La photographie pour saisir l'essence du Canada sur 150 ans

Par Diana Hart

Le Canada célébrant ses 150 ans, le moment est propice pour explorer son histoire artistique par l’entremise du regard des photographes talentueux qui se sont établis ici.

L’Institut canadien de la photographie et la Banque Scotia présentent une installation vidéo unique au centre-ville de Toronto, qui met en scène des photos remontant jusqu’au 19e siècle.

Comme source d’inspiration pour la nouvelle génération, Mme Andrea Kunard, conservatrice adjointe de photographie, Musée des beaux-arts du Canada, a choisi plus de 30 images qui célèbrent l’héritage culturel canadien.

« Bien des gens ne connaissent pas les grands photographes d’ici. Ils connaissent peut-être Jeff Wall ou Stan Douglas, des sommités de leur discipline artistique, mais ils ne connaissent pas bon nombre des artistes talentueux et des fins auxquelles a servi la photographie au fil des ans, explique Mme Kunard. Cette installation donne une bonne idée de l’héritage incroyable que cette forme d’art nous a transmis. À mon avis, il est formidable de la présenter dans un espace public. »

L’installation sera présentée dans le hall de la Scotia Plaza à Toronto, du 19 juin au 5 septembre. Mme Kunard nous présente certaines de ses photos favorites de l’installation. Cliquez ici pour regarder ces photos.

Suzy Lake
Seize sur vingt-huit, 1975
Épreuve à la gélatine argentique, mine de plomb, crayon de couleur; 83,7 x 61,9 cm;
image : 83,7 x 61,9 cm
Collection du MCPC, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Cette œuvre de Suzy Lake, lauréate du Prix de photographie Banque Scotia 2016, est une image composite, alliant un dessin d’elle-même à l’âge de 28 ans et une photographie d’elle adolescente à l’âge 16 ans.

« Cette œuvre est une expression intéressante de la façon de se présenter soi-même à l’objectif et des types de photographies qui sont prises aux différentes étapes de notre vie, explique Mme Kunard. On y voit l’évolution et le vieillissement, et comment cet aspect de notre développement change notre perception du monde. Elle se penche constamment sur la vie intérieure, la vie subjective, et sa transposition en image. »

Lutz Dille
New York City, 1959, tiré en 1995
Épreuve à la gélatine argentique; 23,7 x 30,3 cm; image : 22,5 x 19,3 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Acheté grâce au fonds du Photography Collectors Group, 1999
Photo : Musée des beaux-arts du Canada

Originaire d’Allemagne, Lutz Dille est arrivé à Toronto en 1951, où il s’est fait un nom de photographe de type documentaire.

« Lutz Dille était un photographe remarquable, qui croyait réellement à l’esthétique du moment capté spontanément, souligne Mme Kunard. Il se promenait dans les rues, voyait des images comme celle-ci et saisissait l’instant. Tout était spontané. Il ne plaçait rien; ces personnes ne savaient même pas qu’il les photographiait. » 

Lynne Cohen
Établissement thermal, 1999
Épreuve à développement chromogène; 80,6 x 102,1 cm; cadre intégré : 110,9 x 131,5 x 2,8 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Photo : Musée des beaux-arts du Canada

L’artiste montréalaise Lynne Cohen, la première lauréate du Prix de photographie Banque Scotia, a créé cette œuvre lorsqu’elle explorait les espaces froids et peu attirants.

« Mme Cohen cherchait des lieux singuliers qui, avec un peu de recul, sont vraiment étranges et pas du tout attirants. Nous investissons beaucoup émotivement dans notre environnement et nous pouvons nous y sentir à l’aise ou mal à l’aise, selon différents facteurs, explique Mme Kunard. Mme Cohen était toujours à la recherche de cette fine distinction et de la façon dont nous habitons l’espace. Sans présence humaine, ces lieux sont plutôt déconcertants. Nous ne réfléchissons pas tellement à l’environnement que nous habitons; elle voulait donc s’y attarder. »

Jeffrey Thomas
Bear à Constitution Square, Ottawa, Ontario, 1998
Épreuve à développement chromogène (Ektacolor); 35,5 x 27,9 cm; image : 33,8 x 23,6 cm 
Collection du MCPC, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Jeff Thomas, qui s’identifie comme un Iroquois urbain, a couvert une multitude de sujets dans ses photographies, mais à ses débuts, il revenaut sans cesse à l’une de ses inspirations favorites, son fils Bear Witness, membre du groupe musical Tribe Called Red.

