Des sondages menés récemment auprès des Canadiennes et Canadiens révèlent un bien-être en milieu de travail «fragile», une augmentation du stress financier personnel et une baisse de la confiance envers les entreprises, tant au sein du personnel que chez les consommateurs.
Dans le cadre d’un webinaire pour cadres supérieurs, «Bâtir un leadership d’affaires : données, sens et bien‑être», les panélistes ont discuté de ces données et de l’importance pour les leaders de porter une attention particulière à leur culture organisationnelle et à leurs actions au quotidien s’ils souhaitent bâtir des équipes productives, conserver les membres de leur personnel, répondre aux attentes de la clientèle et atteindre un rendement financier durable.
Ils ont également décrit comment les entrepreneures, dirigeantes et investisseuses possèdent souvent des compétences spécifiques en matière de leadership qui leur permettent d’intégrer le bien‑être, le soutien et l’humanité dans les valeurs, les priorités et le rendement de leur entreprise.
Associer le bien‑être aux résultats
«Dans un contexte marqué par autant d’incertitude, les données et les leaders qui sont sur le terrain nous aident à établir des liens entre ces enjeux urgents, ce qui contribue à offrir une certaine clarté et des pistes de réflexion à notre clientèle», explique Ana Marinescu, animatrice de l’événement et responsable de L’initiative Femmes de la Banque Scotia au Québec. Ce programme mondial a été conçu pour donner aux femmes les moyens de réussir et d’accroître leurs perspectives économiques et professionnelles, grâce au partage de connaissances, au réseautage et à des occasions de perfectionnement.
Pour cette discussion enrichissante, Mme Marinescu était accompagnée de Caroline Roy, vice‑présidente et associée chez Léger, et de Catherine Parent, directrice générale chez Roynat Capital, une filiale de la Banque Scotia offrant des solutions de financement aux entreprises de taille moyenne.
Mme Roy a passé en revue les données les plus récentes sur le bonheur ou le «bien‑être» au travail, qu’elle qualifie de «levier stratégique permettant aux entreprises d’assurer un rendement durable et de fidéliser leur personnel».
Les sondages de Léger, réalisés à l’échelle mondiale, montrent que le Canada se classe en milieu de peloton, soit au 18e rang dans l’indice mondial du bonheur. En effet, la moitié des Canadiennes et Canadiens interrogés déclarent que leur bonheur est demeuré stable au cours de la dernière année, tandis que 28 % indiquent une baisse. «Le Canada affiche un score relativement stable, mais fragile. Lorsqu’une personne sur quatre dit que son niveau de bonheur diminue, cela a un impact sur les entreprises, explique Mme Roy. Cela montre qu’il y a de la fatigue, de l’incertitude économique et une charge mentale accrue.»
D’autres études indiquent que le personnel considère les relations positives au travail comme essentielles à la loyauté envers l’employeur, et que les femmes accordent une importance particulière à la qualité des relations humaines, à la reconnaissance et à la valeur du travail. «On ne quitte pas une entreprise, on quitte un climat de travail. Les leaders doivent donc s’engager à créer les conditions pour rendre le travail agréable», précise Mme Roy.
Faire le lien entre le stress financier et le rendement
Ces constats deviennent prioritaires pour les conseils d’administration et les investisseurs, souligne la co‑panéliste Catherine Parent de Roynat. «Il existe un lien entre le bien‑être du personnel et le succès d’une entreprise», dit‑elle, précisant que ses équipes d’investissement examinent la culture interne, les programmes RH, la santé et le taux de roulement des membres du personnel lors du contrôle diligent des entreprises. «Le bien‑être au travail est essentiel pour les personnes, mais aussi pour la durabilité et le rendement des entreprises, puisqu’il réduit l’absentéisme et augmente la rétention des talents.»
Mme Roy et Mme Parent ajoutent que les investisseurs s’intéressent également aux récentes données sur le stress financier, l’incertitude et la vulnérabilité économique du personnel.
«Les leaders reconnaissent maintenant que le stress financier du personnel peut avoir un impact direct sur le rendement de l’entreprise, souligne Mme Roy. Au Canada, quatre personnes sur dix doutent de la stabilité de leur situation financière. Les personnes qui vivent une pression financière sont deux fois plus susceptibles d’avoir une faible santé globale, et la moitié affirment que leur performance au travail en souffre. En tant que leader, il faut y porter attention.»
