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Perspectives économiques pour 2009

Le bulletin InterAction, une publication rédigée par la division Transactions bancaires mondiales de la Banque Scotia, a rencontré Warren Jestin, premier vice-président et économiste en chef à la Banque Scotia, pour en savoir plus sur l'actuelle volatilité des marchés, sur ce qu'implique la restructuration des systèmes financiers américains et européens et sur ce qui attend l'économie canadienne.

InterAction (IA) : Comment la détérioration de l’activité économique mondiale se répercute-t-elle sur le Canada?

Warren Jestin (WJ) : Depuis l’été dernier, l’économie canadienne se détériore fortement, la combinaison du brusque recul de l’activité économique américaine et de la forte baisse des marchés des produits de base ayant nui aux ventes à l’exportation, aux bénéfices et à l’emploi. Bien que la situation financière des ménages canadiens soit meilleure que celle de leurs homologues américains, l’accentuation des inquiétudes relatives aux perspectives économiques pèse sur les achats d’articles de prestige. Le marché canadien de l’habitation s’assouplit dans de nombreuses régions du pays, les prix affichant des reculs sur 12 mois pour la première fois depuis 1998. Comme la croissance mondiale devrait reculer encore davantage au cours du premier semestre 2009 dans les pays développés et émergents, les conditions économiques resteront difficiles au Canada dans les mois à venir.

Cela dit, notre économie continuera à mieux se porter que l’économie américaine, car nos fondamentaux financiers et budgétaires sont bien meilleurs que ceux de nos voisins. Les institutions financières canadiennes figurent parmi les plus solides du monde, et nos ménages sont moins endettés tout en disposant d’un plus grand avoir propre foncier. Le vaste engagement à long terme des gouvernements canadiens visant à adopter des budgets équilibrés constitue également un avantage stratégique important. En effet, les décideurs canadiens bénéficient d’une plus grande marge de manoeuvre pour adopter des mesures de relance économique sans compromettre la santé budgétaire à long terme.

IA : Les mesures prises par les banques centrales et les gouvernements sont-elles efficaces?

WJ : La Réserve fédérale américaine, la Banque du Canada, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et d’autres banques centrales prennent des mesures sans précédent en vue de soutenir les systèmes financiers et de débloquer les marchés du crédit. De nombreuses banques centrales abaissent leur taux directeur à des creux historiques, la Réserve fédérale ayant pratiquement adopté une politique de taux d’intérêt nul pour son taux du financement à un jour. Les gouvernements américain et européens prennent également position dans certaines de leurs principales institutions financières, leur fournissant du capital en vue d’accroître la confiance des investisseurs. Bien que ces mesures extraordinaires contribuent à stabiliser les marchés, il faudra beaucoup de temps pour rétablir la confiance des investisseurs, des entreprises et des consommateurs, en particulier maintenant que le recul des ventes et le désendettement financier réduisent les bénéfices et entraînent de nombreuses mises à pied.

IA : Pensez-vous que nous entrerons en récession?

WJ : D’après le National Bureau of Economic Research, les États-Unis sont entrés en récession il y a un an. Les gouvernements européens et japonais reconnaissent que leur économie est aussi en récession. Malgré ses avantages financiers et budgétaires, le Canada n’échappera pas à la tendance. Notre économie faiblit considérablement depuis septembre, et elle connaîtra probablement un recul de la production au cours du premier semestre 2009.

À l’échelle régionale, les solides fondamentaux budgétaires et les projets relatifs aux infrastructures publiques apporteront un soutien dans l’Ouest canadien. Terre-Neuve affichera le meilleur rendement global des provinces de l’Atlantique, même si les conditions économiques commencent déjà à se dégrader. Le centre du pays, l’Ontario surtout, sera le plus durement touché du fait de l’importance de la fabrication – en particulier du secteur de l’automobile – et de la forte orientation des exportateurs vers le marché américain.

IA : Selon vous, combien de temps cette période d’ajustement durera-t-elle?

WJ : Au Canada et dans d’autres pays, on se souviendra longtemps de ce recul économique pour sa durée et son intensité. Mesurée d’après la production, les ventes et l’emploi, cette période de recul de l’activité économique devrait durer près d’un an, et j’estime que nous n’en sommes pas encore à la moitié. La phase de reprise, c’est-à-dire quand la croissance reprend mais que les conditions restent inégales et incertaines, devrait s’étendre sur le premier semestre 2010.

D’ici là, la situation des marchés des capitaux devrait être bien meilleure, car les investisseurs reprendront confiance dans les perspectives. Malgré cela, les investisseurs seront vraisemblablement confrontés quotidiennement à la volatilité des actions, des obligations et des marchés des changes. Durant cette période, je m’attends à ce que les gouvernements procèdent à une déréglementation importante des institutions financières, tant à l’échelle nationale que mondiale. Le fonctionnement du système financier mondial sera modifié dans les années à venir, à mesure que les organismes de réglementation ajusteront leurs besoins en capital et arriveront à mieux maîtriser les pratiques en matière de risque.

IA : Quel est le rôle de la demande de produits de base canadiens dans les marchés en croissance comme l’Asie?

