Le conflit entre la Russie et l’Ukraine continue de créer une onde de choc qui bouscule les marchés mondiaux, dans un contexte de crise humanitaire, de sanctions économiques et de boycottage d’entreprises. Le chef des placements de Gestion de patrimoine Scotia se joint au balado Perspectives pour discuter de l’instabilité récente des marchés et des points que les investisseurs devraient garder à l’esprit. (Disponible en anglais seulement.)

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Transcription :

Stephen Meurice : Je m’appelle Stephen Meurice. Voici Perspectives.

Depuis près de trois semaines, les Canadiens et le monde entier sont témoins de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Jour après jour, nous voyons des images troublantes aux nouvelles. Les Ukrainiens tentent de se réfugier en lieu sûr ou se battent. Ici, nous ressentons de l’impuissance, de l’inquiétude, voire de la peur. À cela s’ajoute le bruit des sirènes d’alarme économiques : sanctions, boycottages, perturbations des échanges commerciaux et flambée des prix du pétrole. Il en résulte de la volatilité sur les marchés boursiers.

Andy Nasr, chef des placements à Gestion de patrimoine Scotia, est bien placé pour savoir comment guider les clients dans un contexte d’incertitude économique. Il est venu nous parler de la meilleure façon de gérer les fluctuations du marché en période de crises internationales. Celles qui font paniquer certains investisseurs. Et il sera peut-être en mesure de nous rassurer.

Avant de commencer, je tiens à préciser que nous fournirons un lien dans la description de l’épisode et sur la page de Perspectives pour vous permettre de faire un don en soutien aux Ukrainiens et d’obtenir des informations sur les initiatives déployées par la Banque Scotia pour contribuer à l’aide humanitaire. Sur ce, commençons.

Andy, bienvenue à Perspectives.

Andy Nasr : Merci de l’invitation, Stephen.

SM : J’aurais préféré que notre rencontre se déroule dans de meilleures circonstances. Mais, je crois vraiment que vous pourrez aider nos auditeurs. Vous avez beaucoup d’expérience dans ce domaine à la banque, et ce, à divers échelons. Vous êtes maintenant chef des placements. Je voudrais faire appel à votre expérience et à vos connaissances afin d’aider les auditeurs autant que possible. J’ai utilisé plus tôt l’expression « volatilité sur les marchés ». Peut-être devrions-nous définir ce que cela signifie. Les marchés fluctuent en permanence. Qu’est-ce qui constitue une fluctuation inhabituelle ou alarmante? À partir de quand commence-t-on à recevoir des appels de panique?

AN : Nous en recevons déjà. Ainsi, la volatilité peut être définie comme la fluctuation du prix des actifs. La volatilité est mesurée par l’ampleur des variations à la hausse ou à la baisse des actions au cours de la dernière année. De nombreux facteurs peuvent influer sur la volatilité des marchés. Par exemple, des préoccupations liées à l’évolution de l’économie. Ces préoccupations ont tendance à être plus fondamentales à mesure que le cycle économique progresse. Dans le cas présent, nous avons affaire à un événement exogène. Autrement dit, un choc imprévu, qui se répercute sur une économie mondialisée. Nous avons un chef d’État qui a accès à des armes nucléaires et qui tente d’envahir la capitale d’un pays voisin. Il y a donc beaucoup d’incertitude, et cette incertitude fait réagir les investisseurs. Habituellement, cela se traduit par des ventes massives jusqu’à ce qu’on commence à y voir un peu plus clair dans les événements.

SM : Ce type d’événement comporte de nombreuses inconnues. Je suppose que c’est le cas de la plupart des situations d’urgence ou des crises inattendues. Mais en quoi celui-ci diffère-t-il d’une récession économique ordinaire ou de tout autre type de crise?

