s’élève à 1 148 milliards de dollars au moment de la rédaction du présent rapport. Nous estimons que ce total pourrait augmenter, compte tenu de l’intérêt croissant pour l’investissement au Canada. Nous notons que les dépenses de défense s’ajoutant aux ensembles de données de RNCan, de ReNew et du BGP, et figurant au titre de l’ensemble de données « Grands projets d’infrastructure de défense — Canada » du ministère de la Défense nationale, se situent entre 25 et 62 milliards de dollars et pourraient augmenter encore davantage.
Cartographie complète et détails des projets. Nous encourageons nos lecteurs à visiter le site Web de l’Institut Scotia pour la croissance, qui combine six ensembles de données différents pour offrir une carte interactive du portefeuille complet de projets au Canada. La carte en temps réel permet aux utilisateurs d’appliquer des filtres selon de multiples critères, les détails des projets étant accessibles à chaque point de la carte.
Financement des initiatives « Bâtir le Canada ». Le budget fédéral de 2025 prévoit 1 080 milliards de dollars de dépenses publiques privées stimulées par le gouvernement au cours des cinq prochaines années. Ce montant comprend 451 milliards de dollars d’investissements fédéraux selon la méthode de la comptabilité de caisse (279 milliards selon la méthode de la comptabilité d’exercice), la majeure partie des 1 080 milliards devant provenir du secteur privé (le BGP fait état de 500 milliards de dollars d’investissements futurs du secteur privé et, bien que ce chiffre ne soit pas détaillé, nous estimons que les grands projets attireront une grande partie des capitaux privés que le Canada cherche à mobiliser pour renforcer la capacité de production). Le Sommet canadien de l’investissement de 2026, le premier en son genre, vise à accéder à 120 billions de dollars d’actifs sous gestion et nous estimons que cette dynamique pourrait favoriser l’attraction de capitaux supplémentaires au Canada, ce qui pourrait se traduire par un effet multiplicateur public-privé potentiellement plus avantageux que prévu au budget.
Sources et mécanismes de financement supplémentaires. Nous détaillons aux présentes des sources de capitaux et des mécanismes supplémentaires qui pourraient s’avérer très utiles pour les initiatives « Bâtir le Canada » (c’est-à-dire le stock d’immobilisations corporelles du gouvernement [900 milliards de dollars, monétisation possible de 5 % à 10 %] ; les caisses de retraite canadiennes [plus de 3 billions de dollars, sans doute sous-investis au pays] ; les stratégies d’investissement alternatif pour les actifs sous gestion du secteur canadien des fonds communs de placement [350 milliards de dollars] ; les séances de travail sur les actifs détenus par les provinces [possiblement 135 milliards de dollars] ; le fonds souverain récemment annoncé par le Canada, le Fonds pour un Canada fort [25 milliards de dollars], et diverses autres entités de financement gouvernementales.
Le Bureau des grands projets [BGP]. Le BGP a été mis sur pied pour aider à faire progresser les projets plus rapidement jusqu’à l’étape de la décision finale d’investissement en établissant un point de contact unique pour les projets qui lui sont proposés et qui répondent à ses critères. Le BGP peut contribuer à faciliter des processus complexes, tels que la coordination des autorisations fédérales, la consultation des peuples autochtones, les structures de financement, la réduction des chevauchements entre les processus juridictionnels et réglementaires, ainsi que l’élimination des goulots d’étranglement. À ce jour, 18 grands projets et neuf stratégies de transformation ont été annoncés.
Des études de cas pour évaluer les progrès. Afin de donner une idée plus concrète de la manière dont le BGP cherche à aider les promoteurs à passer à la phase de construction et d’exploitation, nous avons inclus cinq études de cas au présent rapport. Ces études de cas visent à évaluer les répercussions du BGP à plusieurs niveaux différents, qui constituent des précurseurs cruciaux de l’indicateur essentiel — mais très décalé — que représente le début des travaux. L’oléoduc pétrolier de la côte Ouest [OPCO] constitue probablement le cas d’essai le plus médiatisé de la Loi visant à bâtir le Canada et du BGP à court terme, étant donné que les décisions attendues cet automne pourraient fournir aux investisseurs mondiaux une preuve de concept utile, sous la forme d’un « feu vert clignotant », démontrant que la capacité du Canada à mener à bien de vastes projets a véritablement changé.
Forte hausse des dépenses — incidence et mise en œuvre. Nous avons calculé le total auquel correspondent les profils de dépenses en immobilisations connus et estimables des 27 grands projets et stratégies de transformation présentés au BGP ; ce total est 1,8 fois supérieur au montant déclaré par le BGP, soit 192 milliards de dollars, et pourrait représenter 2,5 fois ce montant si l’on tient compte des dépenses supplémentaires qui devraient être directement liées à ces initiatives. Bien que cet exercice fournisse un scénario prévisionnel, qui est soumis à des réserves et donc susceptible de changer lorsque nous réexaminerons nos hypothèses au fil du temps, le Canada devrait connaître une augmentation spectaculaire de ses dépenses en immobilisations en 2027-2028 et rester très actif jusqu’en 2045. La forte hausse des dépenses qui se dresse à l’horizon soulève de nombreuses questions, notamment sur la manière dont il faudra gérer l’interaction entre des enjeux tels que la disponibilité de la main-d’œuvre, la maîtrise des coûts, les métiers spécialisés, les considérations régionales et même l’immigration. Notre réflexion sur les incidences futures soulève une question évidente : le Canada est-il à la hauteur de ses ambitions ? Nous croyons que oui, mais cette hypothèse devra être prouvée, étant donné que le pays s’aventure en terrain inconnu.
Des profils d’une page pour établir un cadre de référence rigoureux. Nous avons tenté d’établir un cadre de référence pour mesurer le succès au moyen d’analyses détaillées d’une page portant sur l’ensemble des 27 grands projets et stratégies de transformation présentés au BGP. Ces analyses comprennent les éléments suivants : cartographie régionale et des projets satellites, évaluation du stade de développement au sein du cycle de vie du projet, détails du projet et perspectives comprenant des aperçus généraux, des évaluations des progrès réalisés et les points à surveiller. Nous prévoyons revoir ces profils sur une base régulière afin de mieux mesurer, au fil du temps, l’avancement et la performance des initiatives de Bâtir le Canada.
Passé, présent et avenir. Nous estimons qu’il est essentiel de jeter un regard sur le passé pour comprendre quels défis ont engendré des goulots d’étranglement dans le système et comment ces problèmes pourraient être résolus. Le rapport comprend des analyses détaillées du portefeuille de projets de RNCan au cours de la dernière décennie, ainsi que des données sur le nombre de projets, ventilées selon les différentes catégories de divulgation, ainsi que les valeurs associées et les secteurs concernés. Nous avons en outre évalué l’évolution de ces chiffres en tenant compte des ajouts, des projets menés à terme et des retraits de l’ensemble de données afin d’évaluer les taux de réussite par rapport aux taux d’abandon des projets. Les faits de la dernière décennie donnent à réfléchir : pour chaque paire de projets ajoutés, environ un a atteint la phase de production et l’autre a été abandonné sans être mené à terme. À notre avis, les conditions propices à une reprise de la croissance au Canada sont réunies, et nous croyons que l’avenir réserve des occasions importantes qui pourraient générer une croissance impressionnante et des gains de prospérité pour le pays ainsi que pour ses partenaires mondiaux en matière d’investissement et de commerce.