À la découverte de notre histoire commune

L’histoire des services financiers et des peuples autochtones au Canada

Aperçu de la recherche

En 2024, la Banque Scotia (la « Banque ») a publié son tout premier plan d’action pour la vérité et la réconciliation (le « plan d’action »), lequel comprend 37 engagements visant à bâtir des relations de confiance avec les communautés, employés et employées et clients et clientes autochtones.

Le septième engagement consiste à mieux faire connaître l’histoire des services financiers au Canada ainsi que leurs conséquences historiques sur les peuples autochtones1. Pour donner suite à cet engagement, la Banque Scotia a mené des recherches historiques indépendantes2 portant spécifiquement sur la relation entre le secteur canadien des services financiers, y compris notre institution, et les peuples autochtones. Ces recherches couvrent la période allant de la Confédération, en 1867, à la reconnaissance des droits des peuples autochtones dans la Loi constitutionnelle de 1982.

Ce projet marque une étape importante dans la mise en œuvre de notre engagement.

Notre travail repose sur un principe à la fois simple et fondamental : la vérité avant la réconciliation. En tant qu’organisation, nous savons qu’une véritable réconciliation doit d’abord s’appuyer sur une compréhension juste et factuelle de notre histoire. Le système financier canadien a joué un rôle central dans le développement de l’économie moderne, mais nous reconnaissons que cette croissance n’a pas bénéficié à toutes les communautés de façon équitable et que des obstacles systémiques ont limité la capacité des peuples autochtones à participer à l’économie.

Cette recherche n’a pas pour objectif d’assigner un blâme à l’aune des valeurs d’aujourd’hui. Elle vise plutôt à jeter un regard transparent sur nos origines, et sur celles du secteur des services financiers, afin de mieux comprendre comment les systèmes, les structures et les décisions du passé continuent d’influencer les réalités d’aujourd’hui.

Cette démarche nous permet de répondre à une question fondamentale : comment pouvons-nous aller de l’avant tout en reconnaissant le passé, en tenant compte de ses répercussions et en contribuant de manière concrète à la réconciliation et à la guérison?

Méthodologie

La Banque Scotia a choisi son partenaire de recherche externe au terme d’un processus structuré reposant sur la transparence, la rigueur et l’établissement de relations avec les communautés. Les partenaires potentiels, autochtones et non autochtones, ont été évalués selon des critères à la fois quantitatifs et qualitatifs, notamment leur expertise en recherche historique, leur indépendance et leur intégrité méthodologique. Conformément aux pratiques d’approvisionnement responsable de la Banque, l’évaluation prenait également en considération les normes éthiques, les pratiques de gouvernance ainsi que l’engagement envers les droits de la personne et l’inclusion.

À la lumière de ces critères, la Banque Scotia a retenu les services de Know History pour mener une recherche sur l’incidence du secteur des services financiers surles peuples autochtones au Canada, y compris, [lorsque pertinent et possible], le rôle de la Banque Scotia. Les travaux de recherche ont été effectués entre le printemps et l’automne 2025, avec l’appui de consultations menées auprès de la Banque et de Brian Gettler, professeur associé en histoire à l’Université de Toronto. Le projet de recherche examine les grands enjeux financiers ayant contribué à l’exclusion économique des peuples autochtones entre 1867 et 1982. Bien que les activités de la Banque Scotia aient commencé avant 1867 et se poursuivent encore aujourd’hui, la recherche se concentre sur cette période charnière d’une durée de 115 ans, qui débute avec la Confédération et englobe l’adoption et la mise en œuvre de la Loi sur les Indiens (1876)4.

La recherche de Know Historyétait axée sur les cinq thèmes suivants, qui présentent un intérêt particulier pour la Banque Scotia :

  • ·       Les relations historiques entre le secteur des services financiers et l’État (relations banques/Couronne)
  • ·       Les relations historiques entre le secteur des services financiers, les Premières Nations, les Inuits et les Métis, ainsi que les traités conclus entre la Couronne et les Premières Nations (relations banques/traités)
  • ·       L’accès historique des peuples autochtones aux services financiers (accès aux services financiers)
  • ·       La discrimination envers les peuples autochtones dans le secteur des services financiers (pratiques discriminatoires6)
  • ·       Le financement de projets ayant eu des répercussions sur les peuples autochtones

Par souci de confidentialité et de protection de la vie privée, aucun nom n’est mentionné dans la recherche, sauf lorsqu’il est question de personnalités publiques. De plus, la consultation et l’examen des dossiers de la Banque ont été effectués conformément aux pratiques de gestion des documents de la Banque.

