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Balado n° 14

Perspectives mondiales – Le changement dans la continuité

Traduction de l'entrevue que Fred Ketchen a réalisé avec Warren Jestin

Fred Ketchen : Bonjour et bienvenue à notre balado Trouver l'argent. Je suis Fred Ketchen, directeur des opérations sur actions chez Scotia Capitaux. Au cours de nos balados mensuels, j'aurai l'occasion de m'entretenir avec des experts de la Banque Scotia qui vous prodigueront de judicieux conseils pour vous permettre de tirer le meilleur parti de vos finances personnelles. Nous discuterons également de stratégies pour vous aider à aller de l'avant financièrement.

Dans ce balado, nous discuterons de la dernière analyse publiée par le service Études économiques de la Banque Scotia au sujet des perspectives mondiales. Cette analyse fait état d’un certain changement dans la continuité. Nous avons à nos côtés M. Warren Jestin, vice-président principal et économiste en chef de la Banque Scotia. M. Jestin, nous parlions récemment de l’importance de plus en plus marquée du virage vert et de ses répercussions concernant l’économie mondiale. Quels sont les développements liés aux secteurs économiques ou financiers qui se dégagent maintenant de votre analyse?

Warren Jestin : Notre analyse souligne qu’en bien des cas, les choses se déroulent dans le monde de la même façon qu’au cours des deux dernières années; l’Asie connaît une excellente croissance, les États-Unis ont tout récemment connu un ralentissement et le taux d’inflation a légèrement progressé, mais celui-ci demeure relativement faible. En même temps, les marchés ont connu passablement d’agitation au mois d’août et c’est évident que nous voyons dorénavant certaines choses sous un angle différent.

Fred Ketchen : Les récents développements concernant le marché des prêts hypothécaires à haut risque aux États-Unis ont visiblement ébranlé la confiance des investisseurs. D’après vous, cela va-t-il considérablement affaiblir l’économie américaine et par conséquent, les économies mondiales?

Warren Jestin : Au printemps, les États-Unis étaient déjà au ralenti et nous savions que le marché de l’habitation était en train de subir une correction relativement importante. Ce que l’affaissement du marché des prêts hypothécaires à haut risque a eu pour effet, c’est d’accélérer la chute de l’industrie de l’habitation aux États-Unis, ainsi que de rendre les consommateurs américains plus prudents. Donc je pense que cela se traduira par des changements dans les ventes d’automobiles et de toutes sortes d’autres articles à prix élevés. Et en raison de l’agitation qui a marqué le mois d’août, je pense que le quatrième trimestre de 2007 et le premier trimestre de 2008 seront probablement beaucoup plus lents.

Cette situation a évidemment des répercussions sur d’autres pays… surtout en Europe et au Japon, qui ont aussi été touchés, mais pas autant. Toutefois, il est intéressant de noter un recul est très, très net concernant les principales économies industrielles. D’autres reculs se sont déjà produits auparavant en Asie ou au Mexique, en Amérique latine et dans d’autres régions semblables. Mais dans ce cas précis, la faille réside très, très nettement dans les économies du G7. Et voilà ce qui est un peu différent.

Fred Ketchen : Les dirigeants des banques centrales ont donc été très, très occupés… mais peut-on savoir si les gestes qu’ils ont posés pour redonner confiance aux investisseurs dans les marchés financiers ont donné des résultats?

