Cette note fait partie d’une série qui sera publiée dans la foulée d’importants communiqués statistiques pour documenter les comptes rendus mécaniques des actualités prévisionnelles du PIB canadien d’après le modèle des actualités prévisionnelles de la Banque Scotia. L’évolution de ces actualités prévisionnelles viendra éclairer les perspectives macroéconomiques officielles des Études économiques de la Banque Scotia.

Le modèle est décrit dans une note correspondante accessible sur ce lien.

  • En mai, les ventes au détail au Canada ont gagné +2,2 % sur un mois pour totaliser 62,2 milliards de dollars, ce qui est supérieur à la première estimation publiée par Statistique Canada il y a un mois. Or, une large part de cette hausse s’explique par l’augmentation des prix : le volume des ventes au détail a augmenté beaucoup plus modestement de +0,4 % sur un mois en mai. Ce volume relativement anémique fait plonger les actualités prévisionnelles du PIB pour le T2 de 2022 à +3,59 % sur un trimestre en données désaisonnalisées et en rythme annualisé, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour le début du T3.
  • En mai, les ventes en dollars ont monté dans 8 des 11 catégories : les stations d’essence ont inscrit des totaux de ventes nettement supérieurs (+9,2 % sur un mois) en raison des brusques hausses des cours du pétrole. Selon Statistique Canada, les prix ordinaires de l’essence sans plomb se sont établis à une moyenne de 194,8 cents le litre en mai, soit 12 % de plus qu’en avril. En volume, les achats d’essence ont perdu ‑2,2 % sur un mois, ce qui veut probablement dire que la demande a baissé en raison de la flambée des prix de l’essence.
  • En mai, la hausse des prix à la consommation a joué plus généralement un rôle prépondérant dans le total des ventes au détail, puisque le volume des ventes a augmenté dans seulement 4 catégories sur 11, surtout chez les concessionnaires de véhicules automobiles et de pièces détachées (+3,3 % sur un mois). Statistique Canada a fait savoir que les blocages moins sévères de la chaîne logistique chez les concessionnaires automobiles sont la raison pour laquelle l’activité manufacturière a progressé en mars et en avril, ce qui a eu pour effet de relever les ventes des concessionnaires automobiles en mai, après avoir enchaîné trois baisses mensuelles.
  • En excluant les stations d’essence et les concessionnaires automobiles, le volume des ventes a baissé de ‑0,1 % sur un mois en mai : les établissements de détail divers (‑6,4 % sur un mois), ainsi que les vendeurs d’ameublement (‑4,0 % sur un mois) et les matériaux de construction (‑1,3 % sur un mois) expliquent l’essentiel de cette léthargie. Il semble que les consommateurs aient concentré leurs dépenses dans la consommation de base, puisqu’ils ont acheté beaucoup plus dans les établissements d’aliments et de boissons, ce qui a fait progresser de +1,9 % sur un mois en mai les ventes en dollars.
  • Les précisions du rapport sur les ventes au détail ne viennent pas contredire le discours sur la lassitude qui s’installe parmi les consommateurs en raison de la flambée de l’inflation, même s’il y a eu de bonnes nouvelles comme le rebond des ventes d’automobiles. À terme, l’horizon est assombri, puisque la première estimation des ventes au détail de juin a été de +0,3 % sur un mois; cette estimation est inférieure à la hausse de l’IPC total (+0,6 % sur un mois), ce qui a probablement laissé en territoire négatif les ventes au détail. Si les statistiques réelles sous‑évaluent sans doute la vigueur des dépenses de consommation dans l’ensemble, puisque la vigoureuse reprise des services après le confinement s’est probablement poursuivie dans les derniers mois, la flambée de l’inflation continue de représenter un risque de baisse pour la croissance d’ici la fin de l’année.
Graphique 1: Ventes au détail au Canada; Graphique 2: L’évolution des actualités prévisionnelles du T2 de 2022 des Études économiques de la Banque Scotia
Tableau 1 : Actualités prévisionnelles du PIB canadien au T2 de 2022