AN : Eh bien, il s’agit d’une crise humanitaire qui, comme je viens de le dire, entraîne toutes sortes d’incertitudes. Il est absolument impossible de prévoir le temps qu’il faudra pour la résoudre, ni combien cela coûtera. Et donc, quand on pense à ce qui se passe aujourd’hui et aux répercussions sur la consommation, l’inflation et les prix des produits de base, il y a beaucoup de questions en suspens. Ce ne sont pas des situations qui peuvent être résolues par des mesures de politique budgétaire ou monétaire, comme c’est normalement le cas en temps de crise. Lorsqu’il y a de l’inquiétude économique ou qu’on semble assister à un ralentissement, comme pendant la crise sanitaire ou la crise financière mondiale, les décideurs politiques utilisent des mesures budgétaires et monétaires, et le problème s’atténue, mais ces mesures ne seront probablement pas utiles dans le cas présent. Donc, à certains égards, l’incertitude est justifiée. Le problème, c’est qu’elle entraîne une volatilité sans précédent, et cette volatilité sur les marchés des capitaux et les marchés boursiers est à son niveau le plus élevé depuis un an.

SM : Pouvez-vous expliquer cela plus en détail? Qu’entendez-vous exactement lorsque vous dites que la volatilité est à son niveau le plus élevé depuis un an?

AN : Les marchés ont connu des hauts et des bas, avec une tendance à la baisse ces derniers temps. Ainsi, lorsque nous examinons l’amplitude des hausses et des baisses, nous nous retrouvons avec une aberration statistique. L’ampleur actuelle de volatilité des marchés boursiers, si l’on se fie aux marchés américains, atteint un sommet inégalé depuis un an. Et elle se situe dans les 10 % supérieurs de sa fourchette historique depuis les années 1940. Il s’agit donc d’un événement aberrant et il y a quelques points importants à retenir. Lorsque la volatilité est aussi élevée, ce n’est généralement pas sans conséquences. Ainsi, les marchés atteignent normalement un creux plusieurs mois plus tard, puis génèrent un rendement médian de 15 % dans l’année qui suit. Donc, la réaction qu’on observe, soit le désengagement massif des investisseurs, est généralement suivie d’une amélioration plusieurs mois plus tard, habituellement un an plus tard, et celle-ci peut être importante. Voilà la norme, et cela se vérifie chaque fois que la volatilité atteint un sommet sur un an. Dans le cas présent, l’origine de la crise est un événement géopolitique. Donc, cela pourrait durer un peu plus longtemps, et les choses pourraient certainement empirer. C’est pourquoi il est très important pour les investisseurs d’avoir un plan et de viser le long terme, car il est très difficile d’essayer d’établir des prévisions à court terme.

SM : Vous avez mentionné que dans d’autres types de situations, les gouvernements disposent d’outils qu’ils peuvent utiliser pour aider à rééquilibrer l’économie, que ce soit en augmentant les taux d’intérêt ou en ayant recours à des mesures budgétaires ou monétaires. Or, dans une large mesure, il est impossible d’appliquer ces solutions. Il s’agit donc d’une situation différente, comme vous l’avez expliqué. Que dites-vous à vos clients à présent? Quels sont les conseils que vous leur donnez alors que la situation actuelle est plus incertaine et imprévisible que lors d’un ralentissement ordinaire?

AN : Eh bien, ce n’est pas très différent de ce que nous leur disions au début de l’année, alors que nous nous inquiétions de ce qui allait se passer avec les taux d’intérêt et l’inflation, et de la manière dont la croissance mondiale allait s’atténuer et se normaliser. Si cette guerre d’agression a amplifié toutes ces préoccupations, la conclusion demeure la même : les investisseurs doivent diversifier leur portefeuille et privilégier les titres de première qualité. Concrètement, il s’agit de diversifier les catégories d’actifs et les régions dans lesquelles on investit. Les investisseurs doivent aussi s’assurer qu’un élément de leur portefeuille pourra les aider à préserver leur capital, de sorte que lorsqu’on commencera à voir un décalage entre les fondamentaux de l’économie et la confiance des investisseurs, ils seront en mesure, espérons-le, d’en tirer parti tactiquement, notamment en redéployant leur capital et en bénéficiant de rendements composés à des taux beaucoup plus élevés. C’est ce que nous disons aux gens. Et c’est ce que nous leur disions au début de l’année. Malheureusement, la tendance à la baisse que nous observons n’est pas due à la politique monétaire, à l’augmentation des taux d’intérêt ou à des difficultés économiques liées à la sortie de la crise sanitaire. Elle est due à la guerre, et cela la rend un peu plus incertaine. Mais, vous savez, une fois qu’on aura résolu la crise et conclu un cessez-le-feu, la situation reviendra à la normale. Nous pourrons alors recommencer à nous préoccuper des choses qui nous préoccupaient auparavant.

