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Janvier 2009
Fred Ketchen : Bonjour et bienvenue à notre balado présenté par la Banque Scotia. Je suis Fred Ketchen, directeur des opérations sur actions chez ScotiaMcLeod. Au cours de cette série de balados, j'aurai l'occasion de m'entretenir avec des experts de la Banque Scotia qui vous prodigueront de judicieux conseils pour vous permettre de tirer le meilleur parti de vos finances personnelles. Nous discuterons également de stratégies pour vous aider à aller de l'avant financièrement.
Dans cet épisode, je reçois l'économiste en chef de la Banque Scotia, M. Warren Jestin. Il passera en revue les faits marquants de l'actualité économique mondiale en 2008. Nous verrons notamment comment le repli de l'économie s'est amorcé, les secteurs particuliers qui ont été touchés et les mesures mises en place pour stabiliser et stimuler l'économie.
Warren, l'année 2008 ne s'est pas du tout terminée comme elle avait commencé, et nous faisons maintenant face à ce que certains qualifient de pire ralentissement économique depuis la Grande dépression. Quels sont les principaux événements qui ont mené à la situation qui prévaut actuellement à l'échelle mondiale?
Warren Jestin : Tout d'abord, l'année dernière fut vraiment en dents de scie. Et si vous avez fait le plein d'essence, vous voyez ce que je veux dire. À un moment donné, le litre d'essence se vendait environ 1,40 $ et vers la fin de l'année, il coûtait presque deux fois moins cher. Vous saviez alors que des changements très importants s'opéraient. Au début de l'année, cela semblait un problème du marché de l'habitation aux États-Unis qui affectait grandement les banques américaines. Au Canada, la situation était toujours au beau fixe. Au printemps, le Canada se tirait toujours très bien d'affaires, mais le Royaume-Uni, l'Europe et le Japon montraient des signes de faiblesse. Et plus l'été avançait, les prix du pétrole ont commencé à dégringoler alors que l'économie de pays comme la Chine et l'Inde se repliait. Cela a eu des répercussions importantes pour le Canada. Puisque nous sommes producteurs de produits de base et que les principaux acheteurs de ces produits à l'étranger ont commencé à éprouver des difficultés économiques, le prix des marchandises ainsi que la demande pour ces derniers ont fléchi. C'est alors que le Canada s'est retrouvé au cœur de la tourmente. Nous avons été frappés par le ralentissement économique mondial car le moteur de notre économie, l'exportation de produits de base, a commencé à tourner au ralenti. Au Canada, à la fin de l'année, la demande des consommateurs demeurait relativement forte avec une situation bien meilleure que chez nos voisins du Sud. Le marché de l'habitation se portait aussi beaucoup mieux ici. Mais vers la fin de décembre et début de janvier, même ces secteurs ont commencé à s'affaisser. À l'échelle mondiale, les gouvernements et les autorités monétaires ont adopté de nombreuses mesures pour raviver l'économie à l'échelle mondiale. Les réductions importantes des taux d'intérêt et des impôts ainsi que l'accroissement des dépenses mis en œuvre aux États-Unis contribueront à stabiliser la situation. Il reste que, fondamentalement, nous avons vu un très, très gros changement de ce qui sous-tend l'économie mondiale. Auparavant, ce sont les habitudes d'achat à crédit des consommateurs américains qui soutenaient l'économie américaine. Mais ces habitudes ont désormais changé. Les consommateurs commencent maintenant par épargner avant de faire des achats, ce qui a eu pour effet de miner la croissance et entraînera sans doute une période d'adaptation de l'économie.
F.K.: On disait autrefois que «lorsque les États-Unis éternuent, la Canada attrape un rhume». Cette fois-ci, est-ce que certains signes laissent présager que nous traverserons mieux la tempête que nos voisins du Sud?
W.J.: Je crois que nous nous sommes mieux tirés d'affaire jusqu'à présent et que la situation restera ainsi. Notre système financier est beaucoup plus solide que celui des États-Unis. D'ailleurs, nos banques se classent au premier rang mondial en matière de stabilité financière. Qui plus est, nos gouvernements ont inscrit des surplus au cours des années, alors que l'administration américaine a, évidemment, accumulé les méga déficits. Nos finances publiques sont donc en bien meilleure posture. Enfin, les ménages canadiens se trouvent aussi dans une position plus favorable. Alors que les ménages américains empruntaient sur la valeur de leur résidence pour financer leurs dépenses à la consommation, les propriétaires canadiens veillaient plutôt à accroître la valeur de leur demeure. En examinant ces données fondamentales, on constate que la situation sera plus solide. Cependant, nous vivons dans une économie ouverte, nous exportons des produits. Il est donc inévitable que certains événements qui surviennent à l'étranger aient des répercussions ici. C'est ce qui se passe dans les secteurs de l'automobile et de l'acier ainsi que dans diverses autres sphères d'activité. Je crois cependant qu'au fil de 2009, et plus particulièrement durant le premier semestre, d'autres problèmes économiques mondiaux auront des répercussions au Canada, entraînant des mises à pied et d'autres conséquences sur l'emploi.
F.K.: Les marchés boursiers mondiaux ont affiché une volatilité sans précédent au cours des derniers mois. Qu'est-ce qui, selon vous, a été le plus durement touché?
