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Perspectives économiques 2009

Février 2009

Fred Ketchen : Bienvenue à ce balado de la Banque Scotia. Je suis Fred Ketchen, directeur de la négociation d'actions pour ScotiaMcLeod. Ces balados produits à intervalles réguliers font appel aux experts les plus réputés de la Banque Scotia pour vous aider à faire valoir vos avoirs. Ici, nous discuterons de stratégies conçues pour la maîtrise de votre situation financière.

Dans l'épisode d'aujourd'hui, Warren Jestin, l'économiste en chef de la Banque Scotia, abordera avec moi divers sujets reliés à l'avenir de l'économie canadienne, y compris les effets du ralentissement économique aux États-Unis, les prix des produits de base et les mesures prises pour stimuler l'économie.

Warren, dans un épisode précédent, vous avez aidé les auditeurs à mieux comprendre ce qui s'est passé en 2008. Pensez-vous que la situation des marchés financiers et de l'économie se dégradera davantage avant de s'améliorer?

Warren Jestin : Eh bien, à l'extérieur du Canada, il est évident que le recul du marché immobilier résidentiel des États-Unis est loin d'être terminé. Les stocks sont élevés et les mises à pied se multiplient. Les revenus sont serrés et je crois que nous assisterons au plus fort de la crise américaine durant le premier semestre de cette année. Lorsque nous pensons à l'automne 2009 et au début de 2010, nous verrons peut-être un début de reprise mais celle-ci sera lente par rapport aux crises antérieures car l'habitude d'emprunter pour acheter, qui alimentait les dépenses de consommation aux États-Unis s'est arrêtée. En fait, les consommateurs doivent gagner et économiser de l'argent avant de le dépenser. Cela constitue un frein réel sur l'économie et les consommateurs ne sont plus le principal moteur de celle-ci. Aussi, les conditions économiques en Europe et au Japon continuent de se détériorer, de même qu'en Chine et en Inde, des pays qui affichaient pourtant une croissance rapide. Nous assistons donc à une décélération de l'activité économique qui est très rapide. Donc, à l'échelle mondiale, 2009 sera peut-être une année de récession dans les principaux pays développés ou une période de croissance beaucoup plus lente dans les pays émergents. Cette situation se répercute aussi au Canada. Toutefois, notre pays dispose de plusieurs atouts pour atténuer les effets de cette crise. Le ralentissement sera donc moins prononcé qu'aux États-Unis. La solidité du système bancaire, des bilans des ménages et des gouvernements, ainsi que la capacité des gouvernements d'intervenir pour relancer l'économie sans emprunter massivement, sont autant d'éléments positifs. Il y aura des déficits, mais ceux-ci permettront d'adoucir la situation. En fait, 2009 sera une année de déclin économique et non pas de reprise. Nous verrons une croissance un peu plus forte vers le second semestre de 2009 et certainement une meilleure reprise en 2010. Mais, pour le premier semestre ou les neuf premiers mois de cette année, la situation sera difficile pour le Canada et le reste de l'économie mondiale.

F.K.: En 2008, nous avons assisté à la propagation du ralentissement économique américain et des difficultés financières à l'échelle mondiale. Est-ce que nous devons nous attendre à la même chose en 2009?

W.J.: Je pense que les marchés financiers seront très agités et inciteront donc les investisseurs à la prudence. Les marchés boursiers ont commencé 2009 en meilleure position mais, au cours de l'année, nous pourrions connaître plusieurs événements qui seront des sources de préoccupations. Des événements soudains que nous n'avons pas prévus, comme ceux de l'an dernier qui ont ébranlé les institutions financières et le secteur des placements aux États-Unis. Donc, le premier semestre de cette année sera marqué par l'inattendu et beaucoup de volatilité. Sur les marchés obligataires et les marchés connexes, les taux d'intérêt ont tellement diminué depuis l'an dernier qu'il y a un risque que les rendements à plus long terme se redressent et cela rend soucieux les investisseurs obligataires. Pour le cours du change, nous voyons depuis trois ans que le dollar canadien est passé de sommets à des creux par plus de 10 cents. Il s'agit là de fluctuations importantes et sans précédent. Est-ce que cette situation se répétera cette année? Eh bien, actuellement le dollar se trouve dans une fourchette un peu au-dessus de 80 cents. Je ne serais donc pas surpris d'une fluctuation d'au moins 10 cents cette année. Soit, de 75 cents à 85 cents et un peu au-dessus de 85 cents durant l'année.

F.K.:  Les prix des produits de base ont chuté dans presque tous les segments en 2008 et cela a eu un effet important sur les marchés boursiers canadiens. Est-que nous pouvons espérer une remontée en 2009 ?

