|
Présentation au Conference Board du Canada
Allocution de Richard E. Waugh
Président et chef de la direction
Banque Scotia
Le 13 octobre 2004
Toronto, Ontario
Seul le texte prononcé fait foi
Merci James [Frank, président de la conférence] et bonjour, mesdames et messieurs. C'est un grand plaisir d'être parmi vous aujourd'hui et d'avoir l'occasion de prendre la parole, à la conférence Affaires et perspectives économiques du Conference Board, afin de vous parler des défis auxquels nous faisons tous face et des occasions qui se présentent pour réaliser une croissance durable dans le monde d'aujourd'hui.
Je parlerai aujourd'hui de la manière dont les facteurs économiques fondamentaux évoluent et continueront à évoluer pour le Canada et les entreprises canadiennes, et de ce que cela signifiera pour les entreprises dans l'avenir. En particulier, j'aborderai brièvement deux défis à relever ainsi que la nécessité de transformer ces défis en occasions, des occasions que les Canadiens et les entreprises canadiennes doivent saisir. Le premier défi est la nécessité, pour nous tous, de rechercher la croissance et les possibilités à exploiter à l'extérieur du Canada; le deuxième défi consiste à le faire dans un contexte de commerce mondial incertain.
J'expliquerai ensuite ce que je considère comme une réponse clé : la nécessité que le Canada et les entreprises canadiennes redoublent d'efforts pour promouvoir les échanges commerciaux ici, dans cet hémisphère, en mettant clairement l'accent sur le développement et les accords commerciaux bilatéraux et régionaux, comme l'exemplaire ALENA. Ces accords et les possibilités qui en découlent, en particulier le fort potentiel en grande partie inexploité de marchés comme ceux du Mexique, de l'Amérique centrale et d'autres pays en développement, prendront de plus en plus d'importance pour le Canada et les entreprises canadiennes.
Bien que la Banque Scotia soit une petite banque au Canada, elle est la deuxième banque en importance au pays en termes de capitalisation boursière, en raison en grande partie du fait qu'elle est la banque canadienne la plus internationale. Nous comptons plus de 1 800 succursales et bureaux dans quelque 50 pays. Dans la plupart de ces pays, nous exerçons nos activités à la fois en tant que banque internationale et en tant que banque locale, offrant des services complets à nos clients, généralement sous la dénomination sociale Banque Scotia.
La Banque Scotia a toujours considéré les marchés internationaux comme des occasions de croissance extraordinaires. Nos intérêts remontent à loin, en particulier dans les Caraïbes et en Amérique latine. Nous sommes la plus ancienne banque en République Dominicaine et nous sommes établis depuis plus de 30 ans en Haïti et depuis 115 ans en Jamaïque. Nous sommes la seule grande banque internationale dans quatre des sept pays de l'Amérique centrale : Panama, Costa Rica, El Salvador et Belize. Nous sommes une banque d'importance au Mexique, point sur lequel je reviendrai plus tard. Et en Asie, nous sommes établis en Malaisie depuis 30 ans, en Inde depuis environ 20 ans et en Chine depuis plus de 20 ans. Tous ces marchés jouent non seulement un rôle fondamental dans notre réussite actuelle, mais aussi un rôle considérable dans nos projets d'avenir.
En même temps, nous demeurons une banque très canadienne. Le Canada est et demeurera notre marché principal, où la Banque Scotia continue de jouir d'un important succès, et nous réinvestissons sans cesse dans l'exploitation afin de maintenir notre position concurrentielle. Cette approche contribue à faire de la Banque Scotia un chef de file en matière de satisfaction de la clientèle et nous a permis d'exporter nos forces afin de réussir sur d'autres marchés. Donc, le Canada est bien notre fondement, un marché que nous cultiverons afin de demeurer solides en mettant l'accent sur le service à la clientèle et sur de meilleurs produits.
Cependant, le Canada représente également un défi pour nous, et pour de nombreuses entreprises qui visent une croissance solide. Le Canada est un marché établi et très concurrentiel, où la croissance de la population est plus lente. À l'échelle mondiale, nous représentons un petit marché parvenu à maturité.
En réalité, tout au long de son histoire, le Canada a dû, par nécessité, se tourner vers les marchés internationaux pour produire de la richesse. Soulignons que les exportations représentent près de 40 % de notre PIB, par rapport à seulement 15 % aux États-Unis.
