- Les baromètres de l’inflation sous‑jacente ont décru en juillet.
- On ne peut pas dire que l’évolution tendancielle de l’inflation sous‑jacente oblige à abaisser les taux.
- Les brusques révisions et les facteurs de désaisonnalisation erratiques amoindrissent la fiabilité des données.
- Les marchés ont timidement réagi, en attendant de nouvelles statistiques…
- … pour éclairer les prochaines interventions de la BdC, dont la décision de septembre.
- IPC canadien, évolution en % sur un mois//sur un an, en données non désaisonnalisées, juillet 2025 :
- Données réelles : 0,30/1,7
- Banque Scotia : 0,5/1,9
- Consensus : 0,3/1,8
- Auparavant : 0,1/1,9
- IPC en moyenne tronquée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 2,25
- IPC en médiane pondérée, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 2,2
- IPC sous‑jacent traditionnel, évolution sur un mois en %, en données désaisonnalisées et en rythme annualisé : 0,8
Les baromètres de l’inflation sous‑jacente ont fléchi en juillet. Or, il ne s’agit que d’une première salve de chiffres, avant qu’on publie beaucoup d’autres données, qui mèneront à la prochaine décision de la Banque du Canada le 17 septembre 2025. C’est probablement la raison pour laquelle les réactions des marchés ont été plutôt discrètes. La fiabilité des données soulève aussi de sérieuses questions.
Les réactions discrètes des marchés
Le rendement des obligations du GdC à 2 ans a perdu environ 5 points de base après la publication des données, en partie à cause de la couverture des positions lorsque les rendements se sont répercutés sur les données. La paire USD/CAD s’est relevée d’un peu plus d’un tiers de cent, peut‑être aussi en raison des mises en chantier de logements plus vigoureuses qu’attendu aux États-Unis (+5,2 % sur un mois en données désaisonnalisées; consensus de ‑1,8 %). Les marchés des swaps indiciels à un jour (OIS) ont ajouté quelques points de base à l’anticipation d’une baisse en septembre, qui est aujourd’hui de l’ordre de 9 ou 10 points de base, ce qui est substantiel, mais encore loin d’une baisse effective.
Fléchissement des baromètres sous‑jacents
L’IPC en moyenne tronquée et l’IPC en médiane pondérée sont tous deux ressortis à 2,25 % sur un mois en rythme désaisonnalisé et annualisé en juillet (graphique 1). L’IPC sous‑jacent traditionnel a même flanché à 0,8 % sur un mois en données désaisonnalisées et annualisées (graphique 2). Le graphique 3 fait état de l’évolution temporelle des chiffres. Les baromètres annuels de la moyenne tronquée (3 %) et de la médiane pondérée (3,1 %) ne sont pas le résultat de calculs ponctuels sur un an; ils sont toutefois consultés par la BdC et continuent de s’inscrire dans l’extrémité de la fourchette cible de l’inflation.
L’inflation des prix des services a décru
La décrue a surtout été portée par le ralentissement de l’inflation des prix des services (graphique 4), qui a essentiellement été freinée en juillet. L’inflation sous‑jacente des biens (sauf l’alimentation et l’énergie) s’est elle aussi ralentie (graphique 5).
Deux motifs d’inquiétude à propos de la fiabilité des données
Avant de parler des autres détails et des incidences pour la Banque du Canada, la fiabilité des données soulève deux grandes questions : d’une part, les facteurs de désaisonnalisation de Statistique Canada, et d’autre part, les brusques révisions.
Pour ce qui est de la première question, pourquoi Statistique Canada a‑t‑il choisi le moindre facteur de désaisonnalisation dans les annales pour l’IPC sous‑jacent traditionnel par rapport aux mois comparables de juillet (graphique 6)? Il y a un parti pris de récence dans le mode de calcul des facteurs de désaisonnalisation, qui est faussé par les résultats techniques des dernières années, ce qui n’est sans doute pas approprié si les distorsions dans la saisonnalité, pendant et après la pandémie, sont aujourd’hui moins représentatives. Quel jugement Statistique Canada pourrait‑elle plutôt porter, ou quelles sont les autres méthodes de calcul des facteurs de désaisonnalisation s’il y a des estimations aberrantes de la désaisonnalisation qui sont aussi récalcitrantes?
Dans quelle mesure ces estimations sont‑elles récalcitrantes? Le graphique 7 nous apprend ce qu’aurait été l’IPC sous‑jacent selon tout autre facteur de désaisonnalisation que celui que Statistique Canada a choisi, soit la barre de l’extrême droite. Au lieu d’un IPC sous‑jacent désaisonnalisé et non annualisé de 0,1 % sur un mois, on aurait pu facilement obtenir une estimation nettement supérieure selon un facteur de désaisonnalisation différent. À nouveau, si Statistique Canada avait fait l’effort d’expliquer pourquoi elle pense qu’il s’agit d’un facteur de désaisonnalisation approprié à utiliser, on aurait pu s’en remettre à cette explication pour porter un jugement. Or, elle s’est contentée de balayer ce facteur et de se retrancher derrière un modèle soumis à un parti pris de récence, sans faire d’analyse plus fouillée.