W.J.:  Je crois que les marchés des produits de base ont perdu trop de valeur et trop vite. Il y a encore de la croissance dans l'économie mondiale. Ce n'est donc plus une croissance de 5 pour cent, le chiffre serait maintenant plutôt de 1,5 pour cent. Mais le mot croissance est l'élément important de cet énoncé. Ainsi, le pétrole dont le prix a été déprimé alors que nous sommes entrés en 2009 devrait être un produit de base plus stable que par le passé. Je pense que les métaux industriels seront assez vulnérables mais il y a certaines exceptions. Par exemple, les prix de la potasse et de l'uranium se sont maintenus et je crois que de nombreux rajustements de prix des produits de base sont maintenant derrière nous. Cependant, c'est la demande qui influe sur les prix des produits de base et, pour la majeure partie de cette année, la demande sera très modeste. Quand verrons-nous un redressement des prix des produits de base? Encore là, nous avons besoin d'une reprise économique et c'est là un sujet dont nous parlerons durant l'automne et l'hiver, mais non pas durant l'hiver de cette année et au printemps.

F.K.:  En 2008, Warren, les gouvernements et les banques centrales ont pris diverses mesures pour stabiliser les marchés du crédit et stimuler l'économie mondiale. Verrons-nous d'autres interventions des gouvernements et des banques centrales pour atténuer le resserrement actuel des conditions financières et relancer l'économie en 2009?

W.J.: Je crois sans aucun doute, qu'à l'échelle mondiale, nous assisterons à un effort massif pour ranimer l'économie. Le président Obama a déjà indiqué qu'il tentera de soumettre et de faire adopter un impressionnant plan de relance pour aider l'économie américaine. De plus, les taux d'intérêt ont été réduits par la banque centrale américaine à des niveaux proches de zéro, du moins pour les taux à court terme. Cela est sans précédent. Donc, l'ampleur des mesures de relance économique est réellement extraordinaire. Au Canada, les mesures de relance ne sont pas aussi énormes en raison de la meilleure situation des marchés financiers et de l'économie. Jusqu'ici, il y a eu des taux d'intérêt moins élevés et des dépenses accrues des gouvernements faites de meilleures façons, je crois, qu'aux É.-U. Mais, à terme, le gouvernement fédéral et les provinces seront beaucoup plus proactifs. J'espère que l'argent sera dépensé sur des projets qui amélioreront la productivité à long terme, comme la formation professionnelle et les infrastructures. S'il y a des modifications fiscales, celles-ci doivent éventuellement nous rendre plus concurrentiels. Nous ne voulons pas suivre l'exemple américain de l'an dernier où le gouvernement envoyait un chèque à chaque Américain en mai, juin et juillet. Or, quand ces chèques n'ont pas été renouvelés en septembre, octobre et novembre, la relance de l'économie s'est éclipsée et les É.-U. ont renoué avec un recul marqué de l'économie.

F.K.:  Je suis un éternel optimiste et je recherche des signes positifs dans la tourmente. Est-ce qu'il y a de bonnes nouvelles quelque part?

W.J.: Oh, je crois qu'il y a beaucoup de bonnes nouvelles et d'occasions intéressantes. Je crois qu'il y aura beaucoup de restructurations d'entreprises durant ce marasme économique. Les évaluations des titres boursiers ont fortement diminué. Il s'agit donc de trouver ces occasions, ces placements qui ont de la résistance. Il faut donc investir dans quelque chose qui a un potentiel à plus long terme, soit des entreprises et des secteurs qui ont une envergure mondiale et qui profiteront à long terme de la reprise de croissance économique mondiale. Les marchés des produits de base seront en cela favorisés. Aussi, notre secteur manufacturier n'est pas sur le point de disparaître. En fait, nous avons plusieurs entreprises concurrentielles à l'échelle mondiale et ce qui se passera cette année et l'an prochain les incitera à délaisser le marché américain et à chercher des occasions dans d'autres pays. La Banque Scotia est un bon exemple de cela. Nous sommes la banque la plus internationale du Canada et nous sommes actifs à l'échelle mondiale depuis longtemps. Selon moi, c'est cette stratégie gagnante qui assurera la croissance des entreprises au-delà de 2009.

F.K.:  Eh bien, je vous remercie Warren pour vos vues sur l'économie et sur ce qui nous attend en 2009. Vous me rendez un peu plus confiant et j'espère que cette discussion a aidé nos auditeurs à mieux comprendre l'année à venir et à s'y préparer.

Je vous remercie de vous être joints à nous. Je suis Fred Ketchen. Pour plus d'informations, veuillez passer à votre succursale Scotia ou ScotiaMcLeod. Nous vous aiderons à faire valoir vos avoirs.



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