Manifestement, le gagne-pain de nombreux Canadiens dépend des échanges commerciaux et des investissements à l'extérieur du pays. En même temps, l'importance du commerce pour notre bien-être et l'ouverture relative de notre marché signifient que nous sommes plus vulnérables aux changements dans l'économie mondiale, et en particulier à ceux qui se produisent aux États-Unis, où la majorité de nos exportations sont destinées et d'où proviennent les importations et la concurrence.
Et je crois effectivement que l'économie mondiale a subi un changement considérable. D'abord, avec la fin de la guerre froide; puis, en grande partie à cause des événements tragiques du 11 septembre 2001; maintenant, en raison du fait que les questions de sécurité sont devenues la préoccupation première des États-Unis dans la plupart de leurs activités, notamment la façon de considérer leurs politiques économiques comme le libre-échange et les investissements.
Devant l'incertitude mondiale, nombre des principales économies, et particulièrement les États-Unis, se concentrent de plus de plus sur leurs propres programmes, ce qui donne lieu à la création d'obstacles aux échanges commerciaux et aux investissements mondiaux, souvent aux dépens des partenaires commerciaux. La démarche consistant à s'écarter du multilatéralisme pour se rapprocher d'enjeux plus bilatéraux et même unilatéraux, dénote en quelque sorte un renversement de la tendance à la libéralisation qui a dominé au cours des deux dernières décennies.
Étant le pays du G7 qui dépend le plus des échanges commerciaux, le Canada ne peut pas se permettre de se laisser aller dans son approche à l'égard du commerce ou des occasions de croissance internationales. Nous ne pouvons pas compter sur les États-Unis, l'Union européenne et d'autres pays pour continuer à diminuer les obstacles aux échanges en augmentant les accords ponctuels. Nous ne pouvons pas non plus présumer que la faiblesse du dollar canadien rendra nos produits et services plus concurrentiels. Le Canada et les entreprises canadiennes, dans une structure de gouvernement canadien positive, doivent prendre leur avenir en main - le statu quo n'est pas une option.
Une option pour l'avenir devrait consister à miser sur notre relation avec les États-Unis et le Mexique, grâce à l'ALENA, et à bâtir de solides relations bilatérales avec d'autres marchés clés de l'hémisphère, particulièrement les nombreux pays latino-américains.
Compte tenu du contexte mondial actuel, ce devrait être là la priorité essentielle liée au commerce pour les entreprises et le gouvernement du Canada. L'importance pour le Canada de ses partenaires nord-américains ne peut être surestimée, mais il existe pour nous une occasion particulière au Mexique, un marché auquel nous avons facilement accès, qui offre un potentiel de croissance extraordinaire.
Dans un tel contexte, permettez-moi maintenant d'aborder le Mexique et l'importance de l'ALENA.
L'ALENA en est maintenant à sa onzième année d'existence et a contribué à déclencher une explosion de la croissance des échanges commerciaux et des investissements directs en Amérique du Nord. Depuis la signature de l'accord, les exportations dans les pays de l'ALENA ont plus que doublé, atteignant plus de 650 milliards de dollars US annuellement. Les investissements étrangers directs cumulatifs dans nos trois pays ont augmenté de plus de 1,4 billion de dollars.
Les États-Unis constituaient manifestement le plus important centre d'intérêt de cet accord trilatéral, 85 % des exportations du Canada et 88 % de celles du Mexique leur étant destinées. En ce qui concerne le Canada, il est indéniable que notre économie s'est raffermie à la suite de l'intégration économique accrue. Le fait que le Canada soit le plus important partenaire commercial de 40 États américains constitue une réalisation extraordinaire. L'importance du partenariat est incontestable.
Néanmoins, l'histoire non dévoilée et croissante de la relation entre le Canada et le Mexique, un marché émergent, mais un marché maintenant intégré dans l'espace économique nord-américain, est selon moi tout aussi intéressante.
Les échanges commerciaux entre le Canada et le Mexique ont augmenté de plus de 200 % au cours des dix dernières années. Le Canada représente maintenant le deuxième marché d'exportation en importance du Mexique, après les États-Unis. Le Mexique représente le sixième marché d'exportation en importance du Canada, la moitié de ces exportations étant des articles manufacturés. Et le Canada est devenu le troisième investisseur étranger en importance au Mexique, les États-Unis étant le premier. À titre de comparaison, le Canada était en 1993 le neuvième investisseur en importance au Mexique, derrière un certain nombre de pays européens.
