Sténographe à la succursale principale de Toronto, c. 1908.
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Depuis ses tout premiers débuts, le secteur financier a été sous la dominance des hommes. Témoin des réalités sociales et économiques de l’époque, la Banque Scotia a été fondée au dix-neuvième siècle par des visionnaires ayant un profond respect pour la hiérarchie et l’ordre établi, choisissant des jeunes hommes de quinze ans et demie qui sont successivement passés de caissiers à comptables avant de devenir directeurs. Les postes de cadres supérieurs n’étaient pas accessibles à tous, le président et ses bras droits étant habituellement de riches hommes d’affaire jouissant de bonnes influences dans le milieu.
À l’époque, les femmes étaient pratiquement inexistantes de la réalité bancaire et financière en général jusqu’à ce que les institutions financières prennent de l’expansion et aient besoin d’un plus grand nombre d’employés de soutien à leur siège social. Le poste de «dactylographe» a alors été ajouté pour être comblé presque exclusivement par des femmes. Comme le nombre de femmes était très peu élevé et que leurs compétences étaient très spécialisées, et comme le voulaient les moeurs sociales à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle, l’avancement des femmes n’était pas un facteur important pour le Service du personnel de La Banque de Nouvelle-Écosse. Le Manuel des renseignements généraux de la Banque s’attardait principalement au caractère et à l’attitude de base d’un bon employé, à la calligraphie et au comportement à adopter à son poste de travail, sans oublier la position de la Banque dans la communauté. Voilà autant d’éléments qu’un historien social s’attendrait de trouver au cœur d’une grande compagnie éloignée avec relativement peu d’employés et dont la majorité sont de jeunes recrues vivant souvent loin de la maison. À l’instar du clergé, de l’armé et du gouvernement, les jeunes banquiers étaient appelés à déménager pour satisfaire les besoins du siège social.
Contrairement à l’opinion populaire du vingtième siècle, peut-être, les femmes n’étaient pas en majorité au comptoir des succursales, et ce, même après une affluence de femmes dans le secteur financier (et dans tous les postes de cols blancs) durant la première guerre mondiale. Elles ont en effet continué de dominer uniquement dans les postes alors en croissance au siège social à Halifax et à la Direction générale à Toronto : secrétaires, sténographes et adjointes administratives. Les photographies de l’époque, prises en succursale, montrent généralement une seule femme sur place, la secrétaire du directeur.
Employés de la succursale de Amherst, c. 1910.
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La seconde guerre mondiale a amené une énorme augmentation du nombre de femmes en poste dans les succursales. Dès 1944, les femmes comptaient pour 60 pour cent du personnel de la Banque Scotia. La contribution des femmes à l’effort de guerre a été pleinement relatée ailleurs, mais il est bon de retenir que le personnel féminin des banques vendait alors des obligations de la Victoire et des certificats d’épargne de guerre. Après la guerre, les femmes sont demeurées à leurs nouveaux postes en beaucoup plus grand nombre qu’après la première guerre. Et tout particulièrement à la Banque Scotia. En effet, elles étaient moins d’une centaine à travailler comme caissières au Canada avant la guerre tandis qu’en 1953, ce nombre s’élevait à plus de 500 d’un bout à l’autre du pays.
La Banque Scotia a été la première banque canadienne à nommer des femmes à la direction de ses succursales. En 1961, Gladys Marcellus d’Ottawa et Shirley Giles de Toronto ont été nommées directrices, un important précédent pour les femmes à l’époque, et toutes deux étaient conscientes d’être des pionnières. Comme le mentionnait Shirley Giles, «J’ai vraiment l’impression que je dois réussir. Je dois m’y appliquer parce qu’il semble que tous les yeux sont tournés vers moi.».
Employées de la Direction générale servant le thé à l’Armée du Salut lors d’un effort de guerre le 25 juin 1941.
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Employés de la succursale principale de Kitchener, 1941.