Pour ce qui est de la deuxième inquiétude sur les données, nous invitons le lecteur à consulter le graphique 8. Il dresse un portrait hideux, mais qui exprime bien le propos. Statistique Canada a apporté ce matin d’importantes révisions aux principaux chiffres de l’inflation sous‑jacente sur de nombreux mois. Ce graphique fait état des révisions apportées aux chiffres sur un mois en données désaisonnalisées et annualisées pour les deux indicateurs de l’inflation sous‑jacents. On peut à juste titre affirmer que lorsque l’on publiera les nouveaux chiffres pour ces indicateurs, les marchés devraient appliquer une correction de +/-0,5 % sur un mois, en données désaisonnalisées et annualisées, aux estimations établies d’après ce modèle.
Les révisions ont entre autres porté sur le mois de juin : le chiffre de l’IPC en médiane pondérée de ce mois a été abaissé d’un demi‑point à 2,8 % sur un mois en données désaisonnalisées et annualisées. L’IPC sous-jacent traditionnel a pour sa part été abaissé d’encore plus, soit 0,7 point, à 2,4 %. Seule la moyenne tronquée n’a pas bougé, à 2,8 %, et n’a pas été révisée en juin.
Les révisions et les nouvelles données de juillet se conjuguent pour changer en quelque sorte le calcul de la tendance de l’évolution des pressions qui pèsent sur les prix. En moyenne mobile sur trois mois, l’IPC en moyenne tronquée s’établit aujourd’hui à 2,4 %, l’IPC en médiane pondérée s’inscrit désormais à 2,5 %, et l’IPC sous‑jacent traditionnel se chiffre à 2,1 % : tous ces indicateurs sont exprimés en données désaisonnalisées et annualisées.
Statistique Canada doit fournir la décomposition des raisons qui expliquent ces importantes révisions. L’organisme éprouve‑t‑il la même difficulté que le BLS aux États-Unis quand il s’agit de réunir des données adéquates? Les nouvelles données sur les prix sont‑elles vraiment publiées avec d’aussi longs décalages en mois, en trimestres et même en années pour justifier de brusques révisions, et si oui, pourquoi? Y a‑t‑il des changements de méthodologie ou corrige‑t‑on des erreurs?
Les incidences pour la Banque du Canada
Toujours est‑il que d’après les données dans la situation actuelle, il ne s’agit pas de chiffres de l’inflation fondamentale à prendre à la légère, et ils ne sont vraiment pas en deçà de la cible inflationniste de 2 % de la BdC. Or, ils reviennent dans les confins de la fourchette cible de 1 % à 3 % de la BdC pour l’inflation de synthèse quand on fait appel aux indicateurs sous‑jacents comme moyens le plus stables d’opérationnaliser la réalisation de cette fourchette cible, ce qui vient un peu mieux équilibrer qu’auparavant les risques pour les prévisions sur les taux.
À mon avis, d’après ces chiffres, la BdC ne pourrait pas justifier une nouvelle baisse par rapport à un taux directeur qui est déjà essentiellement neutre. Il lui faudrait soit plus de données probantes sur le risque de baisse de l’inflation d’après les autres données qui pourraient être publiées ou non ou porter une grande confiance dans sa capacité à prévoir les pressions sur les prix, ce qui ne semble pas être en vogue à la BdC, qui continue d’éviter une projection du scénario de base.
LES DÉTAILS
Pour ce qui est de la répartition du panier, le graphique 9 explique ce qu’il advient de l’ampleur des hausses de prix dans le panier de l’IPC. Environ 40 % du panier accusent une hausse de plus de 3 % sur un an, et environ 30 % augmentent de plus de 4 %. L’ampleur des pressions sur les prix reste déconcertante.
Les graphiques 10 à 19 apportent un éclairage sur certaines constituantes essentielles. La catégorie des loisirs — « Loisirs, formation et lecture » — a flanché de ‑0,3 % sur un mois en données désaisonnalisées en raison de facteurs comme les visites touristiques et l’hébergement des voyageurs. On ne sait pas si cette baisse est passagère ou non; toutefois, les incendies de forêt qui s’étendent à une grande partie du pays ont peut‑être fait obstacle aux voyages et au tourisme.
L’inflation du coût du logement a augmenté, y compris en raison des loyers; or, les prix des logements captés dans l’IPC ont exercé une certaine pression à la baisse.
Les prix des transports, dont les prix de l’essence et les prix des voitures, ont reculé.
Les prix des vêtements et les additions de restaurant, ainsi que les prix de ce qu’on appelle les « vices », ont eux aussi relativement baissé.
Les graphiques 20 et 21 donnent une meilleure répartition du panier de l’IPC en pourcentage sur un mois et d’après les apports pondérés aux variations de l’IPC en pourcentage sur un mois.
Les graphiques 22 et 23 font de même pour les indicateurs sur un an.
Nous invitons également le lecteur à consulter le tableau complémentaire, qui donne plus de détails.
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