« Jeff Thomas s’est toujours intéressé aux autochtones dans la ville, au fait qu’ils sont souvent perdus ou représentés uniquement sous forme de statues anciennes, souligne Mme Kunard. Il a toujours trouvé ça dommage, parce qu’il existe toutes sortes d’autochtones dans la ville. Il photographiait donc son fils dans différents lieux pour illustrer la vie moderne des autochtones à titre de citadins. »

Ho Tam
Leçons : N° 7, 2000
Épreuve à développement chromogène; 50,8 x 60,8 cm
Collection du MCPC, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

En 1997, l’artiste Ho Tam établi à Vancouver est retourné à son école primaire de Hong Kong pour tenter de saisir des images de son passé. Il avait apporté sa caméra pour filmer des images d’enfants jouant dans la cour d’école. À son retour au Canada, il a visionné la vidéo sur un téléviseur et pris des photos des images vidéo.

« En regardant l’agrandissement de cette image, on voit les lignes horizontales traversant le téléviseur, explique Mme Kunard. Il voulait qu’on ait l’impression de regarder le passé à travers différents filtres. Le petit garçon, c’est en fait une représentation de lui. »

Arthur Scott Goss
Ministère de la santé, n° 154, 6 septembre 1912, tiré en 1979
Épreuve à la gélatine argentique; 16,2 x 22,8 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Photo : Musée des beaux-arts du Canada

William Arthur Scott Goss, photographe officiel de la ville de Toronto de 1911 à 1940, a fait plus de 30 000 photos représentant la croissance rapide de la ville.

Mme Kunard souligne qu’il était l’un des photographes les plus importants de Toronto, documentant l’histoire de la ville à ses débuts et les difficultés des citoyens. L’un de ses sujets de prédilection : les conditions de logement difficiles, comme on le voit sur cette photo. 

Charles George Horetzky
Camp au Coude de la Saskatchewan, septembre 1871
Épreuve à l'albumine argentique; 43 x 54,8 cm; image : 38,4 x 50,3 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Photo : Musée des beaux-arts du Canada

Charles George Horetzky, photographe pour le gouvernement fédéral, avait été mandaté pour accompagner l’équipe d’explorateurs traversant le Canada afin de trouver le meilleur parcours pour le chemin de fer.

« Il prenait des photos pour documenter le territoire durant la traversée. À l’époque, bien des gens qui vivaient dans l’est n’avaient aucune idée de ce à quoi ressemblait l’intérieur du pays, souligne Mme Kunard. Ces photos sont très importantes pour comprendre la colonisation du pays. Ce sont des documents inestimables démontrant les types de personnes vivant au Canada à l’époque et leurs conditions de vie. »

Lorraine Gilbert
Façonner la nouvelle forêt (détail), 1990
Épreuves à développement chromogène; 76 x 101,4 cm chacune approx.; image : 68 x 84,6 cm chacune 
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Photo : Musée des beaux-arts du Canada

Pour cette œuvre, Lorraine Gilbert s’est inspirée des années où elle a planté des arbres en Colombie-Britannique.

« Dans cette photo, elle prétend être une guerrière écolo, explique Mme Kunard. Elle essaie toujours de se porter à la défense de moyens plus sensés d’utiliser l’environnement, d’encourager une réflexion. Ici, elle prend la pose d’une guerrière, témoignant de cette sensibilité écologique. »

Jin-me Yoon
Souvenirs du moi (Lac Louise), 1991, tiré en 1996
Épreuve à développement chromogène laminée sur Plexiglas ; 192,7 x 232,8 cm
Collection du MCPC, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Cette œuvre de l’artiste canadienne d’origine coréenne Jin-me Yoon fait partie d’une série de photographies qu’elle a prises à Banff pour explorer la question de l’identité.

« Elle veut amener les gens à se poser la question : Qui vous attendez-vous à voir dans ce paysage? Si je me place dans ce paysage, on peut me qualifier de touriste. Si une autre personne est placée au même endroit, l’expérience peut être totalement différente, explique Mme Kunard. Elle se penche sur ce paysage magnifique du Lac Louise. Ce type de paysage est vraiment associé à notre pays, c’est un site touristique. Elle examine comment nous traitons les paysages comme des objets, leur valeur et la façon de les exploiter. Elle remet tout ça en question et exprime ses sentiments dans ce genre de site. »