Ces investissements sont destinés principalement aux secteurs minier, manufacturier et financier. Dans le cas de l'Ontario, le Mexique est le troisième marché d'exportation en importance de la province après les États-Unis et le Royaume-Uni, les véhicules automobiles et les pièces pour véhicules automobiles constituant la majeure partie de ces exportations. La province représente en outre près de la moitié des exportations du Canada vers le Mexique.
Il n'y a pas si longtemps, il n'y avait qu'un ou deux vols réguliers par semaine de Toronto vers le Mexique. On compte maintenant deux vols par jour, et les avions sont invariablement entièrement réservés. De plus, il s'agit de vols à destination de Mexico, la deuxième ville en importance au monde, et non des plages mexicaines, aussi magnifiques soient-elles!
Le Mexique et le Canada ont des intérêts importants en commun, l'élaboration d'un plan énergétique continental n'étant pas le moindre. Le Mexique doit rechercher activement des investissements et les sociétés d'énergie canadiennes représentent des partenaires particulièrement intéressants. L'agroalimentaire constitue un autre secteur de croissance important, comme les télécommunications, le transport, l'éducation et les services financiers. Le Mexique est un pays spécial pour le Canada en termes d'occasions.
La Banque Scotia est maintenant propriétaire à 97 % de Scotiabank Inverlat, une banque importante au Mexique. Nous comptons plus de 400 succursales, près de 7 000 employés et un million de clients. Dans l'ensemble, au cours des dernières années, nous avons investi environ un milliard de dollars canadiens dans Inverlat et obtenons maintenant un rendement de plus de 20 % du capital investi, et nous investirons davantage. Nous estimons avoir une franchise formidable, une excellente équipe et une extraordinaire plateforme de croissance pour l'avenir.
Étant donné notre participation considérable en tant que banque canadienne au Mexique, il n'est pas étonnant que nous considérions l'Accord de libre-échange nord-américain, et la place spéciale qu'il nous confère dans nos rapports économiques avec le Mexique, comme une force déterminante pour le progrès économique dans les trois pays participant à l'accord, une force dont d'autres entreprises canadiennes devraient profiter.
L'une des plus importantes raisons d'être optimistes au sujet du Mexique, une raison qui distingue vraiment ce pays, est sa démographie. Le Mexique compte de loin la population la plus jeune en Amérique du Nord, avec un âge médian de 24 ans seulement, comparativement à 36 ans aux États-Unis et à 38 ans au Canada. Près de 60 % des Mexicains sont âgés de moins de 30 ans.
Réfléchissez au potentiel que cela représente pour l'avenir.
Au cours des prochaines décennies, on prévoit que l'expansion de la main-d'œuvre et le taux de croissance potentiel du Mexique demeureront bien au-dessus de ceux du Canada et des États-Unis.
Les jeunes gens qui arrivent sur le marché économique consomment : ils achètent des grille-pain, puis des voitures et ensuite des maisons. Ces dépenses, bien gérées, alimentent la croissance, produisant plus d'emplois, plus de projets, plus de prospérité et plus de bénéfices. Et du point de vue de la Banque Scotia, ces jeunes gens ont besoin de services bancaires, de nombreux services bancaires.
J'ai mentionné que la Banque Scotia fait directement l'expérience du potentiel de croissance qu'offre le Mexique dans le secteur des services financiers. Les marchés des services bancaires de détail évoluent rapidement, à un rythme représentant environ trois fois celui de la croissance économique, et cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les prêts hypothécaires et les prêts personnels. La Banque Scotia, une banque canadienne exerçant des activités à l'échelle locale, a consenti le tiers de tous les prêts hypothécaires à l'habitation et prêts-auto octroyés par des banques l'an dernier au Mexique. Et il existe un potentiel de croissance encore plus prononcée.
Le Mexique est un pays sous-bancarisé. Les prêts ne représentent que 20 % du PIB, comparativement à plus de 70 % aux États-Unis et près de 90 % au Canada.
L'importance du Mexique pour le marché de l'automobile nord-américain évolue également, à la fois en tant que fournisseur et en tant que consommateur. Le marché mexicain de l'automobile a doublé depuis 1990. On s'attend à ce que dans quatre ans, il égale la production maximale canadienne de 1,7 million d'unités. En réalité, il devrait dépasser les deux millions d'unités dans les quelques années à venir.
Le Mexique représente maintenant 10 % de la production globale nord-américaine de véhicules, une augmentation par rapport à 7 % au moment de l'adoption de l'ALENA. Les sociétés DaimlerChrysler et Volkswagen ont toutes deux annoncé récemment des expansions majeures de leurs activités au Mexique, mentionnant pour les justifier les débouchés et la production mexicaine élevée. Nos entreprises canadiennes réagissent également; Magna, par exemple, a maintenant une présence très importante au Mexique.