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Dès 1961, également, 56 % des employés de la Banque Scotia étaient des femmes. L’avancement des femmes est vite devenu une affaire publique pour la Banque. Le Rapport de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme (1970) soulignait que les banques canadiennes, en raison de leur structure hiérarchique et de leur grand conservatisme, étaient mal équipées pour réagir rapidement et efficacement contre le fait que les femmes demeuraient au bas de l’échelle en plus d’être sous-représentées dans les différents secteurs du milieu bancaire. En 1967, la Banque Scotia inaugurait tout de même son régime de retraite pour les femmes (lequel devait, en 1973, être incorporé au régime de retraite des employé, l’un des premiers régimes de retraite en Amérique du Nord), mais cet effort n’était que bien modeste.
Shirley D. Giles, 1961.
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Gladys A. Marcellus, 1961.
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Un fait encore plus important, par contre, fut la série de nominations de femmes économistes au début des années 40. À une époque où peu de banquiers avaient une éducation postsecondaire, les besoins des banques en matière de recherche statistique ont amené ces dernières à embaucher des diplômés universitaires pour combler des postes importants. Dans le cas de la Banque Scotia, Dr Lucy Ingram Morgan est entrée au Service de la statistique en 1942 pour ensuite grimper les rangs jusqu’à la tête du très respectable et renommé Service des études économiques en 1958.
Lucy Ingram Morgan fut la première superviseure à la Banque Scotia. Betty Ratz King Hearn, une brilliante protégée de Harold Innis à l’Université de Toronto, l’a éventuellement suivie. Ses rapports mensuels, brillamment écrits, étaient distribués aux employés et aux clients dans l’ensemble du pays. Encore aujourd’hui, ils sont considérés comme une référence. La variété d’intérêts et d’aptitudes de Betty Hearn l’ont amené à diriger la bibliothèque de la Banque, reconnue pour être une excellente bibliothèque dans le domaine des affaires et de l’économie. Puis elle a lancé le Service des archives de la Banque Scotia, les premières archives bancaires au Canada. C’est également durant les années 50 que Jocelyn Classy a été embauchée pour devenir la première rédactrice en chef et fondatrice du magazine à l’intention des employés de la Banque Scotia, Le Banquier.
Dès le début des années 70, la Banque Scotia embauchait un nombre peu élevé mais quand même important de femmes à des postes spécialisés de plus en plus complexes. L’une de ces femmes, Helen Sinclair, est d’ailleurs devenue présidente de l’Association des banquiers canadiens. La Banque Scotia avait alors tous les éléments en place pour examiner les obstacles à l’avancement des femmes et pour trouver le moyen d’aider un plus grand nombre d’entre elles à accéder à des postes plus élevés dans la hiérarchie.
Betty A.M. Hearn, 1951.
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Dr. Lucy I. Morgan, c. 1957.
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Au mois de juillet 1993, Peter Godsoe, alors président de la Banque Scotia, mettait sur pied un groupe de travail indépendant chargé de découvrir pourquoi si peu de femmes accédaient à des postes de cadres supérieurs (77 % du personnel de la Banque étaient des femmes, mais seulement 6,97 % d’entre elles étaient des cadres supérieures) et d’identifier des mesures pour améliorer cette situation. Comme l’affirmait Barbara Mason, à la tête de ce groupe de travail,
«L’avancement des femmes est vraiment une affaire d’égalité d’opportunités. Le groupe de travail a pour objectif de supprimer les barrières qui ont fait en sorte que les femmes ont toujours eu de la difficulté à être même pressenties pour une promotion : les attitudes bien ancrées, les croyances et valeurs personnelles enracinées et les structures rigides.».
Près de dix mille employés de la Banque Scotia ont été invités à participer à un sondage confidentiel portant sur leur perception des femmes dans le milieu bancaire et leur demandant de formuler des suggestions sur la question. Les résultats de ce sondage ont permis au groupe de travail de progresser et de mettre en place un nombre de recommandations, notamment en mettant l’accent sur l’avancement en fonction du mérite et sur de meilleures façons d’annoncer les postes disponibles et de mesurer les compétences des employés.
De très grands pas ont été faits par les femmes pionnières dans l’histoire de la Banque Scotia. Et nous sommes convaincus que l’avenir de la Banque Scotia se traduira par un nombre encore plus élevé de femmes à des postes de cadres supérieures.
Par Jane Nokes et Lisa Singer, extrait de «Framing Our Past».
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