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Les accords de fusion intervenus au début du 20e siècle (avec The Bank of New Brunswick en 1913, avec The Metropolitan Bank en 1914 et avec The Bank of Ottawa en 1919) ont contribué à faire de la Banque Scotia une institution nationale. Et les assises qui allaient permettre à la Banque d'étendre ses activités à l'ensemble du continent étaient d'ores et déjà en place.
Winnipeg, la porte d'accès au continent
La ville de Winnipeg a connu une période de croissance et de prospérité au début des années 1880, grâce à la construction de la ligne transcontinentale de la CPR et à l'achèvement du tronçon de ligne Pembina de la St.Paul, Minneapolis, and Manitoba Railway Co. Le potentiel économique de la région semblait des plus prometteurs. Nombreux sont ceux qui ont fait fortune du jour au lendemain en misant sur la spéculation immobilière. C'est dans ce contexte d'effervescence économique que la Banque Scotia confie à E.H. Taylor et David Forgan, respectivement comptable et employé aux écritures à la succursale de Halifax, le mandat d'ouvrir la première succursale de la Banque Scotia à l'extérieur des Maritimes.
Winnipeg, en 1883
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David Forgan, alors âgé de 19 ans, avait ainsi relaté son aventure dans son journal personnel :
Je suis parti vers Winnipeg avec 40 000 $ en espèces. Il m'a fallu sept jours pour me rendre à destination, après avoir passé une nuit à Chicago et deux nuits à Minneapolis. Je transportais l'argent dans une mallette en cuir que je conservais sur moi jour et nuit. Ce colis est devenu un grand fardeau durant ce long périple. Ayant manqué ma correspondance à Minneapolis, j'ai dû y passer tout le dimanche. Ce n'est que deux jours plus tard que je suis finalement arrivé à Winnipeg. Devoir transporter ce magot me pesait lourd, mais je me suis retenu d'envoyer un télégramme à mon directeur général en provenance de Minneapolis pour lui faire part de mon anxiété à l'idée d'être responsable de ces 40 000 $. Lorsque je suis arrivé à Winnipeg, le directeur de la succursale, qui m'avait précédé, m'a montré plusieurs télégrammes dans lesquels le directeur général demandait si j'étais arrivé avec l'argent.
L'établissement de la succursale à Winnipeg n'a pas été de tout repos. Dès que je suis arrivé avec l'argent, nous avons commencé à faire des affaires… pendant que les ouvriers aménageaient un coin de notre local. Je payais les chèques à même ma mallette de cuir, solidement attachée à ma personne. Après quelques temps, nous avions enfin un bureau digne de ce nom. Mais comme la sécurité du coffre-fort me semblait inadéquate, je me faisais un devoir de dormir, armé d'un pistolet, sur un lit de fortune placé devant le coffre-fort. Je m'y installais chaque soir et j'y dormais jusqu'à sept heures le lendemain matin, puis je laissais la place à la femme de ménage. Quelle aventure pour un novice nouvellement arrivé à l'autre bout du pays qui doit jouer les durs!
David Forgan, en 1882
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Le boom immobilier de la région de Winnipeg a pris fin seulement six mois après l'arrivée de la Banque Scotia, et les affaires ont rapidement décliné par la suite. En 1884, la gestion de la succursale est confiée à H.C. McLeod (qui deviendra plus tard directeur général de la Banque) qui avait pour mandat de mettre fin aux activités de la Banque à Winnipeg. Il était assisté dans ses fonctions par l'inspecteur James Forgan, le frère du jeune David qui avait si vaillamment veillé à la sécurité du coffre-fort.
L'expansion des activités de la Banque à Winnipeg s'est finalement soldée par un échec en septembre 1885. Cependant, l'expérience acquise dans le domaine de la négociation du grain dans l'Ouest se révélera un atout précieux pour la prochaine étape de la stratégie d'expansion de la Banque Scotia.
Au Sud de la frontière
Minneapolis, 1890

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H.C. McLeod et James Forgan sont envoyés de Winnipeg à Minneapolis afin d’y explorer les occasions d’affaires. En 1885, Minneapolis est la plus importante ville américaine pour l’industrie de la fabrication des farines et vient au deuxième rang (après New York) pour le commerce du blé. Elle est historiquement liée à Winnipeg par l’ancien sentier pour charrettes de la Red River, maintenant remplacé par un chemin de fer. Cette ville est aussi insuffisamment pourvue de banques. McLeod et Forgan sont enthousiasmés par le potentiel de Minneapolis et y ouvrent une succursale le 20 octobre 1885.