Warren Jestin : Je pense que les banques centrales ont agi de façon très concertée pour chercher à calmer les marchés. Cependant, la réalité est que le mois d’août a quand même été le théâtre de beaucoup de volatilité. Certains jours sont empreints de nervosité et les marchés assistent à des chutes prononcées. D’autres journées font l’objet de solides reprises. Il y a des limites à ce que les banques centrales peuvent faire. Je veux dire qu’une fois que le vent a tourné, et il a l’habitude le faire, les consommateurs évoluent et leur mentalité aussi. L’inflation s’est situé légèrement au-dessus du taux cible à certains endroits et je pense que les banques centrales ont cherché à s’adapter à la situation. Par exemple, en Europe, la tendance a été de hausser les taux d’intérêt. Aux États-Unis, l’on s’attendait à ce que la Réserve fédérale américaine hausse les taux d’intérêt et au Canada, l’on prévoyait un scénario semblable de la part de la Banque du Canada. Toutefois, je pense que l’Amérique du Nord évolue dans un différent type d’environnement. Il y a moins d’inquiétudes relatives à l’inflation parce qu’au fur et à mesure que l’économie ralentit, la poussée inflationniste s’atténue. Mais en même temps, si l’on se rappelle ce qui s’est produit en août, la volatilité ambiante a eu l’effet de faire réfléchir les banques centrales, qui ont revu leurs politiques et les implications de ces dernières. Donc je prévois que les prochains changements que la Réserve fédérale apportera seront probablement des baisses de taux d’intérêt. Et pour ce qui est la Banque du Canada, alors que tout semblait indiquer au début de l’année qu’elle procéderait à une hausse de taux, je pense qu’elle va patienter et voir comment se comportera l’économie durant l’automne et au début de l’hiver avant de décider quoi que ce soit.

Fred Ketchen : Voilà qui est intéressant.

Warren Jestin : Certaines choses restent comme avant; nous sommes toujours confiants qu’avec le temps, le dollar canadien va s’apprécier et que le dollar américain va faiblir face à d’autres devises. Cette situation est attribuable au fait que États-Unis ont des problèmes liés à leur situation commerciale et fiscale et aussi en raison qu’à long terme, la demande pour les matières premières sera très forte, ce qui sont de bonnes nouvelles pour le Canada.

Cependant, le dollar canadien reste quand même influençable. Il n’y a pas si longtemps, les gens parlaient de sa parité imminente avec le dollar américain, puis le dollar canadien a reculé durant la deuxième moitié du mois d’août. Mais avec le temps, je pense que lorsque les marchés vont se calmer, surtout si la Réserve fédérale américaine abaisse ses taux, le dollar canadien va recommencer à grimper.

Fred Ketchen : Vous prévoyez donc que le dollar canadien pourrait prendre de la valeur durant les prochains mois?

Warren Jestin : Durant les prochains mois, peut-être et fort probablement au cours des deux prochaines années.

Fred Ketchen : Alors que la croissance de l’économie américaine semble vouloir tourner au ralenti, les autres nations seront-elles en mesure de rattraper le terrain perdu et de maintenir l’élan positif de l’économie mondiale? Et en particulier, quelles sont les perspectives pour le Canada, l’Europe et l’Asie?

Warren Jestin : Si l’on s’intéresse à la croissance mondiale, elle s’est chiffrée à tout près de 5 % depuis les trois dernières années en termes de croissance de la production. Elle ralentit présentement et descendra probablement sous la barre de ce pourcentage durant l’année 2008 et peut-être même durant l’année 2009. Les États-Unis jouent un rôle important dans cette affaire. Cette année, il est fort probable que la croissance américaine n’atteindra pas les 2 % et ce sera la première fois depuis très longtemps que les États-Unis feront moins bien que l’Europe et le Japon. En même temps, nous assistons à la formidable croissance de pays comme la Chine et l’Inde. Durant le premier semestre de l’année, la Chine a progressé de plus de 11 % et l’Inde de plus de 8 %.

Nous assisterons peut-être à un léger ralentissement en Chine, où la croissance pourrait atteindre 10 % ou 10½ %, et en Inde, où la croissance pourrait se situer à 8 %. Mais cela reste une croissance de 8 à 10 pour cent ou peut-être plus en Chine, comparativement aux résultats des pays du G7 qui auront une croissance d’environ 2 % en moyenne. Donc nous parlons d’un ralentissement à l’échelle mondiale, mais les prévisions varient énormément relativement aux pays industrialisés et aux pays émergents.

Fred Ketchen : Je vous remercie beaucoup pour vos commentaires des plus instructifs, M. Jestin, vous avez certainement calmé certaines de mes inquiétudes. Nous espérons que cet exposé détaillé sur l’économie aura été utile à nos auditeurs. Pour de plus amples renseignements, n'hésitez pas à passer à la succursale Scotia la plus près. Nous serons heureux de vous rencontrer.



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