SM : Vous avez notamment parlé de la nécessité de placer une partie de son portefeuille dans des actifs plus stables, avec possibilité de redéployer son capital ultérieurement. Pouvez-vous nous donner quelques exemples? Quelles sont les catégories d’actifs considérées comme plus stables que les gens devraient privilégier en ce moment?

AN : Les deux principales catégories d’actifs sont les actions et les titres à revenu fixe. Ce sont les deux catégories les plus importantes. Et nous recommandons toujours de diversifier ses placements au sein de ces deux catégories. Ainsi, dans la mesure du possible, il faut s’assurer de ne pas avoir une préférence trop marquée pour le marché national. En outre, il faut s’assurer d’avoir des placements dans des sous-catégories d’actifs au sein des composantes actions et titres à revenu fixe. Par exemple, dans la catégorie des titres à revenu fixe, il y a les obligations d’État et les obligations de sociétés. Les obligations d’État ont tendance à être la catégorie d’actifs refuges. C’est ce vers quoi les gens se tournent en période d’incertitude, car on sait que les gouvernements n’ont aucune difficulté à imprimer de l’argent et à se sortir du pétrin. On voit donc en ce moment les gens accumuler des obligations d’État, ce qui a entraîné une baisse de leurs rendements à moyen et à long terme. Ces titres peuvent servir de refuge et aider à préserver le capital. Un autre actif de remplacement a très bien fait : l’or. Et on a vu beaucoup d’investisseurs acheter de l’or, ce qui présente des avantages en termes de diversification et peut aider à améliorer les rendements ajustés en fonction des risques. Ce concept de rendements ajustés en fonction des risques est très important. En effet, en observant les marchés, on dit souvent qu’ils sont en hausse ou en baisse, mais on ne prend pas toujours en compte les risques que l’on prend pour obtenir un certain rendement. C’est donc cette diversification entre les catégories d’actifs et même au sein des catégories d’actifs qui peut aider à préserver le capital.

SM : Est-ce que les personnes qui approchent de la retraite ou qui sont déjà à la retraite et qui ont moins de temps pour reconstituer leur épargne après un ralentissement s’inquiètent davantage ou paniquent plus facilement? Quels conseils auriez-vous à leur donner?

AN : Mon conseil est toujours le même, dans le sens où si les clients ont besoin d’argent dans le mois ou les deux mois à venir, ils devraient vraiment réfléchir à deux fois à la façon dont leur portefeuille est positionné. Ce n’est probablement pas le meilleur moment pour prendre plus de risques. C’est dans ce genre de situation qu’un plan et une discussion avec un gestionnaire de patrimoine ou un conseiller peuvent être très utiles. Si vous êtes sur le point de prendre votre retraite ou si vous venez de la prendre, la pire chose que vous puissiez faire est de retirer votre argent du marché alors que celui-ci connaît une baisse de cette ampleur. Parce que, dans ce cas, vous ne bénéficierez pas du rebond habituel du marché ni des rendements composés sur une plus longue période. Il faut donc gérer le rythme des retraits et garder à l’esprit où vous en êtes dans votre stratégie à long terme. C’est le conseil que je donnerais aux retraités actuels et futurs.

SM : Pour revenir à l’économie de manière plus générale, j’aimerais vous poser quelques questions sur les produits de base. Dans une large mesure, l’économie du Canada repose sur les produits de base : pétrole et gaz, agriculture, mines, etc. Comment la situation actuelle se répercute-t-elle sur ces secteurs, quelles perspectives entrevoyez-vous et en quoi les investisseurs seront-ils touchés?