James Forgan
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James Forgan est tellement attaché à la ville du Midwest qu’il propose à McLeod de changer d’emploi avec lui et c’est ainsi que H.C. McLeod retourne à Halifax à titre d’inspecteur de la Banque et que Forgan reste à Minneapolis en qualité d’agent. À Minneapolis, la Banque Scotia concentre ses activités sur les opérations de change, de même que sur le crédit saisonnier lié au commerce du blé et à la fabrication des farines plutôt que sur les services bancaires d’ordre général qu’elle offrait à Winnipeg. Cette stratégie s’avère rentable.
Les affaires à Minneapolis prennent un nouveau tournant pour les frères Forgan. En 1887, ils sont invités à joindre les rangs de la Northwestern National Bank of Minneapolis. Plus tard, James deviendra président, puis ensuite président du conseil de la First National Bank of Chicago, alors que David deviendra président de la National City Bank of Chicago.
En 1892, la Banque Scotia décide d’ouvrir une succursale à Chicago en prévision de la tenue de son exposition universelle de 1893, la World Columbian Exposition. Chicago vient tout juste d’être désignée comme ville de réserve centrale et constitue l’incontestable centre du commerce pour le Midwest américain. La succursale de Minneapolis est fermée et les activités de la Banque Scotia au Midwest sont transférées à Chicago.
De nos jours, la Banque Scotia offre ses services à sa clientèle américaine dans les bureaux de Scotia Capitaux situés à Atlanta (depuis 1977), à Chicago, à Houston (depuis 1962), à New York (depuis 1907), à Portland (depuis 1978) et à San Francisco (depuis 1968).
D’un bout à l’autre du Canada
L’achèvement de la ligne transcontinentale de la CPR, l’afflux de colons dans les Prairies et le développement de nouvelles variétés de blé et de nouvelles méthodes agricoles adaptées à l’environnement des Prairies canadiennes convainquent la Banque Scotia que sa présence dans l’Ouest canadien serait souhaitable. Winnipeg redevient ainsi la porte d’accès à l’expansion de la Banque vers l’Ouest lorsqu’elle ouvre une nouvelle succursale dans cette ville le 3 janvier 1899.
Edmonton constitue la prochaine étape dans l’Ouest. La ville d’Edmonton, stratégiquement située près de la North Saskatchewan River, a été un point central de l’économie du Nord-Ouest à l’époque de la traite des fourrures et pendant la ruée vers l’or du Klondike. Elle le demeure lors de la colonisation de l’Ouest.
Edmonton, 1907
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Le 18 mai 1903, quatre représentants de la Banque Scotia arrivent à la ville frontalière de 4 000 habitants. Il n’est pas facile de trouver des locaux pour leurs activités bancaires et finalement, leur choix se porte sur ce que F.W. Ross, comptable, décrit comme suit :
…un vieux magasin délabré… Sa forme étant particulièrement longue, la succursale a été installée à l’avant et séparé de l’arrière par une cloison élevée. À l’époque, le ping-pong faisait fureur. Le directeur de la succursale avait acheté… une table de ping-pong… qui était trop grande pour sa maison, alors il l’a installée en arrière de la succursale où, même durant les heures d’ouverture, deux employés pouvaient jouer au ping-pong, alors que le troisième «tenait boutique» à l’avant.
À l’automne de 1903, un groupe d’administrateurs de la Banque Scotia font une tournée dans l’Ouest canadien pour voir de leurs propres yeux les terres colonisées. Ils sont impressionnés par tout ce que l’Ouest a à offrir. Une année plus tard, de nouvelles succursales ouvrent leurs portes à Vancouver, à Calgary, à Wetaskiwin et à Fort Saskatchewan. En 1906 et en 1907, des succursales ouvrent respectivement à Saskatoon et à Regina.
C’est définitivement toujours l’époque de la colonisation. Andrew Mooney, directeur de la succursale de Saskatoon, écrit ces lignes au directeur général en juin 1906 :
Depuis mon arrivée à cette ville, il m’a été tout à fait impossible de louer une maison et par conséquent, comme bien d’autres, je suis dans l’obligation de vivre dans une tente, et ce, depuis le mois d‘avril dernier… Jusqu’à présent, la plupart des maisons de cette ville sont des sortes de cabanes… Comme j’en ai assez de vivre dans une tente, je vous demande… un montant plus élevé pour mes frais de séjour…
Walter Wood, 1900
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Walter Wood, comptable de la succursale de Saskatoon, brosse ce tableau :
Il est pratiquement impossible d’écrire à Saskatoon sans mentionner ce mode de vie caractérisé par un flot ininterrompu… qui a frappé Saskatoon, pour déferler et s’étendre de toutes parts sur les riches terres des Prairies, dans les fermes gratuitement offertes par le gouvernement… Il n’est pas rare d’assister à l’arrivée d’un train bondé de colons apportant avec eux suffisamment de provisions et d’effets personnels pour leur permettre de s’installer dans leur ferme…
Le Groupe Banque Scotia a conservé ces histoires et celles d’autres banquiers «pionniers» dans ses archives.
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