Les Mexicains travaillent avec acharnement pour bâtir, réformer et libéraliser l'économie. Ils sont dotés d'une économie qui est non seulement ouverte aux affaires, mais qui les favorise, sans parler de la situation géographique stratégique du pays en tant que porte d'entrée de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud.
Cela m'amène à aborder maintenant une autre région où le Canada et les entreprises canadiennes peuvent tirer profit d'occasions spéciales, bien que le contexte soit différent : les Caraïbes et l'Amérique centrale.
Permettez-moi de vous expliquer. Les Caraïbes et l'Amérique centrale forment une région très dynamique et diversifiée, composée de 34 pays et territoires, comptant une population d'environ 77 millions de personnes qui parlent cinq langues principales : l'anglais, l'espagnol, le français, le créole et le néerlandais. En termes de richesses, cette région comprend l'un des pays les moins développés au monde, Haïti, de même que des pays beaucoup plus prospères comme les Bahamas, la Barbade et, de plus en plus, Trinité-et-Tobago, le Costa Rica et El Salvador.
La Banque Scotia est implantée dans la région depuis 1889, année où elle a ouvert son premier bureau à Kingston, en Jamaïque, pour soutenir le commerce Nord-Sud de rhum, de sucre et de poisson.
Plus d'un siècle plus tard, elle est devenue la principale banque des Caraïbes et de l'Amérique centrale, exerçant des activités dans 25 pays et ayant au moins deux fois la taille de toute autre banque de la région.
Nous comptons près de 7 500 employés, qui servent plus de deux millions de clients, et près de 300 succursales. Le service que nous offrons aux collectivités des Caraïbes et de l'Amérique centrale partout au Canada connaît également un formidable succès. Ici à Toronto, en particulier, un très grand nombre de personnes ont des racines dans la région. Il s'agit donc d'une belle histoire de réussite pour notre banque et c'est pourquoi nous considérons la région comme extrêmement importante pour nous et pour nos entreprises canadiennes.
Et pour les États-Unis, cette région devient un centre d'intérêt de plus en plus important, non seulement en raison des échanges commerciaux, mais également pour des raisons de sécurité. À peu près comme les inquiétudes en matière de sécurité des États-Unis, qui les ont amenés à examiner soigneusement leurs frontières avec le Canada et le Mexique, ils ont déterminé une «troisième frontière» : les Caraïbes.
Pour étudier la question, l'actuel gouvernement des États-Unis a élaboré le projet Troisième frontière, un ensemble de programmes axés sur la croissance économique, la santé, l'éducation, l'application de la loi et la coopération dans les Caraïbes.
Selon moi, le projet Troisième frontière est important parce qu'il prouve que les États-Unis sont conscients de la nécessité de développement et de stabilité accrus des Caraïbes, non seulement en tant que nette priorité dans le contexte des défis cruciaux en matière de sécurité, mais également dans le cadre de l'intégration économique croissante partout en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Ce sont tous là des éléments qui mettent en évidence le potentiel de croissance à long terme de la région, un potentiel que le Canada et les entreprises canadiennes doivent saisir et sur lequel ils ne doivent pas fermer les yeux.
Pour conclure, je crois qu'il existe de solides occasions de croissance pour le Canada et les entreprises canadiennes au Mexique, dans les Caraïbes et en Amérique centrale. Au Mexique, ces occasions trouvent leur source dans l'ALENA, compte tenu du succès de l'accord au cours des dix dernières années et compte tenu du potentiel qu'il représente encore. Dans les Caraïbes et en Amérique centrale, grâce à des accords bilatéraux, au soutien institutionnel et aux investissements et échanges commerciaux, le potentiel repose sur l'importance stratégique croissante de la région, en partie soutenue par la stabilité qu'offre le projet américain Troisième frontière.
En même temps, nous pouvons, en tant que chefs d'entreprise et entrepreneurs, jouer un rôle important. La croissance économique du Canada, la maturité de notre marché et la mondialisation du milieu dans lequel nous évoluons exigent que nous nous efforcions tous de trouver des moyens de croître davantage. Je recommande personnellement aux dirigeants des entreprises canadiennes de se tourner vers cet hémisphère : le Mexique, les Caraïbes et l'Amérique centrale. Il est tout près, les Canadiens y sont les bienvenus, et nous possédons les produits et les compétences dont ces pays ont besoin.
Mesdames et messieurs, merci de votre attention.
|