«D’un autre côté, ajoute Mme Parent, on voit de plus en plus de femmes prendre le contrôle de leur bien‑être financier en se fixant des stratégies claires, en adoptant une vision à long terme et en intégrant leurs valeurs sociales dans leurs choix de placements. Les femmes ont une approche très différente du leadership financier, et nous avons tout intérêt à encourager davantage d’investisseuses et à développer ces forces.»
Pour ce faire, Mme Parent suggère que les dirigeants et dirigeantes d’entreprise mettent à la disposition de leurs équipes davantage de ressources pour améliorer la littératie financière, la gestion des finances personnelles, la planification de la retraite et l’atténuation du stress financier.
Humanité et cohérence : la nouvelle monnaie de la confiance
Les panélistes ont aussi abordé les attentes des Canadiennes et des Canadiens envers les entreprises avec lesquelles ils choisissent de faire affaire, de même que l’importance croissante qu’ils accordent à l’humanité, à la confiance et à la cohésion.
«Autrefois, l’humanité était considérée comme une valeur abstraite pour les entreprises, mais le personnel, la clientèle et les parties prenantes y accordent maintenant une place grandissante, et ce, particulièrement chez les jeunes générations», explique Mme Roy, qui définit l’humanité comme la sensibilité ou la compassion envers autrui, ainsi que le désir de contribuer au bien‑être collectif.
L’indice d’humanité révèle un écart frappant : les Canadiennes et les Canadiens s’accordent un score élevé pour leur humanité individuelle (75,1/100), mais évaluent beaucoup plus durement celle de la société (59,1/100). Cet écart entre le «je» et le «nous» reflète une perte de confiance envers les institutions, les organisations et les dirigeants et dirigeantes.
«Nos recherches illustrent cet écart entre le ‘je’ et le ‘nous’, c’est‑à‑dire que les Canadiens et Canadiennes croient posséder une grande humanité individuelle, mais doutent de l’humanité collective des institutions, des entreprises et de la société», précise Mme Roy.
Dans le contexte de l’environnement de travail, elle ajoute : «La qualité des relations professionnelles semble s’éroder et le niveau de confiance est faible. Par exemple, selon le Edelman Trust Barometer 2025, à l’échelle mondiale, seulement 63 % des personnes en emploi font confiance à leurs dirigeants et dirigeantes. Autrement dit, dans votre entreprise, une personne sur trois ne vous fait pas confiance.»
Pour répondre à cette «crise de la confiance», les panélistes estiment que la réponse se trouve peut‑être dans les résultats des sondages sur les entreprises les plus admirées au Canada. Chaque année, les entreprises les mieux classées sont celles perçues comme agissant avec humanité et cohésion. «Les gens ne cherchent plus seulement à consommer; ils veulent comprendre, ressentir et faire confiance. Les entreprises capables de répondre à ces attentes de manière cohérente gagneront en influence et auront une crédibilité durable auprès de leurs parties prenantes», souligne Mme Roy.
Elle ajoute que pour les leaders, y compris les femmes, il est essentiel de faire valoir leur empathie et leurs forces en matière de communication, de coopération et de collaboration.
Mme Parent souligne que ces aptitudes sont de plus en plus importantes, puisque les investisseurs examinent de plus en plus les entreprises en fonction de leur vision, de leurs valeurs, du comportement de leurs dirigeants et dirigeantes et de la relation entre l’humanité d’une entreprise et la réputation de sa marque.
«Aujourd’hui, nous nous attendons à ce que les entreprises mettent tout cela par écrit, y compris leur position sur les principaux enjeux sociaux, et qu’elles mesurent leur rendement. Les organisations doivent faire preuve de transparence, communiquer clairement et effectuer un suivi rigoureux pour s’assurer que tout évolue dans la bonne direction», conclut Mme Parent.
Le message est clair et largement étayé par les données : le bonheur est un indicateur de gestion sérieux, le stress financier est un enjeu organisationnel, et la confiance repose sur l’humanité et la cohérence.
- Indice du Bonheur Léger 2025, Léger
- Boussole financière 2025, Léger
- Indice d'Humanité 2024-2025
- Baromètre de confiance 2025, Edelman
- Réputation 2025, Léger