L’histoire : ce que la recherche nous apprend sur les services financiers au Canada

Les résultats de la recherche mettent en lumière une réalité complexe, parfois difficile, mais essentielle à notre compréhension : un système qui a favorisé la croissance du Canada tout en renforçant les inégalités.

Les institutions financières occupent depuis longtemps un rôle central dans le développement économique du Canada. Les banques ont soutenu les gouvernements, financé des infrastructures et contribué à l’essor des secteurs d’activité qui ont façonné le Canada moderne. Parallèlement, ces mêmes systèmes ont évolué dans le contexte plus vaste du colonialisme de peuplement et ont contribué à son développement7.

Par le financement d’activités gouvernementales, de projets d’infrastructure et de projets d’exploitation des ressources, les institutions financières ont contribué à l’expansion du pouvoir de l’État, facilité le transfert et le développement des terres et des ressources autochtones, et soutenu la croissance de l’économie de peuplement.

Pour les peuples autochtones, ces processus ont souvent entraîné une marginalisation économique, la perte de moyens de subsistance fondés sur le territoire et une exclusion des retombées économiques, particulièrement sur les terres visées par un traité et les territoires traditionnels.

Exclusion structurelle

L’un des principaux constats de la recherche est que l’accès limité des peuples autochtones aux services financiers ne résultait pas uniquement de facteurs géographiques ou circonstanciels, mais bien de politiques et de structures institutionnelles.

Pendant une grande partie de la période étudiée, la Loi sur les Indiens limitait certains droits économiques, notamment la capacité de posséder des terres ou de les offrir en garantie. De plus, le gouvernement fédéral assurait la gestion de transactions et d’actifs financiers au nom de nombreuses personnes et communautés autochtones. Ainsi, la participation des peuples autochtones au système financier était restreinte par des mécanismes structurels qui renforçaient les inégalités économiques déjà présentes.

De sa fondation jusqu’en 1935, la Banque Scotia émettait ses propres billets de banque, comme plusieurs autres banques avant la création de la Banque du Canada. De 1903 à 1935, un personnage autochtone occupait une place bien visible sur le billet de 10 $. Représenté sous les traits d’un homme, le personnage est assis au sol devant un paysage naturel, à côté d’une version des armoiries de la Nouvelle-Écosse. La mise en scène suggère que le personnage autochtone appartient au monde naturel et au passé, en contraste avec le monde moderne du commerce, de l’industrie, de l’agriculture et de la colonisation. Bien que certaines personnes puissent voir ce type de représentation comme symbolique, la perpétuation de tels stéréotypes a eu, et continue d’avoir, des effets négatifs, particulièrement dans les contextes économiques.

En outre, la recherche souligne que la Banque Scotia n’a commencé à établir des relations plus soutenues avec les peuples autochtones qu’à partir des années 1970. Au cours de cette période, la Banque a mis en place ses premières initiatives destinées aux peuples autochtones, notamment les Services financiers aux Indiens et aux Inuits. Ces initiatives étaient motivées, en partie, par les perspectives d’une hausse de l’activité économique découlant du règlement des revendications foncières et de l’exploitation des ressources dans les régions comptant d’importantes populations autochtones. Bien qu’elles aient marqué une avancée importante dans le développement des relations avec les peuples autochtones, leur portée est demeurée limitée :

  • Les programmes destinés aux peuples autochtones n’ont pas été maintenus ni déployés à plus grande échelle.
  • La Banque a eu de la difficulté à établir des relations solides avec les organisations autochtones à un niveau institutionnel.
  • Les obstacles à l’accès ont persisté, notamment en raison du nombre limité de succursales dans les réserves ou à proximité de celles-ci, ainsi que des pouvoirs décisionnels restreints accordés aux équipes responsables de servir les communautés autochtones.

Par conséquent, ces premières initiatives n’ont pas donné les résultats escomptés.

Préjudice involontaire

La recherche ne révèle aucun exemple précis où la Banque Scotia aurait causé un préjudice direct à une communauté autochtone. Elle fait toutefois état de certaines activités ayant eu des répercussions négatives, notamment :

  • la participation au marché secondaire des certificats des Métis8, un système selon lequel de nombreuses personnes autochtones ont reçu une compensation largement inférieure à la pleine valeur de leurs droits fonciers;
  • le financement de grands projets, dont certains ont eu des conséquences négatives sur les nations autochtones, notamment par la dégradation des milieux naturels ou le déplacement de communautés;
  • l’utilisation, tant à l’interne qu’à l’externe, d’un langage et d’images véhiculant des stéréotypes nuisibles et renforçant le colonialisme.

Fait important, la recherche démontre que le manque d’engagement proactif a contribué au maintien des disparités systémiques. Bien que les décisions prises aient reflété les connaissances, les pratiques et les normes de leur époque, l’effet cumulatif de ces actions, ou inactions, ont eu pour effet de perpétuer les inégalités et de limiter la participation des peuples autochtones à l’économie.