AN : Eh bien, remettons un peu les choses dans leur contexte. La Russie est le deuxième plus grand producteur de pétrole brut, derrière l’Arabie saoudite. En outre, c’est un important producteur de cuivre, de nickel et d’aluminium, sans oublier le blé. La hausse des prix des produits de base améliorera donc les perspectives des provinces et des pays producteurs de ressources. Toutefois, les revenus sont transférés des consommateurs aux producteurs mondiaux de produits de base. Ainsi, l’avantage économique à court terme pourrait être contrebalancé par une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, ce qui freinerait quelque peu la consommation. Il est également dangereux de cloisonner ce qui se passe ailleurs dans le monde. J’ai déjà souligné que l’économie mondiale est profondément intégrée et, bien que la Russie et l’Ukraine n’en représentent qu’une petite partie, la hausse des prix du pétrole et du gaz pourrait plonger certaines régions de l’Europe en récession, ce qui ne manquerait pas d’exacerber les inquiétudes concernant la croissance mondiale. Ainsi, tous les coussins qui ont été constitués pendant la crise sanitaire, l’augmentation des taux d’épargne des ménages, la solidité des bilans des sociétés, tout cela pourrait être mis à contribution si la crise se prolongeait. Il est donc difficile de dire s’il y aura un effet positif durable à court ou à moyen terme, car plus la crise durera longtemps, plus il est probable qu’elle freinera la croissance économique mondiale.

SM : Une dernière question avant de conclure. Étant donné que la situation actuelle est instable, voire inquiétante, avez-vous un conseil simple à donner à vos clients dans des moments comme celui-ci?

AN : La plus grosse erreur que les investisseurs commettent est d’essayer de prédire les tendances du marché. En réalité, si l’on retire de l’argent du marché et qu’on essaie de le réinjecter quand la situation semble moins incertaine, on risque de ne pas profiter de l’appréciation qui aura lieu si un cessez-le-feu est conclu. Et juste pour avoir du contexte, si vous aviez manqué les 10 meilleures journées du S&P 500 ou du TSX des 15 dernières années, vous auriez réduit vos rendements de moitié. Et l’une de ces meilleures journées pourrait survenir si, tout à coup, les préoccupations géopolitiques s’estompaient.

SM : Avec cette question, je vous demande peut-être de jouer les psychologues, mais c’est le message que les banques et les conseillers ont toujours donné. Ne paniquez pas pendant les ralentissements. Il ne faut surtout pas vendre quand les marchés sont à la baisse, car on risque de rater des occasions lorsque les marchés rebondiront. Pourquoi cela arrive-t-il toujours? Pourquoi faut-il continuellement répéter le même message?

AN : Parce que c’est plus facile à dire qu’à faire, Stephen.

[Rires]

Pourtant, c’est vrai. Si je vous disais que les marchés ou les cours des actions vont baisser de 10 % et que vous devriez acheter, vous pourriez penser qu’il est préférable d’attendre que la baisse soit passée. En réalité, à mesure qu’on se rapproche des 10 %, les gens commencent à s’inquiéter de la possibilité d’une baisse de 15 ou 20 %, et l’inquiétude monte en flèche. C’est la raison pour laquelle, comme je l’ai dit précédemment, il faut séparer les fondamentaux des sentiments. Quand je parle de fondamentaux, j’entends par là que tout investisseur essaie d’attribuer une juste valeur aux actifs. Et on le fait généralement en actualisant les revenus que ces actifs génèrent. En période d’incertitude, il est difficile de déterminer le taux d’actualisation à utiliser et d’évaluer le revenu de façon durable. Les gens ont donc tendance à vendre d’abord et à se poser des questions ensuite, au fur et à mesure que la situation évolue. Le meilleur conseil qu’on puisse donner aux investisseurs, c’est de se demander quelle est la juste valeur des actifs de leur portefeuille, d’où l’importance de se concentrer sur le long terme. Y a-t-il une divergence entre la valeur réelle de ces actifs et la valeur que les gens leur attribuent aujourd’hui? Et cela aide à cerner les occasions de placement.

SM : Bien, je pense que nous allons nous arrêter là. Merci beaucoup, Andy, d’être venu nous parler. C’était très intéressant, et je crois que vous avez donné de précieux conseils à bien des gens.

AN : Ça me fait plaisir, Stephen, merci.

SM : C’était mon entretien avec Andy Nasr, chef des placements à Scotia Gestion de patrimoine.

Je vous rappelle que nous fournirons un lien dans la description de l’épisode et sur la page de Perspectives pour vous permettre de faire un don en soutien aux Ukrainiens.