W.J.: Ce qui est vraiment particulier dans cette phase baissière, c'est la simultanéité des événements. Toutes les grandes économies industrialisées sont tombées en récession. La plupart des grands secteurs de l'économie mondiale ont éprouvé des difficultés. La situation ne touche pas seulement le secteur manufacturier, même si celui-ci a été durement frappé en Europe et aux États-Unis, mais aussi de nombreux autres secteurs d'activité. Cependant, la stabilité que connaîtront le Canada et certains autres pays tient du fait que le secteur hospitalier, les établissements d'enseignement et l'appareil gouvernemental procureront beaucoup plus de stabilité. Notre économie est axée sur les services, et c'est pourquoi le recul de l'économie a surtout affecté les secteurs plus cycliques misant sur les exportations.
F.K.: Quels sont les effets de cette situation non seulement sur les particuliers investisseurs mais aussi sur les Canadiens.
W.J.: Pour ce qui est des investisseurs, l'heure est vraiment à la prudence. Les marchés boursiers se sont littéralement affaissés et, à mon avis, ils devraient demeurer volatils durant la majeure partie de 2009, même si la tendance semble plus positive. Les taux d'intérêt ont aussi considérablement baissé. Donc, si vous voulez placer votre argent dans des instruments financiers moins risqués, vous obtiendrez un taux de rendement peu élevé. L'investisseur moyen aura donc beaucoup plus de difficulté à obtenir le rendement dont il aura besoin pour épargner en vue de sa retraite ou pour d'autres projets. Les consommateurs pourront cependant profiter de bonnes occasions, car les commerces offrent des réductions très appréciables. Vous savez que le prix du pétrole a beaucoup baissé. Le marché est fondamentalement favorable aux acheteurs. Toutefois, si vous êtes en affaires et que vous devez baisser vos prix, parce que le contexte favorise les acheteurs et non pas les vendeurs, vos profits diminuent. Cela pourrait compromettre vos projets d'expansion cette année et même vous obliger à supprimer des emplois. Les différentes facettes de l'économie sont touchées de diverses façons, mais une chose est certaine, voire même évidente : la conjoncture économique a changé drastiquement au cours de la dernière année, et nous traverserons vraisemblablement une période de transition et de difficultés économiques, à mon avis, durant la majeure partie de 2009.
F.K.: Nous entendons parler des différentes mesures mises en place par les gouvernements et les banques centrales pour stabiliser et stimuler l'économie. Pouvez-vous nous expliquer ce que les décideurs tentent réellement de faire?
W.J.: Dans de nombreux pays, les mesures de stimulation économique mises en place sont imposantes, surtout aux États-Unis, où le déficit pourrait bien atteindre un billion de dollars au cours de la prochaine année environ, ce qui est bien supérieur au 500 milliards prévus - un niveau déjà très élevé. En Europe notamment, la hausse des dépenses, le lancement de projets d'infrastructures et la réduction importante des taux d'intérêt devraient contribuer à stabiliser certains secteurs et freiner le déclin. Au Canada, nous nous trouvons dans une position plutôt unique, ayant accumulé de solides surplus au cours des dernières années. Ainsi, contrairement au gouvernement américain qui doit recourir au crédit pour régler ses problèmes, nous utilisons nos surplus accumulés au fil des bonnes années pour donner un coup de fouet à notre économie. Je crois que nous verrons les gouvernements, tant au niveau fédéral que provincial, annoncer des mesures de soutien importantes. Du même coup, la Banque du Canada abaisse les taux d'intérêt, ce qui a pour effet de donner un peu de répit aux emprunteurs.
F.K.: J'ai passé en revue des statistiques d'il y a un an que j'avais notées. Le dollar canadien était légèrement supérieur au dollar américain, sinon à parité, avant de terminer l'année avec un recul d'environ 20 pour cent. La valeur de notre monnaie a beaucoup fluctuée en 2008. Qu'est-ce qui explique ces grands écarts?
W.J.: Disons que l'évolution en dents de scie du huard est à l'image des soubresauts de l'économie, et surtout des marchés des produits de base. De fait, l'an dernier notre monnaie a atteint un creux d'aussi peu que 77 ¢ et un sommet légèrement supérieur à 1,02 $. Or, l'écart était tout aussi important l'an dernier ainsi que l'année précédente. Nous nous sommes habitués à ce que le dollar canadien soit plus volatil qu'auparavant. Mais deux facteurs ont une réelle influence sur notre monnaie. Tout d'abord, les investisseurs du monde entier sont inquiets face à la situation qui prévaut et ils recherchent la sécurité et la liquidité. Ils se sont tournés vers les bons du Trésor américains, ce qui a eu pour effet de plomber leurs taux d'intérêt et de malmener notre dollar, les titres canadiens n'ayant pas la faveur des investisseurs. Mais c'est l'effondrement des prix des produits de base, intimement liés à la performance du dollar canadien, qui a vraiment fait chuter la valeur du huard récemment. Les prix du pétrole et de certains autres métaux industriels ont chuté drastiquement, ce qui a eu des répercussions sur le dollar canadien. Les revenus tirés de ces produits auparavant qui avaient accru la demande pour notre dollar, lui permettant ainsi de s'apprécier, sont maintenant beaucoup moins importants et, par conséquent, privent le dollar canadien de ce qui lui permettait de se maintenir à un niveau plus élevé.
F.K.: Merci Warren pour ce survol de l'actualité économique mondiale en 2008. Vous avez certainement réussi à me rassurer. J'espère que cet entretien a pu aider nos auditeurs à mieux comprendre les enjeux qui font les manchettes et leur incidence sur l'économie canadienne.
Merci de votre présence. Ici Fred Ketchen. Pour de plus amples renseignements, n'hésitez pas à passer à la succursale de la Banque Scotia ou de ScotiaMcLeod la plus près. Nous serons heureux de vous aider à tirer le maximum de vos avoirs.
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