La voie à suivre

Comprendre l’histoire peut être difficile, mais il s’agit d’une démarche fondamentale. Malgré les relations passées entre le gouvernement du Canada, les institutions financières et les communautés autochtones, la Banque Scotia est fière des progrès qu’elle a accomplis pour mieux comprendre l’histoire du Canada et reconnaître le rôle qu’elle a joué dans la résilience économique et la prospérité des générations futures. Cette recherche offre des perspectives éclairantes sur la réconciliation et le rôle que nous devons jouer à l’avenir.

Les disparités économiques sont profondément ancrées dans les systèmes historiques. Pour progresser sur la voie de la réconciliation, nous devons favoriser un meilleur accès aux services financiers, soutenir le développement économique dirigé par les Autochtones et réduire les écarts socioéconomiques persistants, le tout en partenariat avec les peuples autochtones. Ce travail n’est pas distinct de la réconciliation; il constitue un élément central.

Les conséquences de l’indifférence. L’une des leçons les plus importantes à retenir est que les préjudices ne découlent pas toujours d’actions délibérées. Ils peuvent également résulter de l’inaction, d’un engagement insuffisant ou d’une prise en compte inadéquate des besoins d’autrui. La recherche laisse entendre que, même si la Banque Scotia n’a pas causé de préjudice intentionnel, l’absence d’un engagement soutenu à l’égard des peuples autochtones a contribué au maintien de certaines inégalités. Ce constat nous rappelle l’importance de passer à l’action et de jouer un rôle plus actif dans l’obtention de résultats équitables.

La responsabilité doit s’accompagner d’actions concrètes. En tant qu’institution financière de premier plan, nous avons participé, directement comme indirectement, aux systèmes qui ont façonné l’histoire économique du Canada. Aujourd’hui, dans un esprit de réconciliation, nous sommes pleinement conscients du rôle que nous jouons dans l’avenir économique du Canada et du fait que cet avenir requiert l’apport et le leadership des peuples autochtones. Comme l’a déclaré Mark Carney dans son allocution de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en 2025 : « S’il est essentiel de bâtir, il est tout aussi essentiel de bâtir de la bonne façon, en accordant une place fondamentale au leadership, à la prospérité et aux opportunités des peuples autochtones. La réconciliation est une tâche générationnelle, vécue et mise en pratique chaque jour.9 »

En 2024, la Banque Scotia a publié son tout premier plan d’action pour la vérité et la réconciliation, lequel comprend 37 engagements visant à bâtir des relations de confiance avec les communautés, employés et employées et clients et clientes autochtones. Nous avons mis sur pied le Bureau de la vérité et de la réconciliation, les Services financiers à la clientèle autochtone, l’équipe Inclusion des Autochtones, l’équipe Gestion de patrimoine pour la clientèle autochtone ainsi que l’équipe Approvisionnement auprès de fournisseurs autochtones, et nous sommes fiers d’avoir obtenu la certification APRA de niveau Or. Notre décision d’élargir notre offre de services financiers à la clientèle autochtone, d’investir dans l’inclusion et de bâtir des partenariats durables reflète une évolution importante de notre approche : l’engagement envers les peuples autochtones n’est plus seulement considéré comme une occasion d’affaires, mais comme une responsabilité partagée.

Notre travail est guidé par les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et nos échanges avec la clientèle, les communautés et les partenaires autochtones.

Cette recherche marque un jalon important, mais ce n’est qu’un début. Elle souligne l’importance de poursuivre notre apprentissage, de tenir compte des perspectives autochtones, de cultiver des relations fondées sur la confiance, le respect et la collaboration, et de veiller à ce que nos actions donnent lieu à des changements réels et durables.

Elle renforce également l’importance de préserver l’histoire, afin que les générations futures puissent en tirer des leçons, s’en inspirer et poursuivre le travail entrepris. Elle nous amène à réfléchir à notre passé, non pas pour porter un jugement, mais pour tirer des enseignements avec honnêteté et humilité. Cela nous rappelle que la réconciliation ne se résume pas à une seule action ou à un seul engagement. Il s’agit d’un processus continu, qui exige une écoute sincère, des actions concrètes et une responsabilité durable.

À la Banque Scotia, nous nous engageons à poursuivre ce cheminement, en nous appuyant sur la vérité, en demeurant ouverts à l’apprentissage et en travaillant à nouer des relations plus solides, plus respectueuses et plus équitables avec les peuples et les communautés autochtones.


Illustrations créées par le graphiste ojibwé Joshua Hunt de la Première Nation Migisi Sahgaigan (Eagle Lake) du Traité no 3.