WJ : Les prix des ressources chutent brusquement, car des puissances émergentes comme la Chine – qui constituent un élément moteur des marchés des produits de base – connaissent un important et soudain ralentissement des exportations et de la demande. Quand ces économies reprendront du poil de la bête, ce qui ne devrait pas se produire avant 2010, le Canada, pays riche en ressources dans un monde où elles sont rares, retrouvera son avantage. Profitez des bas prix de l’essence car, dès que la croissance mondiale reprendra, les prix de l’énergie et de nombreux autres produits de base augmenteront fortement.

IA : Quels secteurs de l’économie canadienne seront les plus durement touchés en 2009?

WJ : Malgré les récentes difficultés du huard, les exportateurs connaîtront des temps très difficiles durant le premier semestre 2009. Les secteurs du tourisme et des services qui font partie de réseaux mondiaux d’affaires souffriront aussi du recul des marchés et des pressions sur le bénéfice net. La hausse du taux de chômage retardera inévitablement l’achat d’articles de prestige, en particulier les automobiles. Dans le secteur résidentiel, la construction et les ventes diminuent déjà, mais la rénovation devrait mieux résister.

Le recul de la demande fera baisser les prix et augmentera le pouvoir de négociation des consommateurs qui continuent d’acheter. Parallèlement, les investisseurs ayant un horizon de placement à long terme et une bonne tolérance au risque trouveront d’excellentes valorisations. Les taux d’intérêt devraient également diminuer davantage dans les mois à venir. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les emprunteurs, mais non pour les investisseurs en quête d’un revenu fixe.

IA : Comment le dollar canadien se portera-t-il en 2009?

WJ : Les fondamentaux à long terme sont positifs pour le dollar canadien et négatifs pour le dollar US. Même si nos gouvernements enregistrent un déficit dans les mois à venir, notre situation budgétaire figure parmi les plus solides du monde, et notre système financier fait l’envie de nombreux pays. Le Canada continuera d’afficher un excédent commercial, en raison surtout des ventes de produits de base. Tous ces avantages seront renforcés quand l’économie mondiale s’améliorera après 2009.

Par ailleurs, les États-Unis enregistreront des déficits budgétaires qui s’établiront en moyenne à 1 billion de dollars ou plus au cours des deux prochaines années. Du fait de leur forte dépendance envers les importations de produits de base, les États-Unis accusent d’importants déficits commerciaux. Ces doubles déficits chroniques constituent un risque à long terme pour le dollar US par rapport à d’autres grandes monnaies, en particulier si les investisseurs mondiaux optent pour une meilleure diversification et réduisent la forte surpondération des actifs américains au sein de leur portefeuille.

Pour l’instant, toutefois, en raison de la recherche de placements sûrs, le rendement des bons du Trésor américain à court terme est presque nul et celui des titres à plus long terme touche un creux historique. Cette tendance soutient le dollar US par rapport à de nombreuses autres monnaies. Parallèlement, la chute des prix des produits de base et l’affaiblissement de la situation budgétaire font fluctuer le huard, qui s’établit à environ 80 cents (US). Je m’attends à ce que notre monnaie continue à fluctuer de façon erratique dans les mois à venir, au-dessus et en dessous de ce seuil. Le huard ne devrait pas revenir durablement au-delà de 90 cents (US) avant que les fondamentaux à long terme positifs pour le Canada – et négatifs pour les États-Unis – ne commencent à influer sur les décisions de placement après 2009.

IA : Que se passe-t-il avec la croissance économique en Chine et en Inde? Qu’est-ce que cela implique pour le Canada?

WJ : Au cours des 12 prochains mois, nous nous attendons à ce que la croissance passe de plus de 11 % à 7 % en Chine et à ce qu’elle tombe en dessous de 6 % en Inde. Comme je l’ai déjà mentionné, le ralentissement de ces économies aura un effet considérable sur la demande de produits de base du Canada et sur le prix de ces derniers. Nous estimons toujours que les fondamentaux de ces puissantes économies et leur avantage concurrentiel sur les marchés mondiaux leur permettront de conserver leur titre de chefs de file de la croissance mondiale. Que la conjoncture soit bonne ou mauvaise, nous nous attendons aussi à ce que de nombreux autres pays émergents surclassent fortement les pays développés, soit ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe ainsi que le Japon.

IA : Comment résumeriez-vous la situation globale du Canada au sein de l’économie mondiale?

WJ : En comparaison, notre situation économique est bien meilleure que celle de la plupart des autres pays. Dans un an, les économies canadienne et mondiale devraient avoir amorcé une reprise. Cette dernière ne sera peut-être pas aussi rapide que prévu, car les États-Unis éprouveront toujours des difficultés et les marchés des capitaux mondiaux resteront volatils. Néanmoins, pour le citoyen moyen et les investisseurs, le retour à une période de récupération et d’expansion économiques sera très apprécié.

De toute évidence, les entreprises et les consommateurs doivent se montrer prudents dans les mois à venir, mais le scepticisme extrême qui est à l’origine de terribles prévisions pour notre économie et notre marché des capitaux n’est pas justifié. L’important, c’est de faire preuve de prudence en ce qui a trait à vos finances et à votre gestion économique, car c’est la meilleure façon de résister à cette tempête particulière.





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